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Le Petit prince : un conte initiatique d’actualité

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En quoi le Petit prince de Saint-Exupéry est-il un conte initiatique ? Quel sens caché ? Interprétation ésotérique, philosophique et psychologique.

Le Petit prince n’est pas un conte pour personnes sérieuses. Les personnes sérieuses sont celles pour lesquelles la vie est une histoire de pouvoir, de chiffres, d’argent et de positionnement.

Au contraire, le Petit prince s’adresse d’abord aux enfants ; il s’adresse aussi aux personnes en recherche, en quête de sens et de réponses sur la vie, sur les autres, sur elles-mêmes. Précisément, l’ouvrage, comme beaucoup de contes, comporte un sens caché, une dimension ésotérique. C’est donc un conte initiatique, qu’il faut savoir décoder, moins par l’analyse que par le lâcher-prise.

Celui qui le lit le Petit prince l’esprit ouvert en ressortira changé, transformé. Il réalisera la vacuité des comportements humains et prendra conscience de ce qui, dans la vie, relève de l’essentiel, de ce qui fait le sel de l’existence et aussi de ce qui constitue notre authenticité primordiale.

Le conte, paru en 1943, en pleine Seconde guerre mondiale, propose un chemin de liberté. Il parle de voyages, de rencontres, d’amitié, d’amour, de joie mais aussi de souffrance et de mort. C’est un livre d’espérance qui permet de traverser la tristesse et les regrets pour entrer dans une forme de bonheur durable.

Voici une interprétation ésotérique et philosophique du Petit prince de Saint-Exupéry.

petit prince illustration saint-exupéry

Commençons par un court résumé du conte. Un aviateur (le narrateur) tombe en panne dans le désert. Une voix inconnue l’apostrophe et lui demande de lui dessiner un mouton. Avec cette voix, c’est l’apparition soudaine d’un jeune enfant frêle, le petit prince. A travers ses questions, souvent naïves et insistantes, notre aviateur est amené à reconsidérer sa conception du monde, son comportement et ses valeurs.

Le petit prince vient d’une autre planète, l’astéroïde B-612, qu’il a quitté suite à sa brouille avec une rose, fleur particulièrement belle mais vaniteuse et exigeante. Triste, il entame un long voyage à travers l’univers et visite plusieurs planètes avant d’arriver sur Terre. Sur chacune, il rencontre un adulte (une grande personne) dont il juge le comportement étrange :

  • un roi qui ne règne sur rien,
  • un vaniteux qui cherche des admirateurs,
  • un buveur qui tente d’oublier sa propre honte,
  • un businessman qui s’octroie la propriété de tout, notamment des étoiles,
  • un allumeur de réverbères qui répète des gestes dénués de sens,
  • un géographe qui croit connaître le monde alors qu’il ne l’a jamais exploré,
  • plus loin, il rencontrera aussi un aiguilleur (qui trie les gens sans les connaître) et un marchand de pilules (lesquelles permettent d’économiser du temps en évitant de boire).

Autant de rencontres qui montrent l’absurdité des préoccupations des grands…

Parvenu sur Terre, le petit prince visite un jardin de roses : il réalise alors que sa rose n’était pas unique, ce qui le rend très triste. Il rencontre ensuite le renard qui lui enseigne le secret de la vie : On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. Le renard lui explique que sa rose est unique parce qu’il a passé du temps à l’apprivoiser. Le renard éclaire ainsi le petit prince sur les valeurs d’amitié et d’amour.

Finalement, le petit prince décide de retourner sur sa planète : il doit pour cela abandonner son enveloppe charnelle pour s’élever spirituellement. Le serpent propose de l’y aider…

Le petit prince laisse l’aviateur avec une leçon de sagesse : ce sont les liens que l’on tisse avec les autres qui font le sens de la vie.

Isolé dans le désert (prisonnier de lui-même), le narrateur est un aviateur qui se trouve en situation de détresse, préoccupé par une tâche qui conditionne sa survie même : il doit réparer son moteur, tenter de trouver de l’eau et repartir au plus vite.

