Press "Enter" to skip to content

La symbolique de l’eau : signification ésotérique

5/5 (1)

La symbolique de l’eau : quelle signification ? Comment interpréter l’eau sur le plan spirituel et ésotérique ?

Le symbolisme de l’eau est particulièrement riche et profond, mais non dénué d’ambiguïtés.

Puits, fontaine, source, rivière, oasis, l’eau évoque bien entendu la vie : elle porte, nourrit, féconde, pourvoit. Elle jaillit de la grande source, point d’origine de toute chose, duquel découle la manifestation, le temps, l’espace, mais aussi l’ordre et la conscience.

Force neutre, active ou bien passive, femelle, l’eau circule et coule en toute chose : elle évoque les cycles. L’eau coule vers le bas, mais soumise à la chaleur du soleil, elle se change en vapeur pour rejoindre le Ciel.

A ce titre, l’eau évoque l’âme humaine prisonnière de ses bas instincts, ou au contraire attirée vers la Conscience supérieure.

L’eau est souvent associée à la couleur bleue, mais aussi parfois au vert : c’est la couleur de la nature et de la vie.

Entrons dans la symbolique de l’eau et sa signification ésotérique.

La symbolique de l’eau : signification ésotérique.

Les qualités symboliques de l’eau sont parfois ambiguës. L’eau est à la fois :

  • passive (sans énergie propre) et active (vivante, qui circule),
  • créatrice (généreuse, inépuisable) et destructrice (dissolvante),
  • stabilité (partout présente) et changement (cyclique).

L’eau évoque la vie mais aussi la mort. Elle peut être pure ou impure. Elle peut être salvatrice ou calamiteuse (cf le Deluge). Elle peut libérer ou engloutir. Son cycle évoque l’impermanence, qui est mort permanente (aspect négatif) ou renaissance permanente (aspect positif). Elle est de nature temporelle et matérielle.

Lao-tseu, fondateur du taoïsme, décrit parfaitement les qualités de l’eau :

Rien au monde
n’est aussi mou et fluide que l’eau.
Mais pour dissoudre le dur et l’inflexible,
rien ne la surpasse.

Le mou triomphe du dur ;
le souple triomphe du rigide.
Tout le monde sait que cela est vrai,
mais peu savent le mettre en pratique.

Tao Te King, 78

Dans ce verset, l’eau est comme le tao (la source, la “grande mère”, la Voie) : passive (yin), elle est cependant abondante et généreuse ; substance de la manifestation, elle coule en toute chose ; patiente, elle vient à bout de toutes les résistances.

L’eau est comme une mère : elle pourvoit, nourrit, aime, accepte tout, ne juge pas. Elle est l’Amour infini qui dissout l’orgueil et le mal.

Dans le taoïsme, l’eau est donc vacuité ; elle sait pourtant répondre à tous les besoins. Par ces cycles, elle relie tous les êtres vivants entre eux ; elle est leur point commun, leur sang, leur centre universel. Ainsi, l’eau est la grande source, la Voie à suivre.

La symbolique de l’eau : le miroir de l’âme.

Calme ou agitée, bienveillante ou hostile, l’eau évoque l’âme humaine et son ambivalence.

La symbolique de l’eau rappelle celle du miroir, un objet lui-aussi ambigu. En fonction de notre état psychologique, le miroir est vérité ou mensonge. De même, l’eau reflète une image plus ou moins déformée de nous-mêmes, selon que sa surface est calme ou agitée.

Ainsi, l’eau reflète notre psychisme : serein, apaisé, ou bien trouble, désordonné… 

L’eau évoque la navigation, qui peut être vue comme l’errance de l’âme.

Elle évoque aussi la réflexion (au sens littéral), le fluide de la pensée compris entre les deux autres états :

  • solide (la glace ou la matière, synonymes de stagnation, de mort ou de prison),
  • et gazeux (l’esprit en contact avec le Principe supérieur).

Notons que certaines traditions anciennes distinguent les eaux femelles (tourmentées) et les eaux mâles (calmes et ordonnées).

Eau cosmique, eau divine.

L’eau peut être vue comme la substance de la création : c’est la materia prima, matière originelle encore chaotique qui contient en elle la promesse d’un monde ordonné.

On la retrouve dans la plupart des récits cosmogoniques : Egypte ancienne, hindouisme, taoïsme…

Dans la Genèse (Ancien Testament), on peut lire :

1) Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre.
2) La terre était informe et vide : il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme, et l’esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux.

Ici, l’esprit de Dieu (la parole sèche, abstraite, le potentiel ordonnateur) rencontre les eaux (la manifestation, la matière) pour faire naître le monde.

Selon le livre de la Genèse encore, un fleuve sort du jardin d’Eden, qui se divise en quatre branches. Sa source est proche de l’arbre de vie. Retourner à la source, c’est réintégrer le paradis originel pour y puiser une force nouvelle.

