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Le symbolisme de la tour

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Le symbolisme de la tour : quelle signification ? Comment interpréter la tour sur le plan religieux, philosophique ou ésotérique ?

En tant que construction humaine, la tour traduit une volonté d’élévation, une élévation qui peut être égoïste ou au contraire désintéressée. La tour possède donc un double sens, entre désir de domination et tentative de s’arracher du monde matériel.

La tour s’élance vers le haut, en direction du Ciel, ce qui en fait un objet de haute valeur spirituelle. C’est le cas pour les clochers des églises, les campaniles ou les minarets des mosquées.

D’un autre côté, la tour représente la force, la rectitude, la technicité et la stabilité. Elle véhicule les notions de vigilance, de défense et de résistance. Elle est parfois associée au temps (tour horloge) et à l’espace (cf. la tour des Vents d’Athènes), donc au pouvoir temporel.

La forme de la tour a aussi son importance :

  • carrée, elle évoque un solide ancrage dans la matière,
  • ronde, elle évoque la beauté et le domaine de l’esprit,
  • octogonale, elle évoque les baptistères italiens (Latran, Pistoia, Parme, Florence…), le chiffre 8 étant associé à la vie éternelle par opposition au chiffre 7 (le temps profane, les jours de la semaine).

En réalité, la tour réunit trois mondes : le ciel, la terre et le monde souterrain.

D’autre part, le symbolisme de la tour renvoie à celui :

  • de la pyramide, symbole de la vie spirituelle qui croit à partir d’une base matérielle, et dont la pointe figure l’aboutissement de la quête,
  • de la ziggurat, édifice religieux mésopotamien à degrés, modèle de la tour de Babel,
  • de la montagne : même si elle n’est pas une construction humaine, la montagne exprime, comme la tour, l’ascension ainsi que la rencontre du ciel et de la terre,
  • de la colonne,
  • du phare qui montre la bonne direction,
  • de la prison, lieu de pauvreté et de silence,
  • de l’arbre, en particulier l’arbre de vie qui trône au centre du jardin d’Eden,
  • de l’homme debout,
  • du cou,
  • de l’échelle ou de l’escalier : la tour évoque en effet une progression par degrés, ce qui peut avoir un sens initiatique, voire alchimique,
  • de la croix,
  • du puits,
  • de l’obélisque, qui traduit la puissance de l’énergie solaire,
  • ou encore de la kundalini.

La tour évoque enfin l’axe du monde, c’est-à-dire la Loi divine, la Source, autrement dit la porte d’accès à l’Eternel.

Entrons plus avant dans le symbolisme de la tour et sa signification cachée.

Le symbolisme de la tour et sa signification.

En premier lieu, la tour a quelque chose de puissant et de viril : c’est une construction phallique, masculine, militaire, politique (cf. le beffroi) dont l’image est associée à la royauté et au pouvoir.

La tour médiévale est construite pour impressionner. Immobile, elle n’a cependant pas de caractère conquérant : elle est un élément lourd, défensif, dissuasif, dont le rayon d’action est limité. De même, le donjon constitue le dernier refuge en cas d’invasion.

La tour aux échecs.

Aux échecs, la tour est une pièce importante qui rappelle les tours d’angle des châteaux forts. Placée aux quatre coins du plateau, elle renvoie au symbolisme du carré : la matière, la rigueur, la dualité.

Puissante, en pierre, la tour « quadrille » la matière, mais ne peut se déplacer qu’en ligne droite. En réalité, elle est très peu mobile car incapable de passer au-dessus des autres pièces. Elle est vouée à encadrer et protéger le Roi et la Reine.

La tour de Babel.

Dans le livre de la Genèse, la tour de Babel est une construction humaine destinée à « toucher le ciel » et à concurrencer Dieu.

Pensant avoir trouvé le moyen de se rassembler, les hommes se livrent à une construction purement matérielle, sorte d’axe du monde artificiel, contraire aux lois universelles. Le châtiment divin ne se fait pas attendre : les hommes sont dispersés et se voient attribuer une multitude de langages différents.

Ici, la tour prend la forme d’une ziggurat babylonienne. Elle représente l’orgueil, l’ambition, la volonté de contrôle, mais aussi la démesure et l’hybris.

S’appuyant sur le travail et la technicité, l’Homme cultive le péché : il crée un monde de contrôle et de souffrance, il se livre au pouvoir des tyrans, il se laisse écraser par un monstre qu’il a lui-même créé.

La tour de Babel renvoie aux caractéristiques de notre civilisation occidentale, technicienne, utilitariste, matérialiste, centrée sur des mégalopoles hors-sol, elles-mêmes organisées autour de centres d’affaires peuplés de gratte-ciels.

