Press "Enter" to skip to content

L’Athanor en alchimie, qu’est-ce que c’est ?

5/5 (1)

L’Athanor en alchimie : qu’est-ce que c’est ? Définition du four alchimique ou “four philosophique”. Qu’évoque l’Athanor en franc-maçonnerie ?

Définition : L’Athanor est le four qui permet de réaliser les différentes opérations du processus alchimique.

Athanor vient de l’arabe at-tannur, qui signifie “fourneau”.

L’origine arabe de ce mot n’est pas étonnante. En effet, les musulmans ont été les principaux transmetteurs du savoir alchimique entre l’Orient et l’Occident autour du Xème siècle. A noter que le plus célèbre des textes alchimiques, la Table d’Emeraude d’Hermès Trismégiste, nous a été transmise par les Arabes.

Les fours alchimiques sont apparus à la fin du Moyen-Age et se sont multipliés à la Renaissance, en même temps que le développement de l’alchimie. Le but affiché était alors de transformer le plomb en or. Mais l’Athanor a aussi son importance en alchimie spirituelle.

Voyons le principe de fonctionnement de l’Athanor et son sens caché.

L’Athanor : qu’est-ce que c’est ? Principe de fonctionnement.

L’alchimie opérative a pour objet de transformer les métaux vils, notamment le plomb, en métaux nobles : argent et or.

Il y a dans l’alchimie cette idée que l’or est contenu dans le plomb, mais de manière invisible car amalgamée, agglomérée. L’or étant indécelable au premier abord, il s’agira de réaliser, par différentes opérations successives, une séparation au sein de la matière afin d’en extraire les principes subtils, lesquels devront finalement être réintégrés à la matière lourde pour la rendre noble.

L’Athanor est donc le four qui permet de réaliser cette transmutation des métaux.

Concrètement, trois méthodes ou types d’opérations sont possibles :

  • la distillation consiste à chauffer la matière afin d’en extraire des gaz qui, en se condensant, pourront être récupérés sous forme liquide, avant d’être coagulés. L’Athanor peut ici être assimilé à un alambic et l’opération se fait en deux étapes : chauffage et refroidissement,
  • la sublimation consiste en la même opération, mais sans passer par l’étape de l’eau : les gaz qui s’échappent reprennent forme solide au contact du froid des parois du four,
  • la digestion alchimique consiste en une cuisson lente afin d’arriver à une transmutation douce et définitive.

Les traités alchimiques insistent sur l’importance de travailler dans un four clos, parfaitement hermétique, afin qu’aucune substance ne puisse s’échapper, sous aucune forme. La perte des principes subtils (principalement gazeux) aboutirait en effet à l’échec de l’opération.

Malheureusement, aucun alchimiste n’est parvenu à transformer le plomb en or. Il ne faut cependant pas en conclure que l’alchimie a échoué, ni que l’Athanor est une absurdité. En effet, les expériences des alchimistes de la Renaissance cachaient un autre objectif : la transformation de l’alchimiste lui-même.

Car l’alchimie est avant tout une quête spirituelle : la transmutation des métaux doit être vue comme la tentative d’un perfectionnement qui vise à atteindre le divin, autrement dit l’Or en soi.

C’est donc la signification symbolique et spirituelle de l’Athanor qui va nous intéresser ici.

Four alchimique ou four philosophique ?

En alchimie spirituelle, on parle de “four philosophique” pour évoquer l’Athanor.

Ainsi le four n’a plus d’existence réelle : il est un espace mental dans lequel la transformation de l’individu va pouvoir s’opérer.

Le lieu de l’expérimentation est donc l’individu lui-même : son corps, son psychisme, sa conscience.

Là encore, le travail de l’alchimiste sur lui-même se fait en vase clos : personne ne peut intervenir pour lui, aucune réponse ne peut venir de l’extérieur. Il s’agit d’un processus intime, d’une maturation lente qui permettra un changement d’état psychique.

Ce travail commence par une plongée en soi : l’introspection vise à une meilleure connaissance de soi afin de réaliser la première étape, l’Oeuvre au noir.

Les étapes du processus alchimique.

Précisément, le processus alchimique comporte les étapes suivantes :

  • l’Oeuvre au noir consiste à explorer sa propre matière (le Corps, équivalent de la Terre) afin d’opérer en elle une séparation. Cette séparation consiste à délivrer l’Esprit humain (l’Eau) afin qu’il puisse s’élever vers le principe supérieur (le Feu, l’Âme du monde). En effet, le Corps est l’élément qui enchaîne l’Esprit : le Corps crée désir et attachement, il est la cause de l’individu égocentré, non-éveillé, illusionné, prisonnier de lui-même sans même qu’il le sache. Le Corps crée l’illusion de la conscience, empêchant la véritable conscience de se manifester. Voilà donc ce qu’il faudra abandonner.
  • l’Oeuvre au blanc consiste en une résurrection de l’être. Libéré de tout ce qui l’attirait vers le bas, l’individu retrouve son individualité corporelle, mais celle-ci est désormais spiritualisée, parfaitement consciente, totalement clairvoyante,
  • l’Oeuvre au rouge consiste à réintroduire définitivement dans le Corps (les cendres obtenues en début de processus) les principes subtils révélés. C’est la naissance d’un nouvel individu, divinisé.

Nous venons de décrire le Grand Oeuvre”, qui commence par l’étape de la distillation : en chauffant l’Athanor, le Feu (énergie primordiale mystérieuse) fait évaporer (libère) les principes subtils (l’Esprit humain), qui retombent en Eau (le Corps spiritualisé). La matière (le Corps) n’est plus que cendres inertes. L’Oeuvre au rouge vient évaporer les dernières traces d’Eau, afin qu’il ne reste plus que le Feu et la Terre, lesquels se réuniront pour créer l’être nouveau. C’est la voie humide. La voie sèche, quant à elle, se passe de l’étape aqueuse.

