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Moïse : un grand Initié (planche maçonnique)

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Moïse et la franc-maçonnerie : qui est Moïse ? Que représente-t-il ? Quel est son apport ? Quels points communs avec la démarche maçonnique ? Voici une planche au second degré.

Lors de la cérémonie d’élévation au grade de Compagnon, à l’issue du quatrième voyage, le V.M. propose au récipiendaire les noms de quelques grands Initiés comme modèles à méditer. Parmi eux Moïse, dont le rituel fait la description suivante :

MOSHE, dit MOÏSE est décrit comme libérateur et législateur du Peuple Hébreu, renouvelant l’Alliance du Dieu d’Israël avec son peuple, et recevant sur le mont Sinaï lors de l’Exode le Décalogue, « Les Dix Paroles », texte civil aussi bien que religieux.
La Torah présente Moïse comme le premier à proclamer : « Tu ne tueras point », et à faire prévaloir une conception monothéiste. La religion de Moïse développera la tradition ésotérique très profonde, la Kabbale.

Rituel d’initiation au grade de Compagnon (R.E.A.A.)

Qui est Moïse ? C’est d’abord un personnage biblique, l’un des personnages les plus représentés ou évoqués dans tous les domaines artistiques et littéraires depuis plus de 2000 ans.

Premier de tous les prophètes, Moïse est un visionnaire et un initiateur. Ce n’est pas un dieu, mais un homme qui ouvre la voie. Moïse est rien moins que le fondateur de notre système de pensée religieux et philosophique, fondé sur le monothéisme ou l’unicité cosmique.

Pourquoi Moïse a-t-il une importance en franc-maçonnerie ? En quoi est-il un grand Initié ? Nous allons tenter de répondre à ces questions à travers cette planche maçonnique au second degré.

Voir aussi notre liste de planches au second degré

Moïse a-t-il existé ? Il est impossible de l’affirmer avec certitude. Cependant, plus de 3000 ans après la période où il aurait vécu, c’est-à-dire au XIIIe siècle avant notre ère, sa mémoire est encore très présente.

La source essentielle est le Pentateuque, la Torah des Juifs. Il s’agit des cinq premiers livres de la Bible (Ancien Testament) : la Genèse, l’Exode, le Lévitique, les Nombres, le Deutéronome, dont la rédaction est attribuée à Moïse.

On sait aujourd’hui que ces livres auraient en réalité été rédigés 500 ans plus tard. La lecture de ces textes n’est pas aisée. Non que le texte manque de poésie ou de merveilleux, mais parce que les répétitions, les discontinuités dans la chronologie, les longueurs ou au contraire le laconisme, ne facilitent pas la tâche. Par exemple, les Dix commandements que Dieu dicte à Moise figurent dans deux livres : l’Exode (20, 2 à 17) et le Deutéronome (5, 6 à 17), avec des variantes.

A ces textes, on peut adjoindre les commentaires traditionnels de la Bible hébraïque édités au début de l’ère chrétienne, rassemblés dans le Midrash (interprétation) et le Talmud (étude). Il s’agit de chercher ce qui ne se dévoile pas, de porter son regard au-delà des apparences.

Ce travail a aussi été mené par nombre de spécialistes, par exemple Edouard Schuré qui, dans son ouvrage de la fin du XIXe siècle, Les Grands initiés, livre son interprétation de l’œuvre d’un Moïse très marqué par la culture et la religion égyptiennes, en particulier le culte d’Isis et d’Osiris, auquel il aurait été initié.

Une autre difficulté est liée à la langue biblique utilisée à l’origine, l’hébreu ancien, et aux traductions successives qui sont souvent à l’origine de perte de sens ou d’erreurs. Saint Jérôme au Ve siècle traduit la bible en latin ; il commet une erreur, parlant du visage « cornu » de Moïse au lieu de « rayonnant ». D’où les représentations iconographiques d’un Moïse avec des cornes…

Selon Edouard Schuré, Moïse aurait écrit la Genèse en caractères hiéroglyphiques à trois sens, caractéristiques de l’écriture des prêtres égyptiens : ces derniers exprimaient ainsi leur pensée de trois manières : la première claire et simple, parlante ; la seconde symbolique, signifiante ; et la troisième sacrée et hiéroglyphique, cachée, d’essence divine. De traduction en traduction, en araméen, en grec (la Septante) puis en latin (la Vulgate) et dans les langues vivantes actuelles, le sens ésotérique des textes bibliques aurait disparu. Il reste néanmoins mystérieusement enfoui dans le texte hébreu. On peut penser que lettres, syllabes et sons ont conservé un sens caché, ésotérique. A ce titre, la Kabbale donne des clés pour accéder au divin tel que Moïse aurait voulu l’exprimer.

