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Le symbolisme de la forêt

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Le symbolisme de la forêt : quelle signification spirituelle, quel sens caché ? Qu’évoque la forêt dans les rêves et dans les contes ?

Si tu ne vas pas dans les bois, jamais rien n’arrivera, jamais ta vie ne commencera.
Va dans les bois, va.

Clarissa Pinkola Estés

Espace sombre, lugubre, mystérieux, magique, impénétrable ou dangereux, la forêt évoque les forces dévorantes de la nature.

La forêt est inhospitalière et pourtant majestueuse et prolifique. Sa signification symbolique est ambiguë : elle peut être synonyme d’angoisse ou de sérénité, d’oppression ou de libération.

Le symbolisme de la forêt se rapproche de celui de la caverne, de la grotte ou du labyrinthe, autant de lieux où habitent des monstres indomptables, des esprits malins (feux follets, trolls, fées, elfes, gnomes, nains…) ou des dieux inconnus (animisme).

Ceci explique que la forêt a longtemps été le lieu des rituels religieux. La forêt est alors considérée comme un espace sacré, voire un sanctuaire. C’est par exemple :

  • le nemeton chez les Celtes : lieu de culte druidique, le mot signifie aussi “bois sacré”,
  • la mythique forêt de Brocéliande (Merlin l’enchanteur, la fée Viviane…),
  • le bosquet de Dodone chez les Grecs, endroit où les prêtres interprétaient le bruissement des feuilles,
  • le bois sacré de l’Altis (Péloponnèse),
  • certaines forêts sacrées d’Afrique (notamment les kayas au Kenya),
  • les temples du Japon, construits au coeur de sanctuaires naturels délimités par des torii (shintoïsme),
  • etc.

Par ailleurs, le symbolisme de la forêt peut être associé à celui de l’arbre ou des cheveux, la forêt constituant un espace intermédiaire entre la Terre et le Ciel.

D’autre part, il est dit que la forêt possède un centre caché (symbolisé par un autel, une source, une fontaine ou une pierre) qui fait l’objet d’une quête initiatique. La forêt est donc un lieu de régénération, de ressourcement et de progrès.

Dans de multiples légendes, le héros doit triompher des sortilèges de la forêt : il doit se surpasser pour vaincre les épreuves.

Entrons plus en profondeur dans le symbolisme de la forêt.

Le symbolisme de la forêt : généralités.

La forêt est un espace naturel opaque, dont les recoins sont inconnus. La lumière y pénètre difficilement.

La forêt peut être vue comme un labyrinthe dont on pourrait bien ne jamais sortir. Ce labyrinthe, c’est avant tout celui de notre esprit : la forêt symbolise notre inconscient.

Visiter la part inconnue de notre psychisme, c’est faire l’effort de savoir qui nous sommes. La connaissance de soi nous permettra de vaincre nos craintes et nos angoisses, véritables monstres intérieurs.

Fonder son temple au milieu de la forêt, c’est trouver la lumière en soi, c’est transformer l’ignorance en conscience, la peur en sérénité. C’est comprendre notre fonctionnement intime et nous accepter tels que nous sommes.

Dans les religions orientales (bouddhisme, hindouisme, taoïsme), les ascètes se retirent dans la forêt pour prier ou méditer : l’éveil se fait au coeur de la Nature vierge.

La forêt, les mystères et la connaissance.

Si la forêt est mystérieuse, elle invite à percer ses mystères : elle symbolise le chemin du savoir, de la connaissance et de l’émerveillement. Les arbres s’étirant vers le haut, ils montrent la voie de l’élévation intellectuelle et spirituelle.

  • A la Sorbonne, le mur de scène du Grand Amphithéâtre est paré d’une célèbre tenture de Puvis de Chavannes : le “Bois sacré de la Connaissance” représente les neuf muses au milieu d’une forêt, lieu idéal des arts et des sciences.
  • Au coeur de la Bibliothèque nationale de France se trouve un jardin-forêt invitant les lecteurs à la contemplation et à la compréhension :
Jardin-forêt de la BnF, Paris

Enfin, la forêt peut être assimilée au jardin d’Eden (paradis perdu) : un espace authentique, paisible, vierge de tout péché et dénué de toute pensée duale.

Autres parallèles symboliques.

La forêt peut évoquer différents éléments symboliques, parmi lesquels :

  • la Nature : c’est l’énergie vitale spontanée, incontrôlable, sauvage, non-consciente d’elle-même,
  • le silence : c’est l’absence de pensée et de parole, autrement dit la vie à l’état brut. Seuls quelques chants d’oiseaux, bruissements et craquements d’arbres peuvent agrémenter ce silence,
  • le féminin : c’est le symbole des cycles, de la vie, de la matrice, de Gaïa. C’est aussi l’image des forces lunaires, changeantes. C’est encore la virginité (la forêt vierge). Par ailleurs, dans une perspective alchimique, le féminin et la forêt nécessitent d’être pénétrés, domptés, éclairés par le principe solaire masculin,
  • la couleur verte : c’est la couleur du règne végétal, sombre et terrifiant mais porteur d’espérance,
  • la nuit, les forces nocturnes,
  • l’élément alchimique eau, qui symbolise la vie qui se dévore elle-même, qui crée autant qu’elle détruit, dans un cycle infini de mort et de renaissance.

La forêt dans les rêves et la psychologie.

Nous l’avons dit, la forêt symbolise l’inconscient ou le subconscient, c’est-à-dire le mystère des profondeurs de l’âme. C’est le lieu des instincts les plus enracinés, les moins maîtrisables, pouvant donner lieu à des dérives mentales ou des hallucinations.

La forêt évoque la panique, l’horreur et la terreur. Selon Jung, cette terreur traduit la crainte de voir révélé le contenu de notre inconscient : la peur de se rencontrer soi-même.

Sur un plan plus positif, la forêt symbolise la magie et le rêve : c’est l’endroit où l’on s’abandonne, où l’on laisse libre cours à son imagination.

Le symbolisme de la forêt dans les contes.

Promenons-nous dans les bois… (célèbre comptine)

Dans de nombreux contes et légendes (cycle du Graal, le Petit Poucet, La Belle au Bois dormant, Le Petit Chaperon rouge, Blanche-Neige…), la forêt est présentée comme un lieu magique, objet d’aventure et d’apprentissage.

C’est d’abord un lieu qui inspire la terreur, puisque c’est là qu’habitent les sorcières, les loups et les ogres. C’est ensuite un lieu où l’on se perd, où l’on affronte son destin, où l’on grandit.

C’est aussi un endroit où l’on fait des rencontres, dont certaines sont heureusement positives (bûcherons, chasseurs, veilles dames, nains…).

Au final, la forêt est ambivalente. Enchantée ou hantée, merveilleuse ou dangereuse, elle est un formidable réservoir de vie et de connaissance intérieure. Oser la pénétrer la forêt, c’est se confronter à soi-même et donc se donner toutes les chances de progresser.

Pour aller plus loin :

  • Le dictionnaire des symbolesde Gheerbrant et Chevalier. Avec ses 1600 articles, cet ouvrage est une référence dans l’étude des symboles et des chiffres.

Modif. le 5 juillet 2021

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