Le symbolisme de la chasse : interprétation philosophique, psychologique et spirituelle. Qu’évoque la chasse ? Signification profonde.
La chasse est une pratique centrale dans l’histoire de l’humanité, particulièrement avant l’apparition de l’agriculture et de l’élevage. Activité de subsistance, la chasse est aussi une culture, un art, voire une religion, en témoignent les scènes peintes sur les parois des grottes de Chauvet ou de Lascaux.
La chasse a permis à l’être humain à se dépasser. Chasser, particulièrement au paléolithique (ère des chasseurs-cueilleurs), c’est affronter les pires dangers, dominer sa peur, se confronter à sa nature sauvage et finalement vaincre la Nature sauvage. Face à l’animal, l’homme s’identifie et se différencie : il apprend à se connaître dans toutes ses dimensions.
Bien sûr, les premiers chasseurs sont les animaux eux-mêmes. En chassant, les hommes imitent donc les autres prédateurs, mais s’en distinguent par la conscience de l’acte. Une relation particulière se noue alors avec la Nature, faite de crainte, de respect et de gratitude.
Mais, loin de l’idéal d’harmonie entre l’Homme et la Nature, la chasse renvoie aussi au dévoiement des instincts humains, ce qui conduit aux pires dérives : massacres, destructions systématiques, extinction des espèces, mais aussi chasse à l’homme et génocides… En proie au vice et aux désirs insatiables (tuer, régner, soumettre les plus faibles), l’être humain se montre pervers et sadique, il devient alors pire que les plus sauvages des animaux.
Le symbolisme de la chasse résume tous ces aspects. Il est sous-tendu par un idéal de maîtrise, idéal par définition difficile à atteindre. La chasse est une pratique exigeante, objet de nombreux pièges dans lesquels l’homme tombe parfois et se perd.
Entrons dans le symbolisme de la chasse et sa signification philosophique, spirituelle et psychologique.
Le symbolisme de la chasse : interprétation
Sur le plan symbolique, la chasse représente le combat de l’humanité contre la sauvagerie, la lutte de la civilisation contre l’ignorance. A ce titre, la chasse apparaît comme un chemin de lumière et d’élévation spirituelle.
Ainsi, le symbolisme de la chasse a à voir avec la quête, le combat et la mort : il s’agit de détruire ce qui fait obstacle à l’ordre, à la morale, à la conscience, à la vérité. La chasse a donc quelque chose de noble et de sacré : elle est réservée aux seigneurs et aux rois, elle fait l’objet de règles précises, elle s’accompagne de rites particuliers.
Dans la légende arthurienne, la quête du cerf blanc est une allégorie de la recherche spirituelle : la créature échappe toujours à ses poursuivants, comme la vérité échappe toujours au cherchant.
Dans sa quête, le chasseur est semblable au chevalier qui affronte les épreuves et se confronte à ses mauvais penchants : il s’agit d’abord de tuer la bête en soi. Pour cela, le chevalier peut s’appuyer sur des animaux domestiqués : le cheval, fidèle destrier qui représente la Nature domestiquée, ou encore le chien qui met son flair au service de la cause.
La chasse et la forêt
Chasser, c’est visiter la sombre forêt, c’est oser pénétrer un territoire dangereux, un labyrinthe peuplé de monstres inconnus. La forêt est vaste, mystérieuse, elle invite à percer le mystère, à trouver le centre caché qui, selon diverses légendes, peut être une source, une fontaine ou une pierre précieuse.
En pénétrant la forêt, le chasseur ou le chevalier visitent la part inconnue d’eux-mêmes : ils se placent sur le chemin de la Connaissance, ils espèrent rencontrer leur véritable nature et en acquérir la maîtrise.
En alchimie spirituelle : la chasse au dragon
Le but de l’alchimiste est de dompter son énergie vitale désordonnée, de la fixer pour trouver le sens de la vie. Cet effort héroïque consiste à chasser et domestiquer le dragon : il s’agit de soumettre consciemment ce qui semble incontrôlable.
En effet, en alchimie spirituelle, le dragon ou l’Ouroboros (serpent qui se mord la queue) représentent la Nature sauvage, l’énergie vitale spontanée, matérielle, chaotique, non-consciente d’elle-même et par conséquent passive. Cette énergie est associée à la Lune et à l’élément alchimique Eau, qui symbolise la vie qui se dévore elle-même, qui crée autant qu’elle détruit, dans un cycle infini de mort et de renaissance.
En crucifiant le dragon, l’alchimiste révèle le Feu qui était retenu prisonnier dans les Eaux sauvages. Ce Feu représente le principe actif et dominant, solaire, spirituel, celui qui organise la matière et lui donne son sens.
La chasse, masculine ou féminine ?
Sur un plan symbolique et spirituel, la Nature est une énergie féminine, aveugle, liée aux cycles de la vie et aux changements. C’est pourquoi la Nature vierge nécessite d’être pénétrée, domptée, c’est-à-dire éclairée par le principe solaire masculin. Certains y verront l’explication du fait que la chasse est une activité surtout masculine…
A l’inverse, on pourrait voir dans la chasse la quête du Principe masculin : ce serait alors le féminin en nous qui se mettrait en chasse de l’ordre divin et de la Vérité.
