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L’Eau et le Feu en alchimie (4/10)

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L’Eau et le Feu en alchimie : signification et symboles associés. Comment interpréter ces deux éléments alchimiques essentiels ? Quel est leur sens ésotérique ?

Cet article fait partie de la série alchimique :

Pour rappel, le principe qui fonde l’alchimie spirituelle est l’Unité du monde. Cette unité se retrouve dans le concept d’Un-le-Tout, qui décrit le caractère indissociable et complémentaire du centre (le Créateur) et du cercle (la création). Un-le-Tout dépasse tout dualisme, jusqu’à réconcilier esprit et matière, transcendance et immanence. Un-le-Tout s’auto-crée, s’auto-féconde, s’auto-dissout, se domine lui-même : il est “le Père et le fils de lui-même”.

Issus d’Un-le-Tout, la Lune et le Soleil (le yin et le yang, le féminin et le masculin) sont les deux énergies qui imprègnent le monde. C’est la dualité hermétique fondamentale :

  • la Lune (idéogramme du croissant), est l’expression du principe passif, féminin : c’est la substance originelle indifférenciée et chaotique destinée à être animée et organisée par le principe “actif”,
  • le Soleil (idéogramme du cercle avec un point central) est l’expression du principe actif et dominant, dit “masculin”, organisateur de la matière.

Ainsi, en étant séparée du centre, la Lune correspond à une force inorganisée et indifférenciée, un courant obscur et aveugle dirigé vers le bas : c’est la direction de la chute, qu’on retrouve dans l’idéogramme alchimique de l’élément Eau.

A noter toutefois que cette force demande à être domestiquée, et qu’une fois maîtrisée, elle constitue une énergie potentiellement positive.

A l’inverse, tout ce qui retourne au centre et à l’unité, est orienté vers le principe Soleil et s’exprime par la direction ascendante, celle de la flamme. L’idéogramme alchimique du Feu est donc un triangle pointe dirigée vers le haut.

eau et feu en alchimie symboles

Remarque : L’union de l’Eau et du feu, clé essentielle de compréhension de la science hermétique, représente la fusion de l’immanence et de la transcendance : c’est le Sceau de Salomon.

Entrons dans le symbolisme et la signification de l’Eau et du Feu en alchimie.

L’Eau et le Feu en alchimie : définition et signification.

Commençons par l’Eau.

L’Eau.

L’Eau est une force de vie passive, c’est-à-dire “aveugle”. C’est une force qui n’a pas conscience d’elle-même ni de la cohérence qui la fonde (car le fait est que le principe Soleil est bien présent en elle, sans qu’elle le sache).

L’Eau, force obscure placée sous le signe de la Lune, est attirée vers le bas : c’est la Nature qui se dévore elle-même, qui convoite, qui jouit, qui crée autant qu’elle détruit, dans un cycle sans fin de devenir, de transformation.

Mais, dans sa descente, l’Eau (la “Vierge fugitive”) est arrêtée par le principe solaire (qu’elle contient sans savoir), ce qui donne naissance à un autre idéogramme : le triangle renversé barré, symbole de la Terre.

élément terre symbole alchimique

Remarque : La barre qui vient couper l’idéogramme de l’Eau pour donner celui de la Terre correspond à la base du triangle Feu qui vient superposer le triangle de l’Eau dans le Sceau de Salomon.

Ainsi donc, l’Eau est neutralisée par la force ordonnatrice, organisatrice, ce qui fait qu’elle ne peut pas aller jusqu’à s’auto-détruire complètement. Concrètement, l’Eau limitée est la matière : le Tout indifférencié qui comporte en lui-même, de manière amalgamée, la force négative et la force positive (le feu solaire pétrifiant, coagulant, limitant, expression de la loi infranchissable).

Autrement vu, le symbole de la Terre évoque tout simplement l’Eau figée dans la matière (l’Oeuvre au noir à justement pour objectif de libérer cette Eau, c’est-à-dire d’ôter l’arrêt de l’idéogramme Terre).

Le Feu en alchimie : interprétation.

Le Feu est la force active et consciente. Cette conscience donne naissance à l’être, qu’il soit Dieu ou encore l’individu pleinement conscient de lui-même.

Le Feu vient maîtriser la force aveugle de l’Eau. Il est un principe fixateur, ordonnateur, organisateur, planificateur.

Le Feu est attraction vers le haut : il invite à rejoindre le centre éternel, le principe supérieur, transcendant, sans lequel rien ne pourrait exister.

Mais dans sa montée, le Feu est arrêté par le principe lunaire (l’Eau), ce qui donne naissance à l’élément air, dont voici l’idéogramme :

élément air symbole alchimique

Remarque : La barre qui vient couper l’idéogramme Feu pour donner celui de l’Air correspond à la base du triangle inversé Eau qui vient superposer celui du Feu dans le Sceau de Salomon (voir plus haut).

Ainsi, l’Air signifie qu’il est impossible de rejoindre totalement le principe transcendant (Dieu) : on ne peut se couper de sa propre “nature”, de sa propre matière. On ne peut toucher le Soleil, car on se brûlerait, mais on peut respirer son “air”.

De fait, l’Eau et le Feu n’existent pas en eux-mêmes.

En réalité, Feu et Eau n’existent pas en eux-mêmes. Ce ne sont que des concepts. En effet, on ne pourrait imaginer une force-Nature totalement désorganisée : cela n’est pas concevable. De même, on ne peut imaginer un Dieu séparé de la Création, extérieur à elle : cela n’existe pas non plus en alchimie.

Eau et Feu sont donc des concepts sans fondement, mais qui ont pour mérite de séparer conscience et spontanéité, afin de les réunir à nouveau, dans le seul but de faciliter la compréhension de toute chose. C’est l’objectif de l’Art Royal.

Eaux gelées et eaux coulantes.

Une fois les deux principes mâle et femelle artificiellement séparés, les rapports qui peuvent d’établir entre les deux sont :

  • soit le Feu dominé par l’Eau,
  • soit l’Eau dominée par le Feu.

Dans le premier cas, la loi du devenir s’exprime : c’est le changement, le cycle perpétuel de la mort et de la renaissance, le samsara bouddhique, le pouvoir sans cesse renouvelé de dissolution du venin de l’Ouroboros, l’homme dévoré par le dragon, ou encore l’impossibilité d’accéder à son “soi”, à son être véritable. C’est vivre ballotté, tourmenté, comme un être obscur dans un monde obscur.

Dans le second cas, nous avons le risque de rejeter notre véritable nature, spontanée, au risque de tout conceptualiser, de tout intellectualiser, de tout figer. C’est l’homme déraciné, qui perd le lien avec la Nature-mère.

C’est donc le parfait équilibre entre l’Eau et le Feu qu’il faut tenter de trouver : c’est l’acceptation de toute chose et de son destin, un lâcher-prise doublé d’une conscience pure et heureuse de la vie et du monde tel qu’il est. C’est la paix, la sérénité, l’immortalité.

Continuez la lecture avec : Les 4 éléments en alchimie et leur signification (5/10)

Deux ouvrages pour aller plus loin :

Modif. le 31 mai 2020

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