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L’ubuntu : une philosophie africaine humaniste

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L’ubuntu dans la philosophie africaine : description et signification de cette spiritualité humaniste. Qu’est-ce que l’ubuntu sur le plan politique, humain et métaphysique ?

“Ubuntu” est un mot présent dans différentes langues bantoues d’Afrique australe, notamment le zoulou, et qui parle du lien entre chaque individu et les autres.

Il n’y a pas de traduction simple pour le mot ubuntu ; c’est en effet un concept large qui touche à la fois à la politique, à l’éthique, à la philosophie et à la métaphysique.

On pourrait traduire “ubuntu” de la manière suivante :

  • “l’humanité en général” dans le sens de “communauté humaine”
  • “exister grâce aux autres” ou “avec les autres”
  • “l’humanité de chacun est liée à l’humanité des autres”
  • “nous dépendons tous les uns des autres”
  • “une personne est une personne à travers les autres personnes” (c’est la signification de la formule zouloue umuntu ngumuntu ngabantu)
  • “je suis car tu es”
  • “je suis ce que je suis parce que vous êtes ce que vous êtes”
  • “la fraternité”
  • “l’attention portée aux autres”
  • ou encore “se connecter aux autres”.

L’ubuntu est un universalisme et un humanisme qui s’applique autant aux relations humaines au quotidien qu’à l’étude de la place de l’être humain dans le cosmos.

L’ubuntu est aussi et avant tout un état d’esprit, un “art de vivre”.

Voyons les différentes dimensions du terme ubuntu dans la philosophie africaine.

L’ubuntu : une philosophie africaine humaniste.

L’ubuntu comporte plusieurs dimensions ; tentons de les décrire une par une.

L’ubuntu dans sa dimension politique.

Sur le plan politique, l’ubuntu est un concept développé en Afrique du Sud par Nelson Mandela et Desmond Tutu, leaders du mouvement anti-Apartheid, pour décrire un idéal de société opposé à la ségrégation. C’est donc un projet politique qui promeut la réconciliation nationale.

L’ubuntu est l’exact opposé de l’Apartheid : il prône l’union contre la séparation, le vivre-ensemble contre la guerre civile.

C’est l’idée que la communauté humaine est une et indivisible : on ne peut opposer les uns aux autres, on ne peut établir aucune distinction fondée sur l’appartenance ou la race.

Vouloir se distinguer ou se séparer des autres serait une impasse, un jeu aux conséquences néfastes pour tous. Derrière cette idée, on comprend que rejeter les autres revient à se rejeter soi-même. Haïr les autres revient à se haïr personnellement, puisque le destin de chacun est lié au destin de tous.

Dans son sens politique, l’ubuntu comporte un aspect dynamique : c’est un élan de réconciliation, une main tendue qui porte en elle la capacité à accepter, comprendre, aimer et pardonner, afin de refonder la communauté humaine avec le concours de tous.

Au final, l’ubuntu politique porte un projet d’inclusion, de solidarité et de recherche de consensus, l’humanité étant vue comme une communauté de vie et de destin.

L’ubuntu dans sa dimension humaine.

Au quotidien, l’ubuntu est d’abord une éthique de vie. Plus précisément, c’est un état d’esprit ou un art de vivre qui décrivent le fait d’aller spontanément vers l’autre :

Dans l’ancien temps quand nous étions jeunes, un voyageur qui passait et s’arrêtait dans le village n’avait pas besoin de demander de la nourriture ou de l’eau. Lorsqu’il stoppait, les gens lui donnaient de la nourriture et s’occupaient de lui. C’est l’un des aspects d’Ubuntu mais il y en a bien d’autres.
Nelson Mandela

L’ubuntu est donc un savoir-être, une pratique de la fraternité au quotidien : c’est le fait d’aller vers l’autre avant même que celui-ci en formule la demande.