C’est alors qu’une petite voix surgit et tente de le détourner de ses préoccupations matérielles : c’est l’irruption de la conscience, le point de départ de l’expérience initiatique. Petit à petit, l’essentiel va prendre la place du futile…

L’irruption de la conscience enclenche un processus de transformation. Mais l’expérience est tout sauf évidente, tant il est difficile de se libérer des contraintes du monde des adultes. Pour preuve, à plusieurs reprises, le narrateur perd patience face aux questions du petit prince.

Au départ, le petit prince est le seul habitant de l’astéroïde B-612, symbolisant un monde intérieur limité. Mais le petit prince a la volonté d’élargir son monde : il se questionne, s’ouvre à l’altérité (la rose), lutte contre les pensées obsédantes et menaçantes (les baobabs), contrôle ses passions (il ramone les volcans) et finalement part découvrir l’univers pour trouver un nouveau sens à sa vie.

Le petit prince a pour meilleurs atouts sa curiosité, sa sensibilité, sa naïveté, son authenticité : il parvient à déjouer les raisonnements des grandes personnes, il développe un esprit critique sans ressentiment ; il écoute et fait le tri, se fie à son bon sens et à son intuition.

Sur le plan psychologique, le petit prince peut représenter la part de nous qui s’ouvre aux questions fondamentales, existentielles. C’est notre potentiel de Connaissance.

Les personnages rencontrées par le petit prince sur les différentes planètes (le roi, le vaniteux, le buveur, le businessman, etc) représentent les défauts des adultes, notamment un rapport biaisé au temps, aux autres et aux choses.

petit prince grandes personnes interprétation

Ces personnages sont autocentrés, incapables d’amour. Certains d’entre eux effectuent des gestes automatiques qui n’ont aucun sens. D’autres s’attachent aux théories ou aux apparences. D’autres encore poursuivent des fantômes. Plusieurs sont dominés par leur ego. Ils ne savent pas ce qu’ils cherchent.

Les enfants seuls savent ce qu’ils cherchent.

Les grandes personnes occupent toute la place de leur petit monde intérieur, c’est pourquoi les planètes sur lesquelles elles habitent sont minuscules. Les adultes sont aussi assimilés à des baobabs, ceux-là même qui menacent la planète du petit prince.

Cependant, les personnages rencontrés par le petit prince ont aussi leur part de vérité ; il leur arrive même d’éclairer notre héros sur le sens de la vie.

La rose présente sur la planète du petit prince est, à l’origine, une graine arrivée de l’espace. Elle représente le mystère de la vie qui éclot et qui rencontre d’autres êtres vivants, ce qui peut déboucher sur l’amitié mais aussi sur l’incompréhension et la discorde.

La rose représente toute l’ambiguité des relations humaines, le risque de conflit mais aussi le potentiel de beauté et d’amour qu’elles contiennent.

En l’occurrence, la rose inflige des remords et des tourments au petit prince, c’est pourquoi il décide de quitter sa planète.

J’aurais dû ne pas l’écouter, il ne faut jamais écouter les fleurs. Il faut les regarder et les respirer. La mienne embaumait ma planète, mais je ne savais pas m’en réjouir. Cette histoire de griffes, qui m’avait tellement agacé, eût dû m’attendrir. (…) Je n’ai alors rien su comprendre ! J’aurais dû la juger sur les actes et non sur les mots. Elle m’embaumait et m’éclairait. Je n’aurais jamais dû m’enfuir ! J’aurais dû deviner sa tendresse derrière ses pauvres ruses. Les fleurs sont si contradictoires ! Mais j’étais trop jeune pour savoir l’aimer.

La rose, c’est l’autre. Cet autre, il faut prendre comme il est, avec ses qualités et ses défauts. On a toujours à apprendre de l’autre : du partage naît la complicité, la fraternité et finalement le bonheur.

La rose pose un défi au petit prince : comment aimer l’autre malgré ses défauts ? comment l’apprivoiser ? en quoi et comment peut-on être heureux à ses côtés ? C’est le renard qui va souffler la solution au petit prince.

petit prince renard ésotérisme

Le renard joue, auprès du petit prince, un rôle décisif. Il apparaît discret, sous un pommier. Il se montre bienveillant et retient le petit prince qui a tendance à vouloir passer son chemin. Il lui explique le sens du mot « apprivoiser », et lui propose de l’apprivoiser lui-même.

