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L’Oeuvre au blanc en alchimie : signification (9/10)

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L’Oeuvre au blanc en alchimie : description et définition. En quoi consiste l’Oeuvre au blanc ? Quelle signification ? Pourquoi l’Albedo symbolise-t-il la résurrection ou le relèvement ?

Cet article fait partie de la série alchimique :

Dans l’article précédent, nous avons vu que l’Oeuvre au noir (Nigredo) constituait la première phase du processus alchimique : c’est l’étape de la séparation, de la dissolution ou de la “putréfaction”.

Il s’agit sur le plan humain d’extraire la forme de vie subtile enfermée dans le Corps. La tradition alchimique parle de délivrer Mercure (les Eaux) de Saturne (la Terre, le plomb). En effet, Saturne est le corps physique qui attire à lui et retient le Mercure : la force-vie est soumise à l’individualité figée. C’est l’image de l’individu égocentré, non-éveillé, prisonnier de lui-même et de sa condition.

Concrètement, l’Oeuvre au noir consiste en un lâcher-prise : la conscience se libère de l’individualité.

L’Oeuvre au noir est indissociable de la mort, le Corps physique étant réduit en cendres. Mais dans cet environnement de deuil, une lueur paraît, semblable à la blancheur de la Lune. Les Eaux dissolvantes, Eaux de mort, se changent en Eaux de résurrection : la lumière de la Nature se fait connaître.

C’est l’annonce de la seconde étape du processus alchimique : l’Oeuvre au blanc, ou Albedo.

Si l’Oeuvre au noir est séparation et mort, l’Oeuvre au blanc est résurrection. Avec le blanc est atteint une nouvelle forme d’existence, lumineuse : il se produit un changement d’être, la naissance d’un individu nouveau.

L’Oeuvre au blanc est donc lumière, printemps, résurrection, vie, jour, floraison… Elle exprime l’état d’extase active consécutif à un changement ontologique. La condition de l’être humain est à la fois suspendue et régénérée.

Je suis sorti de moi-même et j’ai revêtu un corps qui ne meurt pas. A présent, je ne suis plus le même, j’ai eu une naissance intellectuelle… Je ne suis plus coloré, tangible, mesurable. Tout cela m’est étranger… Et ce n’est pas avec les yeux physiques que l’on peut me voir maintenant.
Corpus Hermeticum, Hermès Trismégiste

Voici un résumé de l’Oeuvre au blanc en alchimie, ainsi que son interprétation.

L’Oeuvre au blanc en alchimie : introduction.

Avant d’aborder l’Oeuvre au blanc, il faut d’abord distinguer deux voies possibles de l’expérience alchimique :

  • la voie humide, qui consiste à provoquer la suspension des facultés individuelles conditionnées par le Corps et par le mental, afin que le l’obstacle constitué par ces derniers soit dépassé. Cette voie revient à libérer le “moi” par la force des Eaux (la vie) : on “brûle avec l’Eau”.
  • la voie sèche, qui consiste à transformer ses facultés mentales et à les utiliser comme un levier pour arriver à l’objectif. Cette voie revient à exploiter la force du Feu (“moi”) pour que le “moi” opère sur lui-même. Ici, on “lave avec le Feu”, par une action directe, une volonté consciente.

La voie sèche se caractérise par l’absence de noir et l’utilisation d’un Mercure double, à la fois Eau vitale dissolvante, et principe animé par un certain Or actif. Ce Mercure double contient déjà en lui le Feu secret des Philosophes.

La voie sèche ou rapide permet d’agir en purifiant, sans produire d’abord le “noir” puis le “blanc”. Durant le processus, la conscience se maintient pleine et active. Mais cette voie est plus exigeante que la première, elle nécessite une volonté inébranlable ainsi qu’un accompagnement initiatique. Le risque est de voir resurgir l’ego, encore plus fort qu’avant.

C’est la raison pour laquelle une certaine ascèse hermétique doit être respectée : il s’agit de cultiver la pureté du corps et du coeur, la droiture, le désintéressement, l’absence de convoitise, d’envie et d’égoïsme.

Repose le corps, calme les passions ; te dirigeant ainsi toi-même, tu attireras l’être divin vers toi. Zosime

La préparation hermétique nécessite un grand équilibre physique et intellectuel, une neutralité parfaite, ainsi qu’un rejet des désirs artificiels. Il s’agira de se défaire de tous ses conditionnements et attachements.

Description et résumé de l’Albedo.

Revenons à l’Oeuvre au blanc, qui fait partie de la voie hermétique classique, dite humide, mais qui est aussi suggérée dans la voie sèche.

L’Oeuvre au blanc correspond à la révélation de l’Eau divine, Mercure céleste, ou encore à la manifestation de la “Vivifiante Lumière magique”.

A présent, l’individu allégé est porté dans la nature-même de l’Âme. C’est la fumée blanche issue du Nigredo. C’est l’Esprit en acte, la pure intelligence, l’être diaphane délivré de lui-même et de ses passions.

C’est donc la première des transmutations alchimiques, qu’on peut aussi décrire comme une résurrection de l’individu.

