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« Une source m’a désaltéré » : planche au 9ème degré REAA

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« Une source m’a désaltéré » : que symbolise la fontaine présente dans la caverne ? Pourquoi Johaben boit-il à la source ? Voici une planche au 9ème degré REAA.

Le rituel du neuvième degré fait état d’une « fontaine » ou d’une « source » qui coule à l’intérieur de la caverne où se cache Abiram.

Après avoir tué le scélérat, Johaben s’y désaltère :

Q. – Qu’avez-vous fait après avoir tué le traître ?
R. – Je lui ai coupé la tête, j’ai étanché ma soif à la source et, fatigué, je me suis allongé pour dormir jusqu’à ce que mes huit compagnons entrent dans la caverne en criant vengeance.

Rituel de Maître Elu des neuf

Le comportement de Johaben traduit une sorte de satisfaction et une tentative d’apaisement suite à l’accomplissement du devoir, même si les consignes n’ont pas été respectées. Les huit autres maîtres élus boiront eux-aussi de l’eau de cette source.

La fontaine semble délivrer une eau qui désaltère, qui assouvit, qui calme. On peut voir dans cette eau le symbole de la pureté : l’eau lustrale représente l’âme enfin nettoyée de l’erreur et de l’illusion. Mais on peut aussi y voir le signe d’une faille ou d’une blessure : l’eau coule, comme le sang d’Abiram décapité. C’est alors une eau sale, lourde, chargée…

En alchimie spirituelle, l’Eau est l’élément qui symbolise l’âme humaine, en lien avec la Lune. L’Eau est ambiguë :

  • elle représente d’abord la force de vie passive, chaotique, aveugle : c’est la vie brute, qui n’a pas conscience d’elle-même ni de la cohérence qui la fonde. L’eau coule vers le bas, vers la matière,
  • mais lorsqu’elle est en contact avec le Feu, l’Eau devient force active et consciente : c’est l’âme qui s’ouvre au Principe, qui s’élève vers Dieu. Notons qu’au neuvième degré, le Feu est présent à travers le buisson ardent positionné à l’entrée de la caverne.

Si l’Eau correspond à l’âme, alors sa source correspond à la source de nos pensées. Connaître la source permettrait alors de savoir si notre mental est guidé par les forces de la matière ou par la lumière de l’Esprit.

« Une source m’a désaltéré » : voici donc une planche au 9ème degré REAA.

La source présente dans la caverne sert à étancher la soif des neuf maîtres élus.

La « soif » peut représenter le désir de connaître, de comprendre, de progresser sur soi, ou encore la volonté de laver la présence de l’ego en soi. La soif est le moteur de la quête, sa motivation. Mais elle révèle paradoxalement la présence de l’ego, ce qui introduit une ambiguïté.

Dans le bouddhisme, la soif (raga) est l’un des Trois poisons aux côtés de l’ignorance et de l’aversion : elle est synonyme d’avidité, de désir et d’attachement ; elle est directement issue de l’ignorance et est associée au coq, fier, orgueilleux, se croyant seul au monde.

Il s’agit donc de s’interroger sur la nature de la soif de Johaben, et des autres maîtres élus. Cette soif est-elle saine ou malsaine ? Correspond-elle à l’envie de se libérer du corps-matière pour s’élever vers Dieu, ou au contraire à l’empressement d’accéder aux secrets, sans que l’on y soit prêt ? Rappelons que Salomon a promis une haute récompense à celui qui ramènerait le coupable, ce qui peut aiguiser les appétits…

La notion de source est présente dans de nombreuses traditions spirituelles et ésotériques. L’eau de la source, eau vive, est régulièrement assimilée à la semence du ciel, au sang divin et à la connaissance :

  • une source jaillit au milieu du jardin d’Eden, au pied de l’Arbre de vie,
  • chez les Celtes, les sources sont assimilées à des divinités qui ont le pouvoir de guérir les blessures et de ranimer les guerriers morts. C’est la fontaine de vie ou de jouvence,
  • dans le taoïsme, le tao est la Grande source, le principe à l’origine de toute chose,
  • on pense aussi à l’elixir de vie alchimique ou encore au sang de la coupe du Graal.

D’autre part, au Ve siècle avant J-C, la tradition pythagoricienne orphique a produit des poèmes ésotériques qui montrent l’espoir d’une délivrance grâce à l’initiation. Un poème en particulier fait état de deux sources qu’il ne faut surtout pas confondre :

Tu trouveras à gauche de la demeure d’Hadès une source,
et près d’elle, se dressant, un cyprès blanc :
de cette source ne t’approche surtout pas.
Tu trouveras une seconde source, l’eau froide qui coule
du lac de Mémoire ; devant elle se tiennent des gardes.
Dis : « Je suis fils de la Terre et du Ciel étoilé ;
ma race est céleste, et cela vous le savez aussi…

Je suis desséché par la soif et je me meurs :
Donnez-moi de l’eau fraiche du lac de Mémoire. »

Et alors ils te donneront à boire de la source divine.
De ce moment, avec les autres héros, tu seras souverain.

Lamelles d’or orphiques, lamelle de Pétélia

La première source dont il est ici question est celle du Léthé : c’est l’eau qui fait plonger dans le sommeil de l’âme. La seconde source est Mnémosyne, celle de la Mémoire, de l’éveil spirituel.

La seconde source est donc celle de la mémoire cosmique, de l’âme du monde, du souvenir des origines et par conséquent la source de toute science, de toute Connaissance.

Enfin, la source ou la fontaine évoquent la source de nos pensées, autrement dit notre inconscient. Celui qui remonte à cette source se connaît pleinement ; il n’est plus dupe des phénomènes dus à son activité mentale.

Au neuvième degré, l’eau de la source peut symboliser le devoir accompli, la récompense, la conscience pure, ou encore l’accès à la Grande Source, c’est-à-dire à l’Esprit divin.

Ayant anéanti la source de ses illusions, Johaben peut boire à la source de l’Esprit, Esprit dont la présence se retrouve aussi à travers le buisson ardent.

Boire à la source, c’est donc entrer dans une nouvelle vie, désormais connectée aux forces supérieures, libérée de la soif de vivre corporellement. En ce sens, l’eau conduit à la Connaissance, à la perfection et à l’immortalité.

Mais est-ce bien à cette source-là que Johaben se désaltère ? Pressé d’en finir, empli de colère, Johaben ne cherchait-il pas plutôt à satisfaire ses envies et à combler ses failles ? Johaben, après avoir décapité Hiram, souhaite oublier. Il refoule ses pensées et tombe dans la léthargie, ce qui rappelle la première source du poème orphique vu plus haut, celle du Léthé, celle de l’erreur…

Voir aussi notre liste de planches du 5ème au 12ème degré

Modif. le 13 mai 2024

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