Au final, le processus alchimique permet de passer de l’homme illusionné à l’homme libre, de la Pierre brute à la Pierre philosophale, sans qu’il y ait eu ajout ou disparition de substance.

Le traitement s’est fait en cycle fermé : l’homme s’est recomposé, transformé de l’intérieur. Il est son propre Athanor.

L’Athanor : une image de l’homme.

L’Athanor est un microcosme, un monde en miniature. Extérieurement, il peut être vu comme l’enveloppe corporelle de l’individu : sa matière. La transformation se déroule au sein même de la matière, et donne lieu à un affrontement entre les principes immanents qui la constituent.

En effet cette matière contient en elle le Mercure (principe de vie) qui contient lui-même le Soufre (principe supérieur, solaire, “divin”).

Au départ, la matière domine le Mercure et le Soufre. Mais à l’arrivée du processus alchimique, le rapport dominant-dominé s’inverse : c’est désormais le principe solaire qui insuffle et anime, et le corps qui s’ouvre puis finit par se soumettre.

Le feu de cuisson.

Le feu qui assure la montée en température et rend possible le processus alchimique vient de l’intérieur : c’est la volonté de l’alchimiste. Cette volonté de transformation est le signe que le principe supérieur est déjà présent en l’homme et qu’il tente de percer, ce qui se traduit par une ouverture de la conscience.

La chaleur contenue dans la matière se révèle et se diffuse dans la matière : c’est une force inconnue, sans doute faite d’Amour, qui préside à la grande transformation.

Le risque d’un Athanor mal maîtrisé ou non hermétique.

La littérature alchimique insiste beaucoup sur le risque d’une dissolution trop rapide ou trop avancée de la matière, qui aboutirait à perdre pied et à “perdre son âme”.

Ceci équivaut, dans l’Athanor, à une réaction trop vive au moment de la première étape (l’Oeuvre au noir), entraînant une fumée blanche incontrôlable qui finirait par en sortir : l’Esprit s’échapperait.

Une autre erreur consisterait à ne pas garder les cendres (le Corps inerte) : en effet, dans ce cas, l’Esprit (défini comme l’âme dans le langage courant) ne pourrait réintégrer le Corps, et la vie s’arrêterait là.

Ainsi, le bon alchimiste est celui qui arrive à garder le contrôle de son four, c’est-à-dire de lui-même. Il s’agit de ne perdre ni son Esprit (le subtil), ni son Corps (l’épais).

Il s’agit en outre d’éviter d’emporter, lors de l’élévation de l’Esprit, des scories issues de la décomposition du Corps : dans ce cas, le processus serait biaisé et la transformation n’en serait pas vraiment une. L’illusion perdurerait.

Il s’agit donc de réaliser une opération dans laquelle “rien ne se perd, rien ne se crée et tout se transforme” (Lavoisier).

L’Athanor et l’œuf cosmique.

L’Athanor peut aussi être vu comme le Tout, le monde déployé, le cosmos, ou encore l’œuf cosmique : c’est là que se font toutes les transformations, en milieu fermé.

Il y a derrière cette affirmation l’idée que le principe premier est inclus dans la matière, mais qu’il doit se révéler pour reprendre le contrôle sur la matière : c’est l’union de l’immanence et de la transcendance, symbolisée par les deux triangles entrecroisés du sceau de Salomon.

C’est aussi la rencontre du Soleil et de la Lune, ou encore celle de l’Eau et du Feu. C’est une lutte de tous les instants de l’Ordre contre le Chaos, en sachant qu’il ne peut y avoir d’Ordre sans Chaos ni de Chaos sans Ordre.

En alchimie, Un-le-Tout est représenté par un cercle. Complété d’un point central, le cercle trouve en lui-même son principe organisateur, conscient. On peut y voir une image de l’Athanor cylindrique, avec au milieu, le feu qui l’anime.

Ainsi l’Athanor serait une matrice en forme d’œuf, à l’image du monde lui-même, qui peut être vu comme un œuf gigantesque rappelant l’œuf primordial de l’orphisme (religion de la Grèce antique).

L’Athanor en franc-maçonnerie.

En franc-maçonnerie, l’Athanor peut être défini comme l’espace dans lequel le franc-maçon se transforme.

Cela peut évoquer :

  • le cabinet de réflexion : c’est l’épreuve de la Terre, l’expérience de la mort hermétique (l’Oeuvre au noir), la visite de la matière obscure (cf la formule VITRIOL), l’introspection, le moment de la rédaction du testament philosophique. Le symbolisme de la mort philosophale est censé impulser une transformation de l’Esprit et une renaissance initiatique.
  • la loge elle-même : espace fermé, sacralisé, hermétique, la loge est le lieu privilégié du lâcher-prise, de la réflexion et de l’ouverture.

L’Athanor et le chaudron celtique.

Enfin, l’Athanor évoque le chaudron celtique de Bran qui a le pouvoir de relever les morts au combat.

Le chaudron, ancêtre du Graal qu’on connaît, confère l’immortalité, de la même manière que le processus alchimique amène l’homme à dépasser son Corps pour accéder à la vie éternelle.

Continuez la réflexion avec nos articles sur l’alchimie :

Pour aller plus loin :

Vous pouvez noter cet article !

Dernière mise à jour :

%d blogueurs aiment cette page :