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Dieu est-il injuste ?

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Dieu est-il injuste ? Pourquoi l’injustice semble-t-elle partout régner ? Qu’est-ce que la Justice divine ?

Si Dieu existe, pourquoi tant d’injustices et d’horreurs ? Voilà une phrase qu’on entend régulièrement, et qui constitue aussi un des principaux arguments des athées pour prouver que Dieu n’existe pas.

Logiquement, si Dieu avait créé le monde, il en aurait certainement fait un paradis. Mais force est de constater que l’inégalité règne partout. Les méchants ont souvent le dernier mot face aux faibles et aux pauvres. Nous vivons dans un monde d’exploitation et de corruption.

Si Dieu existe, il semble donc qu’il ne garantisse pas la justice…

En réalité, pour savoir si Dieu est juste ou injuste, il faudrait d’abord pouvoir le définir. Se demander Qui est Dieu, c’est se poser la question du pourquoi et du comment du monde, et s’interroger sur le sens de la vie.

Selon les cas, Dieu peut être vu comme l’Etre suprême, la source de toutes les choses, la loi universelle, l’énergie cosmique unitaire, ou encore la Nature. Dieu est révélé ou non, il est connaissable ou inconnaissable, il transcende la matière ou est inclus en elle.

Bien sûr, la manière d’approcher Dieu influe directement sur la réponse à notre question : Dieu est-il injuste ?

Dieu est-il injuste ? La question de l’intention divine.

Savoir si Dieu est juste ou injuste pose la question de l’intention divine.

Pour certains, Dieu est doté d’une intention, pour d’autres, il n’en a aucune :

  • les religions monothéistes considèrent que Dieu est Bonté et Justice, des valeurs qui auraient été détournées par les hommes suite au péché originel. L’homme décentré doit tenter de retrouver le “paradis perdu” (voir plus bas).
  • à l’inverse, les philosophies orientales ne font pas état d’une quelconque intention divine. Le taoïsme par exemple considère que Dieu (défini comme le tao, la source, la grande mère…) est vacuité. Il n’est ni juste ni injuste, ces notions étant de nature humaine.

Mais toutes les traditions spirituelles incitent l’homme à essayer de retrouver l’harmonie et la paix originelle ; il doit pour cela tenter de voir au-delà du bien et du mal, du juste et de l’injuste :

  • dans le bouddhisme, le nirvana est un état de sérénité absolu, sans désir ni souffrance,
  • dans le christianisme, le Royaume de Dieu présente des caractéristiques proches de celles du nirvana. Jésus dit que le Royaume de Dieu est “au-dedans de nous”, il est donc accessible immédiatement à celui qui lâche prise.

Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice. Matthieu 6, 33

Le paradis perdu.

Sur le plan psychique, justice et injustice sont des concepts issus de notre ego. Notre “moi“, alimenté par notre inconscient (nos instincts et nos valeurs intériorisées), nous pousse à voir le mal et l’injustice partout.

Nous qualifions d’injuste ce qui va à l’encontre de nos intérêts, de nos inclinations, de nos désirs, de nos valeurs, de nos habitudes, de notre culture… Nous voyons la justice à travers notre propre personne, nous approchons le bien par notre prisme personnel, persuadés que notre vision devrait être celle de tout le monde.

Ce comportement mène au repli sur soi, au rejet et à la haine : l’injustice est pour nous la souffrance de constater que les choses ne sont pas conformes à ce que nous voudrions qu’elles soient.

L’injustice est donc avant tout un phénomène humain : c’est une perception dont rien ne dit qu’elle corresponde à une quelconque réalité.

C’est là la signification du péché originel : en goûtant au fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, Adam et Eve ont tenté, par orgueil, de s’approprier les notions de bien et de mal, rompant l’unicité originelle, opérant un funeste décentrage au sein du monde.

Le chemin spirituel consistera à tenter de retrouver cet état primordial, paisible, serein, en harmonie avec le Tout. Nous devrons lutter contre nos plus bas instincts, tenter de comprendre les autres plutôt que de les juger, et accepter les choses telles qu’elles sont.

Au final, la souffrance et l’injustice naissent de nous-mêmes et non du monde : c’est notre ignorance qui les nourrit.

Lire aussi notre article sur le paradis perdu.

La justice de Dieu.

On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bien ; et ce que l’Eternel demande de toi, c’est que tu pratiques la justice, que tu aimes la miséricorde, et que tu marches humblement avec ton Dieu. Michée 6, 8

La démonstration du chapitre précédent tend à prouver que Dieu n’est ni juste ni injuste, puisque ces notions sont avant tout humaines.

Mais en tant qu’expression de l’ordre cosmique, Dieu peut aussi être défini comme la Justice éternelle et absolue, cette fois avec un “J” majuscule.

Qu’est-ce que cette Justice divine ? Alors que la justice des hommes consiste à punir les méchants et récompenser les bons, la Justice de Dieu est de nature bien différente : Dieu ne sépare pas, il ne trie pas les bons et les méchants.

La Justice divine est avant tout paix et unité. Elle est synonyme d’Amour, cette énergie qui accueille et embrasse toute chose, y compris le mal et les “méchants”.

Dans le christianisme, la justice de Dieu consiste d’abord à prendre soin des méchants, à leur pardonner, à les aider et à les aimer. Cette main tendue s’oppose aux jugements, aux sanctions et aux représailles. La miséricorde et la rédemption remplacent la vision d’une justice manichéenne.

Le taoïsme dit à peu près la même chose :

Ne donne au mal rien à quoi s’opposer
et il disparaîtra de lui-même.

Tao Te King, 60

Ainsi, la véritable Justice consisterait à aimer sans limites. Et l’injustice serait penser que le mal existe.

Lire aussi notre article : Le mal existe-t-il ?

Dieu est-il injuste ? Ouvrages en rapport avec le thème.

  • L’Esprit de l’athéisme, d’André Comte-Sponville. Une remarquable description de ce que peut être la spiritualité sans dieu.
  • Le Tao Te King, de Lao-tseu, traduit par Stephen Mitchell. Le Tao Te King est un joyau de l’humanité, un texte qui accompagne le cherchant durant toute sa vie. Cette traduction, moderne, accessible et poétique, et sans doute la meilleure.
  • La petite voix, d’Eileen Caddy. Un petit livre de méditation quotidienne : une pensée à lire chaque soir.
  • Cosmos, de Michel Onfray. Un ouvrage qui renoue avec l’idéal païen d’une sagesse en harmonie avec le monde et la nature.

Modif. le 16 novembre 2020

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