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La vengeance de Johaben : planche au 9ème degré REAA

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La vengeance de Johaben : contre qui s’exerce-t-elle ? En quoi consiste-t-elle ? Quel rapport avec la loi, la justice et le pardon ? Voici une planche au 9ème degré REAA.

Le neuvième degré consiste à venger la mort d’Hiram Abi en châtiant le premier de ses assassins, Abiram, chose qui est rendue possible par une information venant d’un inconnu.

Après avoir désigné neuf maîtres par tirage au sort, Salomon s’exprime ainsi :

LE TRÈS SOUVERAIN MAITRE
Je dois vous rappeler que ce traitre est un de vos anciens compagnons. Vous devez étouffer tout sentiment d’affection et de sensibilité pour ne penser qu’à la vengeance que vous avez le devoir d’exercer. Voici l’occasion de prouver votre courage et votre zèle.

Rituel de Maître Elu des neuf

La vengeance est donc voulue et assumée par Salomon, roi qui incarne pourtant la sagesse.

Salomon rappelle que la vengeance relève du devoir. Il insiste aussi sur le fait qu’elle était prévue et annoncée par le serment :

LE TRÈS SOUVERAIN MAITRE
Vous devez vous rappeler, mes Frères, qu’au moment où vous avez été reçus Franc-Maçon, lorsque la Lumière vous fut donnée, vous avez vu tous les Frères armés de glaives. Ces glaives étaient destinés à vous défendre en cas de danger, mais aussi à vous punir en cas de perfidie et de violation des serments solennels que vous avez prêtés.

Au sens profane, la vengeance relève du ressentiment. Elle a pour but d’infliger un mal en retour à un offenseur. Elle est pulsion, colère : c’est un geste non-maîtrisé, contraire à la morale et à la loi.

Mais ici, la vengeance était écrite, promise à ceux qui ne respectent pas leur engagement : elle relève donc de la justice, ce qui ne doit pas pour autant faire oublier les erreurs de Johaben.

La vengeance de Johaben : voici donc une planche au 9ème degré REAA.

Au neuvième degré, la notion de vengeance est proche de celle de justice, en particulier dans le contexte de l’Ancien Testament. La justice est exercée au nom de Dieu par le roi Salomon. Elle repose sur la Loi du talion, exprimée par la voix de l’Eternel immédiatement après les Dix commandements :

S’il arrive malheur, tu paieras vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, blessure pour blessure, meurtrissure pour meurtrissure.

Exode 21, 23-25

Notons qu’à cette époque, la Loi du talion ne visait pas à cultiver l’esprit de revanche, mais à maintenir la cohésion du groupe face aux épreuves. Elle exprimait la loi commune et non le droit aux représailles individuelles.

Par conséquent, on peut voir dans la vengeance du neuvième degré, un juste retour, ainsi que la volonté de rétablir l’ordre et l’équilibre qui avaient été rompus :

LE TRÈS SOUVERAIN MAITRE
Le crime ne doit jamais rester impuni et, tôt ou tard, le coupable doit être châtié.

Ainsi, la vengeance est justifiée si elle est exercée en conscience, par une autorité fondée. La violence légitime est le monopole du Roi. Et en l’occurrence, s’il n’y pas de pardon possible, c’est sans doute parce que le crime était trop grave.

Un autre élément permet de parler de « justice » : c’est le mode de sélection des neuf maîtres. De fait, l’élection par tirage au sort atténue le caractère personnel de la mission. Les neuf maîtres élus sont voués à agir collectivement, au service du Roi, et non pour leur gloire personnelle, ce qui certes n’empêche pas les dérives.

Au sens religieux, l’élection désigne le choix de Dieu pour certains individus dans la perspective d’une mission particulière, nécessitant de nobles qualités. Avec ce type d’élection, nous nous éloignons de la vengeance en tant que penchant irrésistible, désir passionné de rendre le mal pour le mal.

Nous l’avons dit, seul Salomon peut rendre la justice. Or Johaben outrepasse son rôle en se permettant de tuer lui-même Abiram. C’est la preuve qu’il ne fait pas la différence entre la vengeance-justice et la vengeance-colère, comme il ne distingue pas non plus entre zèle et précipitation.

En décapitant le traitre, Johaben montre qu’il est toujours soumis à ses pulsions, et qu’il est sourd aux consignes pondérées de son roi.

Notons qu’après son geste, Johaben semble n’éprouver aucun remords ni aucune inquiétude, preuve qu’il pensait certainement bien faire. Son intention était sans doute louable, mais il a manqué de discernement…

Au neuvième degré, la vengeance peut se lire sur deux plans :

  • sur le plan légendaire, il s’agit de punir un traitre qui a mis en danger un groupe humain, un édifice social,
  • sur le plan symbolique, on peut y voir la volonté de tuer l’erreur en soi, de faire disparaître toute forme d’ignorance et d’illusion.

Mais l’ego peut-il tuer l’ego ? Peut-il se soumettre lui-même ? La matière animale peut-elle vraiment s’extirper d’elle-même sans risquer de se nier et de disparaître ? En tous cas, Johaben échoue à dénouer ce paradoxe. En tuant le scélérat, il épouse ses défauts et retombe dans l’erreur. Pour preuve, il finit par s’endormir, imitant le sommeil du traitre.

Dans sa lutte contre Abiram, Johaben oublie de s’en remettre à l’instance salomonienne, seule à pouvoir prendre le recul suffisant pour entrer en contact avec l’Esprit.

La vengeance est symbolisée par le poignard, bijou du grade, en lien avec les signes du degré :

  • le premier signe consiste à faire semblant de frapper son interlocuteur au front ; la réponse se fait en portant ses mains au front pour s’assurer qu’il n’est pas ensanglanté,
  • le second signe consiste à mimer le fait de frapper son interlocuteur au cœur en disant « NEKAM » (vengeance). La réponse se fait en portant la main droite sur le cœur en prononçant « NEKAH » (blessure).

Le poignard représente les deux aspects de la vengeance ; c’est l’arme du crime passionnel, mais c’est aussi le symbole de la justice : l’épée qui tranche.

Johaben frappe Abiram à la tête et au coeur, sans distinction. Puis il se sert du poignard pour décapiter Abiram. Il utilise le poignard de façon violente et désordonnée, alors qu’au degré suivant, on apprendra à retenir son geste et à demander pardon (« les frères lèvent leur poignard, puis se ravisent et demandent pardon »).

Enfin, notons que ce poignard n’est pas l’arme de Johaben, mais bien celle d’Abiram, dérobée par le premier au second…

Tout se passe donc comme si Johaben, en tentant de soumettre son ego, ne faisait que le renforcer. En tuant le traitre, il se perd lui-même.

Alors Jésus lui dit : Remets ton épée à sa place ; car tous ceux qui prendront l’épée périront par l’épée.

Matthieu, 26, 52

Tentative de représentation de l’appareil de l’âme au neuvième degré R.E.A.A. :

Salomon Johaben et Abiram au 9ème degré REAA

Voir aussi notre liste de planches du 5ème au 12ème degré

Modif. le 16 mai 2024

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