Comme preuve des difficultés de décryptage du langage biblique, observons la manière dont Moïse et la Bible dans ses diverses traductions, désignent et conçoivent la divinité unique qui fait Alliance avec le peuple d’Israël. Le Tétragramme, formé des quatre lettres hébraïques YHWH, que nous lisons « Yahvé », n’est pas traductible. Sa prononciation exacte est inconnue ; elle dépend de la place et du type des voyelles utilisées, chose que l’on ignore aujourd’hui car très vite après la période biblique, sa prononciation est devenue interdite en raison du troisième commandement : « Tu ne prononceras pas le nom de YHWH en vain ».

Les Juifs utilisent un nom substitué, le plus souvent Adonaï, parfois Elohim ou l’Eternel. Les Chrétiens l’ont traduit par Yahvé avec plusieurs orthographes possibles, Yahweh ou Jéhovah. En ce début de XXIe siècle, l’Eglise catholique recommande de dire « Le Seigneur ». Quelle signification donner à ces divergences ?

Quoi qu’il en soit, Moïse rompt avec le polythéisme anthropomorphique. Il fait connaître à son peuple une divinité unique qui n’a ni visage ni corps, qui se manifeste dans la Lumière (celle d’un Buisson ardent qui brûle sans se consumer) et dont le nom est en rapport avec le verbe ETRE : « Je suis qui je suis ».

Ainsi, Moïse est celui qui a rencontré dans le désert la Lumière et la transcendance, et qui les propose en partage depuis plus de 3000 ans au reste de l’humanité. Il passe pour être « l’inventeur » du Dieu unique et donc du monothéisme. Il est donc à l’origine des grandes religions du Livre : le judaïsme, le christianisme et également l’Islam : d’ailleurs, le prophète Moïse est cité 136 fois dans le Coran, qui en fait un récit sensiblement identique à celui du Pentateuque. Pour les musulmans, Moïse est « Moussa », en arabe « Dieu lui parla ».

Quelle est l’origine du nom « Moïse » ? Mocheh est le mot hébreu qui correspond à Moïse. Deux écoles s’affrontent, l’une pour laquelle Mocheh signifie « sauvé des eaux », en référence à la sœur du pharaon qui recueille sur le Nil la coque contenant l’enfant ; c’est la version la plus connue, la plus populaire, fruit d’une mauvaise traduction. En effet, « Mocheh » signifie « retireur des eaux » et non « retiré des eaux ». Mocheh est donc celui qui retirera son peuple des eaux, c’est-à-dire de la mer Rouge et de l’esclavage en Egypte.

Les choses se compliquent encore lorsqu’on sait que le nom hébreu Mocheh viendrait de l’égyptien Mosé ou Mes qui signifie « enfant » ou « naître », que l’on trouve dans Thoutmoses (enfant de Thot) ou Rammoses qui devient Ramsès (né de Ra).

Dès lors, on peut se poser la question : Moïse est-il hébreu ou égyptien ? Moïse a une double culture : celle de l’Egypte pharaonique du temps de Ramsès II (XIIIe siècle av. JC) et celle du peuple hébreu qu’il va unifier, libérer et conduire vers la Terre promise.

Une preuve de la culture égyptienne de Moïse se trouve dans le livre de L’Exode. C’est avec une minutie remarquable que Moïse décrit la construction de l’Arche d’Alliance destinée à recevoir les Tables de la Loi : en bois d’acacia recouvert d’or intérieurement et extérieurement, de 2,5 coudées de long sur 1,5 coudée de large, etc. Or la tente qui doit abriter l’Arche est faite sur le modèle des temples égyptiens et préfigure le Temple de Salomon.