Apprivoiser, qu’est-ce que c’est ? C’est se faire un ami, ce qui conduit à éprouver un manque lorsqu’il est absent : c’est là le « prix du bonheur », dit le renard. C’est se relier à l’autre, donc à soi-même et à l’essentiel.

Le renard peut être assimilé au sage qui initie le cherchant : humble, authentique, disponible, il guide le petit prince vers la Vérité, par la force de l’exemple.

Le petit prince rencontre le serpent dès son arrivée sur Terre. Le serpent parle par énigmes et dit être en capacité de les résoudre toutes, ce qui renvoie au pouvoir de cet animal dans les différentes traditions ésotériques (cf. l’Ouroboros de l’alchimie spirituelle).

Le serpent représente l’ultime Connaissance ; son venin inocule la mort au sens symbolique : il permet l’abandon d’une partie de soi-même pour renaître meilleur. C’est en effet le serpent qui permet au petit prince de quitter son corps physique pour regagner les étoiles, retrouver sa planète ainsi que sa fleur. Ainsi, l’esprit se libère de tout attachement…

Notons qu’au tout début du conte, le narrateur évoque le dessin d’un serpent ayant avalé un éléphant, ce qui peut symboliser, déjà, une volonté de dissoudre l’ego pour faire émerger la Vérité.

L’analyse ci-dessus a déjà permis de montrer en quoi le Petit prince est un conte initiatique, notamment à travers les personnages du renard et du serpent.

Certains thèmes abordés dans l’ouvrage viennent renforcer cette idée, par exemple la connaissance de soi, le voyage initiatique, la quête de la Vérité, le silence ou encore la mort symbolique.

La connaissance de soi est un thème présent dans toutes les traditions initiatiques. Précisément, à travers ses aventures, le petit prince est en quête de lui-même. Il voyage à travers l’univers pour mieux se retrouver, pour mieux revenir à sa planète (petit monde à l’image du grand monde), auprès de son amie la rose.

Le roi lui rappelle notamment l’importance d’un rapport sain à soi-même :

Tu te jugeras donc toi-même, lui répondit le roi. C’est le plus difficile. Il est bien plus difficile de se juger soi-même que de juger autrui. Si tu réussis à bien te juger, c’est que tu es un véritable sage.

Le conte positionne le petit prince (et le lecteur) face à l’univers tout entier. Il redimensionne la condition humaine et la ramène à sa juste proportion.

Ainsi, nous prenons conscience que notre rapport aux choses était déformé, faussé. Nous sommes invités sortir de nos illusions et à nous recentrer : cela constitue l’objet de toute forme de quête initiatique.

Pour voir la Vérité, il faut être initié : en l’occurrence, le Petit prince est bien un conte initiatique, c’est-à-dire un ouvrage qui guide, qui révèle, mais sans dire, sans rien imposer. Car il ne suffit pas à l’homme d’être mis en présence de la Vérité pour qu’il la saisisse…

L’objet du roman est donc de nous amener à rencontrer, par nous-mêmes, la Vérité cachée.

Dans le roman, cette Vérité est symbolisée par l’eau, fontaine de Connaissance. Le narrateur cherche de l’eau pour survivre, mais ce n’est pas cette eau-là qui pourra étancher sa soif de Vie. Il réalise que l’eau la plus pure ressemble au rire du petit prince dans le désert, aux souvenir des moments partagés avec son ami ou encore à la beauté des étoiles qui brillent dans la nuit. Ces fontaines-là sont intarissables…

Ce rire, c’était pour moi comme une fontaine dans le désert.

Le conte accorde une importance primordiale à ce qu’on ne voit pas et à ce qu’on n’entend pas : c’est là que se trouve la Vérité. C’est le cas par exemple lorsque le narrateur s’assoit au côté du petit prince pour regarder les étoiles.

