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L’Oeuvre au rouge en alchimie : interprétation (10/10)

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L’Oeuvre au rouge en alchimie : définition et description. Quelle est la signification du Rubedo ? En quoi consiste l’Oeuvre au rouge précisément ?

Cet article fait partie de la série alchimique :

Avant d’aborder l’Oeuvre au rouge et sa définition, rappelons que le but du processus alchimique est de créer un équilibre parfait entre toutes les composantes de l’être, après qu’elles aient été purifiées et fortifiées (ou “rectifiées”) : cet équilibre permet d’atteindre le “centre de soi”.

Concrètement, la maîtrise du Corps et du mental rend possible le contrôle des passions, ce qui apaise et unifie l’être intime, déterge, éclaire la sensibilité et la rend plus subtile. C’est ainsi que le “moi” vulgaire s’ouvre au Mercure (principe-vie), et que la séparation (Oeuvre au noir) et l’extraction (Oeuvre au blanc) peuvent se produire.

Par ces opérations, l’alchimiste atteint son être véritable, sa pensée étant désormais servie par la Nature toute entière, elle-même assujettie à l’Esprit dans toutes ses manifestations.

Dans l’article précédent, nous avons décrit l’Oeuvre au blanc, qui se décompose en deux phases :

  • une montée vers un état d’extase consciente, sorte d’illumination, de veille éternelle et paisible,
  • une redescente dans le Corps pour former la Pierre blanche : désormais le Corps est spiritualisé en même temps que l’Esprit est coagulé.

Ainsi, un “Corps glorieux” apparaît, physiquement visible mais mis au service de l’Esprit éclairé. Tous les conditionnements de l’individu ont été brisés. Son ego et ses déterminismes ont été dépassés. Le Roi est né.

Mais le processus n’est pas tout à fait terminé : reste à couronner définitivement le nouveau Roi par l’Oeuvre au rouge.

Voici une description de l’Oeuvre au rouge en alchimie, ainsi qu’une tentative d’interprétation.

L’Oeuvre au rouge en alchimie : définition et description.

Alors que l’Oeuvre au blanc est appelée “Petite médecine”, l’Oeuvre au rouge est qualifiée de “Grande médecine”. Nous avons la même idée avec l’emploi des termes “Petit Oeuvre” et “Grand Oeuvre”, ou encore “Petits Mystères” et “Grands Mystères”.

Le Petit Oeuvre se fait sous le signe de la Lune (avec certes, le Soleil en arrière plan), alors que le Grand Oeuvre se fait sous le signe du Soleil.

L’Oeuvre au rouge est en réalité la continuité de l’Oeuvre au blanc, l’objectif étant de parfaire le processus de fixation. Il s’agit d’augmenter le Feu de façon à ce qu’il évapore les dernières traces d’Eau, et qu’il ne reste que le Feu et la Terre (les cendres).

Ce Feu ne s’unira plus au Corps à travers l’Eau, mais directement, ce qui permettra à l’homme d’atteindre sa perfection suprême.

Par l’Oeuvre au blanc, l’homme s’était uni à la Vie, mais une Vie dont il n’est pas encore en mesure d’approcher le principe. Par l’Oeuvre au rouge, il s’approche du centre solaire, ordonnateur.

Ainsi, alors que l’Oeuvre au blanc permet à l’Esprit de prendre son envol sous le signe de l’Air (l’intuition), l’Oeuvre au rouge met l’individu en rapport avec le Feu intellectuel (l’idée organisatrice).

Il s’agit d’un retour à l’individualité complète et totale, sous le signe du Soufre : c’est la naissance du Roi hermétique avec son pourpre, son sceptre, sa couronne et son diadème (on comprend mieux à présent l’expression “Art Royal“).

Sa force ou puissance est entière, si elle est convertie en terre.
Table d’Emeraude, Hermès Trismégiste

Ainsi, l’Oeuvre au blanc doit être complétée et achevée par l’élément Feu porté à son maximum. Or c’est bien la Terre, dans toute sa profondeur, qui contient et reçoit ce Feu primordial : c’est la mine de l’Or des philosophes. Les cendres et résidus créés en début de processus seront les éléments qui permettront d’achever le Grand Oeuvre.

Pour résumer l’ensemble du processus alchimique, on peut dire que l’Oeuvre commence par l’élément Terre qui est réduit en Eau (Nigredo), puis l’Eau est réduite en Air (Albedo), puis l’Air en Feu (Rubedo), avant que le Feu ne soit définitivement fixé en Terre. Ainsi, la boucle est bouclée.

L’Oeuvre au rouge ou Rubedo : interprétation.

Allons plus loin dans la définition et l’interprétation de l’Oeuvre au rouge.

On l’a compris, l’Oeuvre au rouge est la dernière transmutation : l’Argent est transmué en Or. Tous les métaux imparfaits sont détruits. Ne reste que la Pierre rouge, ou Poudre rouge.

Cette phase ramène le “moi” à la conscience entière de son état primordial, absolu, universel. La conscience est à présent le parfait équivalent du Corps, ce Corps qui exprime désormais la réinstallation finale de l’Esprit dans la matière. Le mort est définitivement relevé, absolument uni à lui-même.

Il s’agit donc d’une réconciliation intime, d’une résurrection sans résidu, sans scorie. Rien n’a vraiment été abandonné, tout a été réintégré, même le mal, même la souffrance. Tout se confond désormais dans l’Amour, cette force qui accepte tout, embrasse tout, dissout tout.

La Pierre philosophale est le résultat final de ce processus de transformation : c’est l’individu qui s’est transformé, qui s’est refabriqué : la pierre brute qu’il était est devenue “philosophale”.

Lire aussi notre article sur la Pierre philosophale.

Au final, l’Oeuvre au rouge sonne l’heure de la rédemption. Tous les péchés sont rachetés. La culpabilité disparaît. L’individu prend conscience qu’il n’est rien, et en même temps qu’il est tout : le microcosme n’est-il pas à l’image du macrocosme ? L’être éveillé se laisse traverser par l’évidence de ce qu’il constitue, à savoir le carrefour de toutes les forces de l’univers. Il est lui-même la réalité, la vérité, la vie, l’œuf cosmique tout entier.

L’individu n’est plus l’obstacle de quoi que ce soit : il se laisse traverser par l’Un et par le Tout.

Le plomb se change en Or, le hasard se dissipe quand, avec Dieu, je suis changé par Dieu en Dieu. 
Angelus Silesius (prêtre, alchimiste et mystique du XVIIème siècle)

Pour aller plus loin :

Modif. le 6 juin 2020

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