Le symbolisme de la Diane chasseresse
Fille de Zeus, soeur jumelle d’Apollon, Diane (Artémis chez les Grecs) est la déesse de la chasse, de la Nature sauvage et de la Lune. Impulsive et colérique, elle est l’opposé d’Aphrodite. Elle n’hésite pas à se montrer cruelle envers ses ennemis.
Elle punit en particulier Actéon, petit-fils d’Apollon, chasseur orgueilleux, en le transformant en cerf après qu’il a osé l’observer prenant son bain. Actéon est dévoré vivant par ses propres chiens qui ne le reconnaissent pas.
Déesse vierge, Diane est impitoyable avec les hommes et les femmes qui cèdent à l’amour ou au désir : elle chasse les plus bas instincts humains. A l’inverse, elle protège les animaux et les femmes qui sont sur le point d’enfanter. Diane est donc ambivalente, entre violence et protection. Elle peut symboliser la Nature qui s’auto-régule selon ses propres Lois. Seuls les hommes prétentieux peuvent imaginer imposer leur loi à la Nature : ces faux chasseurs seront tôt ou tard punis.

Le sagittaire, un chasseur d’étoiles
Neuvième signe du zodiaque, placé sous l’élément Feu, le Sagittaire, du latin sagittarius : « archer », est un centaure qui chasse en tirant des flèches. Homme-cheval, le centaure symbolise la double-nature de l’homme, à la fois bestiale et divine.
Le Sagittaire dirige ses flèches vers le haut, vers les étoiles : la chasse est ici spirituelle et traduit une volonté d’élévation, un désir de percer le mystère.
La chasse, la vie et la mort
La chasse illustre le cycle de la vie. Elle est intimement liée à la mort et surtout à la transformation : il faut tuer ou mourir soi-même pour se métamorphoser et « voir ».
Dans le chamanisme, la chasse est le moyen de communier avec les esprits animaux : elle participe de la quête de vision et constitue un outil de guérison.
Il faut aussi souligner le caractère initiatique de la chasse, présent dans de nombreuses cultures et traditions.
Le symbolisme de la chasse en psychologie
En psychologie, la chasse peut être abordée comme la recherche des éléments inconnus qui peuplent notre inconscient (ou notre Ombre au sens jungien) : les instincts, désirs, souvenirs enfouis, défauts refoulés ou encore les traumatismes, véritables monstres intérieurs.
La confrontation avec l’inconscient permet la maîtrise des pulsions. La connaissance de soi mène à la libération : c’est notamment l’objet du processus d’individuation décrit par Carl Gustav Jung, fondateur de la psychologie analytique. On pourrait dire que la thérapie analytique a pour but de chasser le Soi.
Au sens freudien, la chasse peut aussi désigner le Surmoi qui chasse le Ça, c’est-à-dire l’instance morale qui cherche à réprimer les pulsions, ce qui traduit un combat intérieur. A moins que ce ne soient les pulsions qui se mettent en chasse du plaisir…
Plus généralement, en psychologie, le symbolisme de la chasse a à voir avec la sexualité. La chasse peut traduire la séduction, la convoitise, le désir de posséder ou de dominer.
Parallèles symboliques
Le symbolisme de la chasse évoque les éléments suivants :
- l’arc et les flèches, attributs de la déesse Diane pour faire régner la justice et les lois de la Nature,
- le carquois,
- la dague de chasse, pouvant représenter la confrontation directe avec la mort, ainsi que le statut du chasseur,
- le cor de chasse, symbolisant l’appel, le réveil de la conscience,
- le chien de chasse, auxiliaire fidèle traduisant l’instinct et le flair mis au service des chasseurs,
- le cheval, compagnon et auxiliaire de chasse, symbole de noblesse et de conquête,
- la peau ou le trophée, symboles de triomphe, souvenirs de chasse pouvant évoquer le respect pour l’animal tué ou au contraire une domination obscène,
- etc.
Conclusion
Le symbolisme de la chasse illustre la relation complexe et ambivalente entre l’Homme et la Nature, entre désir de domination et recherche d’harmonie, entre volonté de maîtrise et lâcher-prise, entre instinct de mort et désir de vie.
La chasse éclaire surtout notre rapport à nous-même, notre capacité à nous connaître, à nous maîtriser et aussi à nous respecter.
Au final, la chasse dans son aspect traditionnel et en tant que rituel sacré est support de recherche de sens. S’interroger sur la chasse, c’est s’interroger sur notre véritable nature. Qui suis-je ? De quoi suis-je fait ? Suis-je si différent que cela des animaux ? Qui est la bête, où se trouve-t-elle ? Quelle est ma place au sein de la Nature ? Le bon chasseur est sans doute celui qui se chasse lui-même…
Modif. le 4 février 2026