Et c’était vrai. J’ai toujours aimé le désert. On s’assoit sur une dune de sable. On ne voit rien. On n’entend rien. Et cependant quelque chose rayonne en silence…

Ceci renvoie au silence du recueillement, de la prière ou de la méditation. Ce silence suggère l’indicible ; il ouvre grand les portes de la spiritualité.

Les traditions initiatiques accordent une grande importance aux rites en tant qu’éléments de sacralisation de l’expérience vécue, favorisant l’ouverture de la conscience. C’est aussi le cas dans le Petit prince, notamment à travers l’enseignement du renard :

Si tu viens n’importe quand, je ne saurai jamais à quelle heure m’habiller le cœur… Il faut des rites. (…) Un rite, c’est ce qui fait qu’un jour est différent des autres jours, une heure, des autres heures.

Le symbolisme est au coeur des traditions initiatiques : l’étude des symboles permet de trouver l’idée cachée sous le signe, la vérité dissimulée derrière l’objet.

Or le Petit prince regorge de symboles à décoder. Citons par exemple le cas des étoiles, lesquelles peuvent représenter les rêves, les souvenirs heureux ou encore l’amitié.

Le thème du voyage est au coeur du symbolisme ésotérique. Le petit prince voyage pour trouver les réponses : il fait un pas de côté, il accepte de se confronter, le coeur ouvert, à ce qu’il ne connaît pas.

Le voyage est toujours une épreuve, mais il résume à lui seul le sens de la vie : expérimenter, découvrir, apprendre de l’autre, c’est se rencontrer soi-même, c’est vivre vraiment.

Le petit prince visite sept planètes, la dernière étant la Terre. Ici, le chiffre 7 est hautement symbolique : c’est, en ésotérisme, le chiffre de la Connaissance parfaite. C’est aussi le chiffre de la transmutation alchimique, processus qui fait état de sept planètes et de sept métaux à traverser pour favoriser l’éveil et la montée de l’âme. Cette élévation est rendue possible par sept morts successives et autant de renaissances.

Une fois le processus de transformation achevé, l’individu est couronné : il devient le roi alchimique, ce que rappelle le titre de « petit prince ». Notons que c’est le serpent qui permet au petit prince d’accomplir sa dernière transformation : c’est l’abandon final du corps, seule manière de libérer définitivement l’esprit pour accéder à la Vérité.

L’amour constitue la réponse finale : c’est la clé, la Connaissance cachée, le résultat de l’initiation. Il faut aimer pour entrer dans la vraie Vie. Il faut chercher à connaître l’autre, le comprendre, le décoder, l’accepter. Ainsi, les liens humains tissent la toile du sens. Ils débouchent sur un bonheur durable qui s’étend à l’humanité tout entière.

Ainsi sont les hommes : ils n’abordent jamais les choses par l’essentiel. Beaucoup de nos habitudes et de nos préjugés devront être abandonnés pour accéder à la nature profonde des choses, pour retrouver le sens et la joie de vivre.

Le Petit prince révèle nos défauts en même temps que les maux de notre société : égoïsme, matérialisme, absence d’amour, défaut d’humanisme. Le roman est d’une remarquable actualité, à une époque où quelques individus égocentriques tentent de se partager le monde et même les étoiles, usant pour cela de leur pouvoir et de leur argent, étouffant toute forme d’amour.

Ainsi, par sa dimension initiatique, le conte nous invite à reconsidérer notre rapport au monde : il nous invite à nous transformer, à retrouver notre innocence (symbolisée par le mouton) et notre authenticité première.

Le petit prince, quant à lui, piqué par le serpent, finit par s’évanouir pour renaître à la splendeur du Vrai. Il nous invite à le suivre dans sa démarche. Mieux, il nous propose de devenir son ami. Et il est vrai qu’en relisant le Petit prince, nous retrouvons à chaque fois un guide amical qui nous replace sur le chemin du Beau et du Vrai.

Ne marche pas devant moi, je ne suivrai peut-être pas. Ne marche pas derrière moi, je ne te guiderai peut-être pas. Marche juste à côté de moi et sois mon ami.
Albert Camus

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Modif. le 10 janvier 2026

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