L’ubuntu va au-delà de la compassion en ce sens qu’il ne s’agit pas simplement de souffrir en voyant la souffrance de l’autre, mais d’anticiper, d’être attentif et de comprendre l’autre. Nous parlons d’une bienveillance de chaque instant, d’une solidarité spontanée et inconditionnelle qui se fonde sur la capacité à se mettre à la place de l’autre.

En fait, l’ubuntu repose sur la prise de conscience (intuitive ou raisonnée) que nous sommes l’autre. Cela dépasse donc la simple réciprocité des rapports humains.

A ce titre, l’ubuntu diffère de l’humanisme occidental : ce dernier se fonde sur le respect (ne pas empiéter sur le territoire de l’autre, limiter l’exercice de sa propre liberté en fonction de celle des autres) alors que l’ubuntu se fonde sur une forme de solidarité plus poussée.

Pratiquer l’ubuntu, c’est rompre l’illusion de la séparation pour se reconnaître en l’autre. Désintéressement, confiance et générosité fondent l’esprit de l’ubuntu, loin de tout individualisme.

L’ubuntu dans sa dimension métaphysique (ou cosmique).

Abordons à présent la dimension la plus profonde de l’ubuntu, celle qui touche à l’être et à la manière dont il est présent dans le cosmos.

L’ubuntu repose sur l’idée que tout, dans le cosmos, est solidaire et lié. Tout est interdépendant. Autrement dit, rien n’existe en soi, rien n’est véritablement autonome et séparé du reste.

Et de fait, tout dans la Nature est lié. Par exemple, les humains et les animaux se nourrissent des plantes, qui se nourrissent elles-mêmes de l’énergie solaire, ce qui signifie dans une certaine mesure que nous sommes le soleil. Nous sommes l’eau, la matière et l’oxygène ; nous sommes influencés par un nombre infinis d’éléments et de facteurs qui fondent ce que nous sommes aujourd’hui. Nous sommes au carrefour de toutes les influences de l’univers, le point de rencontre de toutes les énergies cosmiques.

De même, notre personnalité est le résultat de l’éducation que nous avons reçue des autres, de nos rencontres, de ce qu’on nous a fait vivre.

Or la difficulté vient du fait que nous avons souvent l’impression d’être séparés du Tout : notre ego nous pousse à imaginer une cloison étanche entre nous-mêmes et le reste du monde. Notre individualité crée l’illusion de l’intérêt personnel et nous rend incapable d’appréhender le vrai fonctionnement du monde. Vivre dans cette illusion mène au rejet et à la haine, des sentiments dont nous serons les premiers à souffrir.

A l’inverse, prendre conscience que notre existence dépend de tout ce qui nous entoure nous amène naturellement à prendre soin des hommes, des animaux et de la Nature toute entière.

Au final, l’ubuntu dans la philosophie africaine est la prise de conscience que nous vivons tous d’une seule vie, d’un seul monde, et que notre existence dépend de celle des autres et du Tout.

L’ubuntu nous invite à vivre d’une autre manière la dualité : non pas comme une séparation ou une menace, mais comme l’opportunité d’une rencontre, d’une réconciliation. L’ubuntu est donc l’autre nom de l’énergie cosmique unitaire, autrement dit l’Amour.

L’ubuntu dans la philosophie africaine : quelques citations.

Une personne Ubuntu est ouverte et disponible pour les autres, dévouée aux autres ; elle ne se sent pas menacée car elle a confiance en elle-même – cette confiance vient de la reconnaissance qu’elle appartient à quelque chose de plus grand. Cette personne se sent diminuée quand les autres sont diminués ou humiliés, quand ils sont torturés ou opprimés. Desmond Tutu

Un individu est un individu à cause des autres individus. Nelson Mandela

Être libre, ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c’est vivre d’une façon qui respecte et renforce la liberté des autres. Nelson Mandela

Il y a une unité pour l’humanité ; c’est en partageant avec les autres et en nous occupant de ceux qui nous entourent que nous nous réalisons. Barack Obama

Lire aussi notre article : L’esprit aloha : signification spirituelle.

Modif. le 30 octobre 2020

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