Dans ce monde coupé de la Nature, Dieu est absent, la spiritualité est oubliée. Au sommet de la pyramide, l’Homme illusionné ne croit pas à l’arrivée d’un nouveau Déluge, malgré les alertes.

Le mythe de la tour de Babel fait penser à quelques tours célèbres : la tour Eiffel, l’Empire State Building ou encore les tours jumelles du World Trade Center. Ces dernières se sont effondrées, sans doute par excès d’arrogance.

La tour d’ivoire et son symbolisme.

La tour d’ivoire est, dans le Cantique des Cantiques (Livre de l’Ancien testament), une expression utilisée pour décrire la beauté du cou féminin.

Ton cou est comme une tour d’ivoire ; Tes yeux sont comme les étangs de Hesbon, Près de la porte de Bath-Rabbim ; Ton nez est comme la tour du Liban, Qui regarde du côté de Damas.
Cantique des Cantiques 7, 4

La tour d’ivoire est en outre l’un des titres donnés à la Vierge Marie dans les écrits du Moyen-Age et de la Renaissance.

L’expression peut aussi désigner l’enfermement intellectuel d’un philosophe, d’un poète ou d’un écrivain, ce qui renvoie là encore à la tour de Babel dans le sens de coupure avec la réalité ou de délire mégalomaniaque.

Dans le Tarot.

Dans le Tarot de Marseille, l’arcane XVI, « la maison de Dieu », représente une tour que vient frapper une flamme (le feu divin), ce qui semble déclencher un tourbillon de bulles, le renversement de deux personnages et la chute d’une couronne.

De couleur chair, la tour est à l’image de l’Homme et de son corps, bouleversés par quelque chose d’imprévu : ce peut être une prise de conscience, une intuition, un évènement soudain ou un coup du sort.

La tour humaine est déstabilisée ; celui qui se prenait pour le roi chute. Le feu divin lave l’orgueil humain, il produit une remise en question, un renversement salvateur.

On peut bien sûr établir un parallèle entre cette tour et la tour de Babel ou même la tour d’ivoire.

La tour penchée et son symbolisme.

La tour penchée, telle la tour de Pise, évoque l’instabilité, mais aussi la résistance à cette instabilité.

La tour de Pise, qui forme le campanile de la cathédrale Notre-Dame de l’Assomption, a été bâtie presque sans fondations, sur un sol trop meuble. Cette erreur de conception rappelle les limites du génie humain. Pourtant, la tour ne s’est pas effondrée, et contre toute attente, c’est son inclinaison qui l’a rendue célèbre dans le monde entier.

La tour de Pise représente une beauté déconcertante, inattendue, car fondée sur l’imperfection. Elle exprime à la fois la force et la faiblesse, à l’image de l’Homme lui-même.

Quelques tours célèbres.

Parmi les tours les plus célèbres, citons :

  • la tour Hassan (Rabat, Maroc) : magnifique minaret inachevé dominant le mausolée de Mohammed V,
  • la tour Eiffel (Paris) : érigée pour l’Exposition universelle de Paris de 1889, sa structure d’acier n’a cessé de fasciner,
  • le tour de Belém (Portugal) : tour défensive jouant le rôle de porte d’entrée de Lisbonne,
  • la tour de Londres : ancien palais royal, forteresse-prison véhiculant une réputation de torture et de mort,
  • Big Ben (Londres), la plus célèbre des tours horloge,
  • la tour de l’horloge de la gare de Lyon,
  • la tour de l’Horloge de Montréal,
  • la tour Saint-Jacques (Paris), unique vestige de l’église Saint-Jacques-la-Boucherie,
  • ou encore la tour Burj Khalifa (Dubaï) : la plus haute du monde avec 828 mètres.

Conclusion sur le symbolisme de la tour.

Telle un phare, la tour montre la bonne direction : celle de l’axe du monde, de la Loi universelle et de Dieu. Pourtant, l’Homme en a largement détourné le sens, préférant étaler sa puissance et exercer sa domination.

La tour devrait être envisagée comme un pont, un lien entre le haut et le bas, l’esprit et la matière, le Ciel et la Terre. Car il faut maîtriser la matière et la comprendre pour espérer percer le mystère céleste. L’homme doit bâtir la tour non pas pour lui-même, mais pour rendre hommage à ce qui le dépasse : son talent doit être mis au service du cosmos tout entier.

Pour aller plus loin :

  • Le dictionnaire des symbolesde Gheerbrant et Chevalier. Avec ses 1600 articles, cet ouvrage est une référence dans l’étude des symboles et des chiffres.

Modif. le 5 février 2022

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