Ainsi, l’Albedo symbolise la Vie qui a vaincu la mort. Le Roi est ressuscité, la Terre et l’Eau sont en train de devenir Air.

L’Oeuvre au blanc est souvent symbolisée par l’arrivée d’un jour nouveau : la nuit cède place au petit matin, la Terre se recouvre d’une Nature verdoyante et fleurie, un enfant naît, vêtu d’un habit blanc.

L’Oeuvre au blanc marque aussi une pause dans le processus alchimique : la matière est redevenue stable, désormais indestructible (incombustible) sous sa nouvelle forme et sa nouvelle couleur : blanche.

Le Corps est désormais pur, subtil, spirituel, transparent, aérien. Dans les textes, il est parfois décrit comme tout à fait matériel (extérieurement, il reste identique à ce qu’il était), mais n’existant désormais que comme une fonction de l’Esprit.

D’autre part, l’Eau divine (ce vif-argent) donne le pouvoir de voir et d’entendre ce qu’il n’est normalement pas possible de voir ni d’entendre, et de guérir de toute maladie. C’est l’Eau de Sagesse ou Eau de vie qui purifie tout et qui donne l’immortalité. Cette Eau est semblable au logos, à la parole divine.

Au final, l’Albedo est le Mercure purifié (la Vierge) qui s’élance vers l’hémisphère supérieur pour donner naissance à un Roi nouveau, qui lui-même s’unira à la Vierge pour la fixer, la stabiliser, la congeler.

L’Oeuvre au blanc en alchimie : signification, interprétation.

Concrètement, quelle est la signification de l’Oeuvre au blanc en alchimie ?

L’Oeuvre au blanc est un état stable d’extase consciente consécutif à l’état de sommeil nocturne dû à l’Oeuvre au noir (la séparation). On peut qualifier cet état de “veille éternelle”.

Le sommeil du Corps devint la lucidité de l’Âme : mes yeux fermés voyaient la vérité.
Corpus Hermeticum, Hermès Trismégiste

C’est donc un état de paix, de sérénité totale, allant jusqu’à l’illumination. C’est le coeur qui s’exprime pendant que le “moi” dort. C’est la conscience humaine qui s’approche de Dieu.

Ainsi, l’Albedo décrit un changement du rapport à soi-même : à travers son “Corps glorieux”, l’individu ne craint plus la mort. Tous ses conditionnements ont été brisés, tous ses déterminismes (instincts, pulsions, héritages) ont été dépassés. L’attachement, la peur et les passions ont disparu.

L’orgueil n’est plus. L’ego s’est évanoui.

La finalité de l’Albedo. 

L’état suspendu (extatique) précédemment décrit n’est pas exactement la finalité de l’Oeuvre au blanc.

En effet, l’Albedo se complète par une redescente dans le Corps qui confirme et complète l’expérience vécue. Ainsi, la corporéité revient, mais à l’état de Lumière : on parle de Pierre blanche, première corporification et projection de l’Esprit. Le corps abandonne le tombeau, il renaît, matériel et éthéré à la fois, complètement conscient, et immortel.

Cela évoque Jésus ressuscité qui se présente à ses disciples sous une forme visible. Cela évoque aussi l’épisode biblique de la transfiguration.

L’individualité est revenue, mais sous forme subtile, universelle. Le Corps s’est profondément transformé.

Ainsi, le plomb (ou cuivre) est devenu Argent, aussi appelé “Rose blanche”.

En substance, on assiste :

  • à une corporification de l’Esprit,
  • et à une spiritualisation du Corps : à présent, la conscience circule partout dans la matière.

Cette redescente dans le Corps a pour vertu première de figer l’opération alchimique du blanc. Mais plusieurs cycles de sublimation et de retour au Corps (solve et coagula) seront sans doute nécessaires pour arriver à un Argent pur :

  • solve correspond à la montée (conversion du Corps en Esprit),
  • coagula correspond à la descente (retour de l’Esprit au Corps : fixation par un Sel clarifié).

Remarque : Si le corbeau est associé à l’Oeuvre au noir, la colombe est parfois associée à l’Oeuvre au blanc, symbole de paix, de sérénité stable installée dans le Corps retrouvé. La colombe apparaît parfois devant un arc-en-ciel représentant les 7 couleurs symbolisant l’alliance entre le Ciel et la Terre.

Conclusion.

Au final, l’Oeuvre au noir et l’Oeuvre au blanc sont deux phases complémentaires et indissociables du processus alchimique. Nous assistons d’abord à la dissolution du Corps en tant que symbole de l’individu décentré, attaché à la matière pour elle-même. L’Albedo décrit ensuite l’avènement d’une nouvelle forme d’individu dont le Corps est désormais constitué de sa véritable matière première : l’Esprit, lui-même rattaché à l’Âme du monde.

Ainsi, nous comprenons que la matière n’est en réalité qu’un mode d’être de l’Esprit : c’est un enseignement fondamental de l’alchimie spirituelle.

Continuez la lecture avec l’article suivant : L’Oeuvre au rouge en alchimie : interprétation (10/10)

Pour aller plus loin :

Modif. le 8 août 2020

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