C’est à l’appel de Yahvé que Moïse, après des années passées dans le désert du Sinaï, retourne en Egypte pour délivrer son peuple de l’esclavage. L’intérêt de cet épisode n’est pas tant le récit biblique que tout le monde connaît, que les aspects symboliques qui s’y rattachent.

Moïse et son frère Aaron, à la tête de quelques milliers d’esclaves, affrontent le souverain le plus puissant du moment. Dans ce combat inégal, ils vont l’emporter, animés d’une foi inébranlable. La foi en un idéal humain de valeur morale peut soulever les montagnes. Ce changement d’état, de l’esclavage à la liberté, s’opère au cours d’un parcours semé de difficultés, et marqué par le nombre 10. Les dix paroles de la création, les dix commandements, les dix plaies, les dix noms mystérieux de Dieu, dix, symbole du divin dans le monde d’en-bas, symbole à la fois du Tout et de l’unité pour les Pythagoriciens.

La libération des hébreux s’opère à deux niveaux, individuel et collectif. Chacun est tenu d’abord de se libérer lui-même en accomplissant trois actions ayant valeur symbolique : libérer ses propres esclaves, revenir à l’ancienne pratique de la circoncision et sacrifier un agneau, symbole important dans la religion égyptienne. Ce rituel est nécessaire à la mort du vieil homme qu’était l’esclave pour que naisse l’homme nouveau qui peut alors se fondre dans un peuple élu et quitter l’Egypte pour la Terre promise.

Ce passage collectif des fils d’Israël, sous la direction de Moïse, à travers la Mer Rouge, c’est la Pâque, la Pâque juive. Passage, un mot que nous utilisons souvent en franc-maçonnerie, et qui intervient après un parcours initiatique, associé à un « mot de passe ». Pour les Hébreux, ce fut la marque avec le sang de l’agneau sacrifié sur le linteau de la porte.

Libération des chaînes de l’esclavage donc, et naissance d’une Nation. Voilà une aspiration humaine connue de tous les opprimés à toutes les époques. « Descends Moïse, en bas sur la Terre d’Egypte, dis au vieux pharaon de laisser partir mon peuple », ainsi chantaient les régiments noirs lors de la guerre de Sécession en Amérique du Nord au XIXe siècle. De même, dans les années 1960 en Amérique latine, des évêques luttant contre la pauvreté se sont inspirés de cet épisode : c’est la théologie de la libération.

Le franc-maçon, lui-aussi, aspire à la liberté : il tente de s’affranchir de tous ses préjugés.

Moise est un législateur, il est le révélateur de la Loi. Au milieu de la fumée et du tonnerre, Yahvé lui transmet le Décalogue, les dix paroles ou commandements. Il se trouve alors en haut du Mont Sinaï (Horeb) au pied duquel se tient le peuple d’Israël, inquiet. Une mise en scène qui montre l’importance du moment. Dieu grave les Dix commandements dans la pierre, symbole de leur pérennité, avant de les remettre à Moise : ce sont les Tables de la Loi.

Aux trois premiers principes de nature religieuse (un seul Dieu libérateur dont le nom est imprononçable), répondent sept commandements moraux : ne pas tuer, ne pas voler, ne pas commettre l’adultère, respecter le repos hebdomadaire, honorer ses parents, ne pas faire de faux témoignage, ne pas convoiter les biens d’autrui.

Plus de 600 préceptes suivent, concernant tous les domaines de la vie sociale et religieuse. L’ensemble de ces commandements forme un véritable code éthique, une loi morale propre à agréger un peuple, à le structurer dans le but d’améliorer la condition de chacun.

Moïse ne se contente pas de dicter des Lois, il les explique, les enseigne, veille à leur application en rendant lui-même la justice, du moins au départ. Il faudra de nombreuses années pour former une génération d’Hommes libres et instruits dans la Loi, comme en témoignent les quarante années symboliques passées à errer dans le désert.

La Loi morale sur laquelle Moïse s’appuie est semblable à la nôtre. Observez le bijou qui orne le sautoir du Frère Orateur qui est le gardien de la Loi : ce sont les Tables de la Loi de Moïse telles que l’iconographie les représente.

