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La spiritualité contre la morale ?

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Faut-il opposer spiritualité et morale ? Quelle relation entre ces deux termes ? Y a-t-il une morale spirituelle ?

Parfois confondue avec l’éthique, la morale est la branche de la philosophie qui s’interroge sur les valeurs à adopter pour différencier le bien du mal, le juste de l’injuste, l’acceptable de l’inacceptable.

La morale est donc la science du bien et du mal : elle consiste à juger, à discriminer, et donc à prendre position.

En ce sens, la morale semble incompatible avec la spiritualité. En effet, alors que la morale, prise dans l’action, invite à opérer des choix, la spiritualité se refuse à juger ; elle tente de saisir les phénomènes de façon globale, dans une perspective qui embrasse la totalité cosmique.

La spiritualité ne prend pas parti dans les conflits qui animent la matière ; elle se situe à un niveau de compréhension supérieur. Elle s’appuie sur l’idée que tout ce qui semble opposé relève en réalité d’une complémentarité nécessaire.

Autrement dit, l’approche spirituelle part du principe que tout est en ordre : un principe supérieur (Dieu, l’Etre suprême, la Nature, la Loi universelle…) régente le cosmos, garantissant la cohérence et l’harmonie du Tout. Par conséquent, le mal ne peut exister, puisque tout est issu de la même Source : tout découle d’un principe unique et unitaire.

La spiritualité rejette ainsi tout dualisme ; elle aborde la dualité comme un phénomène qui s’inscrit dans l’unité. Dès lors, la spiritualité peut sembler amorale.

Lire aussi notre article : Le mal existe-t-il ?

La spiritualité contre la morale.

La spiritualité tente d’approcher le principe invisible qui régit toute chose et maintient l’Univers en cohérence. Elle part de l’idée que tout est interdépendant ; autrement dit, il n’y a pas de séparation au sein de la matière, bien que celle-ci soit en mouvement et en recomposition permanente.

De même, la spiritualité développe l’idée d’un destin inéluctable : chaque être, chaque phénomène, chaque action s’inscrit dans la mécanique cosmique, dans le respect des grandes lois universelles. Chaque phénomène est le résultat d’un enchaînement de causes nécessaires.

Sur le plan humain, cela remet en cause notre libre-arbitre : nous découvrons que nous ne sommes pas la source de nos pensées et de nos actes. C’est notre ego qui nous donne l’impression de la liberté et de l’autonomie, alors que nous sommes en réalité conditionnés, déterminés, influencés par une infinité de facteurs que nous ne connaissons pas.

Il en résulte que les conflits ne constituent pas une lutte du bien contre le mal, mais la jeu de la Nature, ou encore le signe d’une recomposition en cours, en conformité avec les principes de l’ordre cosmique.

C’est ainsi que la spiritualité peut être qualifiée de neutre ou amorale. Elle ne prend pas position, elle ne juge pas les pensées ni les actes. Elle accepte toute chose, y compris le pire, y compris ce qui peut apparaître comme inacceptable.

Lorsque les gens voient certaines choses comme belles,
d’autres deviennent laides.
Lorsque les gens voient certaines choses comme bonnes,
d’autres deviennent mauvaises.
Ainsi le Maître
agit sans rien faire
et enseigne sans rien dire.
(…)
Tao Te King, 2

Cette absence de valeurs peut paraître choquante. C’est pourquoi la spiritualité est parfois accusée d’être indifférente, relativiste, irrationnelle, immorale, réactionnaire voire obscurantiste. Elle ferait obstacle aux progrès de l’humanité et à sa marche vers le bien.

La morale spirituelle.

Il existe pourtant une morale spirituelle, tellement évidente qu’elle devient difficile à voir. Cette morale se fonde sur l’acceptation de toute chose, de tout être, de tout phénomène.

Accepter, c’est reconnaître que tout ce qui advient est conforme aux lois cosmiques. Une posture qui conduit à abandonner toute forme de jugement pour enfin s’ouvrir et comprendre :

  • sur la plan intime, il s’agit de dépasser ses préjugés pour progresser et s’élever,
  • sur le plan de la relation à l’autre, il s’agit d’écouter, de tolérer, d’aimer.

Voilà donc les valeurs spirituelles universelles : écoute, tolérance, humilité, bienveillance, fraternité, pardon… toutes ces valeurs étant conformes à la grande loi d’Amour, selon laquelle tout découle de la même Source et tout est lié.

Au sens spirituel, le bien n’est plus la lutte contre le mal, mais l’acceptation du mal, une acceptation qui passe par la compréhension de ses causes. Ainsi, le Bien véritable englobe la haine, les luttes et les conflits : c’est ainsi que le mal finira par se dissoudre.

Au final, le Bien véritable ne s’oppose à rien. Il n’a pas d’ennemi.

Il n’y a pas de plus grande infortune que de croire avoir un ennemi.
Tao Te King 46

En réalité, la spiritualité ne nie pas les différences ou les conflits, mais les réconcilie dans l’unité, à l’image du symbole taoïste du yin et du yang :

symbole yin yang

Quant au mal, il pourrait être défini comme le fait de croire détenir la vérité ou le bien. Le mal, c’est encore l’ignorance : la marque de notre incapacité à comprendre le monde.

Conclusion sur la morale en spiritualité.

La morale a pour théâtre le monde ordinaire des relations humaines ; elle ne concerne pas la spiritualité.

S’il devait y avoir une morale en spiritualité, ce serait avant tout une morale envers soi-même. Le bien serait alors la capacité de l’individu à se dégager de ses préjugés, sensations, désirs et émotions, la capacité à se connaître et à triompher de l’aveuglement envers soi-même.

Lire aussi : Le libre arbitre, une illusion ?

Modif. le 13 mars 2022

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