L’eau peut aussi être vue comme la parole divine, le logos qui descend sur la création comme la pluie (sorte de semence ouranienne) tombe du ciel :

Connaissons, cherchons à connaître l’Eternel ; Sa venue est aussi certaine que celle de l’aurore. Il viendra pour nous comme la pluie, Comme la pluie du printemps qui arrose la terre. Osée 6, 3

Ici, l’eau est de nature mâle plutôt que femelle.

Citons aussi ce passage de l’Ancien Testament :

Alors le boiteux sautera comme un cerf, Et la langue du muet éclatera de joie. Car des eaux jailliront dans le désert, Et des ruisseaux dans la solitude. Esaïe 35, 6

L’eau : la pureté, la régénérescence, la vie nouvelle.

La symbolique de l’eau évoque la régénérescence (cf le mythe de la Fontaine de Jouvence), la vie nouvelle. Elle est autant régénération physique que spirituelle : boire à la source, c’est abandonner son ancien soi pour entrer dans le Royaume de Dieu.

Jésus évoque l’eau comme une source de vie éternelle :

Jésus lui répondit : Quiconque boit de cette eau aura encore soif ; mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura jamais soif, et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle. Jean 4, 13-14

On retrouve l’eau dans le sacrement du baptême chrétien, synonyme d’initiation, de vie nouvelle et d’effacement des péchés. L’opération consiste à verser de l’eau sur le front du croyant ou à l’immerger totalement.

Dans la plupart des religions, l’eau est associée aux rites de purification : elle rappelle l’alliance avec Dieu, elle ouvre la conscience, elle lave les mauvaises pensées. On pense en particulier :

  • au mikvé du judaïsme (bain rituel de purification),
  • aux ablutions qui précèdent la prière musulmane,
  • à l’eau bénite du christianisme (eau d’abord bénie puis aspergée durant la messe),
  • au misogi du shintoïsme (purification rituelle dans un cours d’eau ou une chute d’eau).

C’est encore l’eau qui soigne et qui guérit, telle l’eau de Lourdes. L’eau est alors synonyme d’immortalité : il est vrai qu’en se tenant près de Dieu, le croyant ne craint plus la mort.

A Jérusalem, le bassin de Siloé est la fontaine et le réservoir d’eau dans lequel Jésus guérit un aveugle-né (Évangile de Jean, 9, 1-12).

L’eau est sans doute immortelle car chargée du principe supérieur (l’Esprit saint, le “feu divin”) : elle devient rouge et évoque le sang du Christ, ou encore le sang du Graal.

Pureté, grâce, vertu, immortalité, l’eau est aussi lumière et Connaissance.

La symbolique de l’eau : la Connaissance.

Par sa transparence et sa limpidité, l’eau est une matière qui se laisse traverser par la lumière. C’est donc le symbole de la Connaissance, au sens le plus gnostique du terme.

Elle représente la paix, l’harmonie, la sagesse et l’épanouissement de la conscience.

Rappelons que c’est autour des grands fleuves (Nil, Euphrate) ou des mers intérieures (Méditerranée) que sont nées les civilisations, l’agriculture, l’écriture, les arts et les sciences. L’eau permet la communication, les échanges, le développement des savoirs et l’épanouissement des hommes.

La symbolique de l’eau en alchimie.

En alchimie spirituelle, l’eau est avec la terre, l’air et le feu, l’un des 4 éléments.

L’eau est directement issue de la lune, qui est avec le soleil l’une des deux grandes forces qui fondent le cosmos. L’eau (et la lune) représente une sorte d’énergie inorganisée et indifférenciée, un courant obscur et aveugle dirigé vers le bas : c’est la direction de la chute, qu’on retrouve dans l’idéogramme alchimique de l’eau.

Mais cette force ne demande qu’à être domestiquée, et une fois maîtrisée, elle peut constituer une énergie positive.

Ainsi donc, l’eau est une force passive, “aveugle” car elle n’a pas conscience d’elle-même ni de la cohérence qui la fonde. Elle évoque la spontanéité, la nature, la vie, l’auto-destruction et l’auto-génération. Mais lorsqu’elle s’allie au principe solaire (à savoir le feu qui est présent en elle sans qu’elle le sache), son potentiel d’ordre se révèle.

L’eau sans le feu serait inconscience, ténèbres, cycles perpétuels, tourments. A l’inverse, le feu sans l’eau serait une forme de conscience déracinée, abstraite, dénuée de vie. Les deux forces sont donc indissociables, traduisant un nécessaire équilibre par lequel l’eau ne doit être ni trop dissolvante, ni trop coagulante.

Lire aussi notre article : L’Eau et le Feu en alchimie.

Pour votre bibliothèque :

  • Dictionnaire des symbolesde Gheerbrant et Chevalier. Avec ses 1600 articles, cet ouvrage est une référence dans l’étude des symboles.
  • Comment regarder les Symboles et Allégories, de Matilde Battistini. Un très beau travail d’analyse des symboles présents dans les œuvres d’art, permettant d’accéder au sens caché de certains des plus beaux tableaux de l’histoire.

Modif. le 2 octobre 2020

Vous pouvez noter cet article !

%d blogueurs aiment cette page :