N’oubliez jamais ce principe de morale sublime connu de toutes les Nations : Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qui te fût fait à toi-même.

Telles sont les paroles qu’adresse le V.M. au récipiendaire lors de l’Initiation. Quel magnifique hommage à l’œuvre morale de Moïse qui consacre les bases de la morale universelle. La Révolution française, à sa façon, a aussi rendu hommage à l’œuvre de Moïse : le texte de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, largement inspiré par les idées des Lumières et de la maçonnerie spéculative naissante, est souvent représentée sous la forme des Tables de la Loi.

La colossale statue en marbre de Michel-Ange qui orne le tombeau du pape Jules II au Vatican et qui représente Moïse assis, dans la force de l’âge, rayonnant de force et de sagesse (en tête de cet article), symbolise bien ce prophète aux qualités éthiques et spirituelles exceptionnelles.

Mais elle oublie un aspect du personnage sans lequel il ne peut y avoir de démarche initiatique : la dimension humaine. Moïse n’est ni un dieu ni un surhomme, il est un être de sang et de chair, avec ses forces et ses faiblesses, ses qualités morales et ses défauts parfois bien marqués.

Au premier rang de ses qualités, se trouve un sens aigu de la justice. Prince royal (car adopté par la fille du pharaon), il obtient du pharaon un jour de repos pour les esclaves hébreux : le sabbat.

Mais c’est au nom de la justice et aussi parce qu’il est prompt à se mettre en colère, à se révolter, qu’il tue un garde égyptien, alors qu’il voulait protéger et défendre un Hébreu maltraité. Après cet épisode, il fuit vers le désert, avec du sang sur les mains…

Certes, Moïse est honnête, sérieux, courageux face aux multiples difficultés qui entravent sa marche vers l’idéal qu’il s’est fixé et auquel il reste fidèle. Doué de l’autorité du chef, il demeure cependant lucide et humble : Yahvé lui demande de parler à son peuple, il décline la proposition, prétextant un défaut d’élocution : c’est son frère Aaron qui sera son porte-parole.

Très souvent contesté, incompris de son peuple que l’aventure effraie, il lui arrive de douter de la nature humaine, mais il ne dévie pas de ses engagements. Il discute et interpelle Yahvé, il s’oppose même parfois à lui.

Par exemple, alors que Yahvé veut anéantir le peuple hébreu après l’épisode du veau d’or (retour aux cultes des idoles), Moïse s’y oppose ; il le paiera cher. Comment ne pas voir dans cette confrontation entre la divinité et Moïse le symbole du dialogue intérieur entre l’idéal et le nécessaire, mais aussi la quête du Beau, du Bien et de la Vérité.

Comme nous autres francs-maçons, Moïse n’est pas un héros : il est simplement un homme en quête de liberté et de justice, qui veut le meilleur pour son peuple. Animé par la foi, Moïse guide les siens dans le désert, sur le chemin de la Terre promise. Terre promise qu’il contemple du haut du Mont Nébo mais qu’il ne foulera jamais : il meurt avant d’y pénétrer. La Vérité est inaccessible à l’esprit humain…

Nul ne sait où se trouve le tombeau de Moïse, ce qui distingue ce prophète des autres… Peut-être le symbole de son humilité, propre à un Grand Initié.

Revenons à notre question initiale : qui est Moïse et quel lien avec la franc-maçonnerie ? Figure légendaire, personnage historique, Moïse est en tous cas la personnification d’un mythe qui a fondé les grandes valeurs de l’humanité que sont la Liberté et la Justice.

Il représente la Loi indispensable pour garantir ces valeurs, et rappelle l’importance de l’Alliance entre l’Homme et cette Loi.

Il demeure un prophète exceptionnel, à l’origine du monothéisme et des religions du Livre, ce Livre qui représente pour nous le Volume de la Loi Sacrée. On le voit, pour nous francs-maçons, l’héritage de Moïse est partout.

Soulignons que pour l’Initié, à l’image de ce que fut la vie de Moïse, l’essentiel n’est pas d’atteindre le but que l’on s’est fixé, mais le chemin, souvent difficile, que l’on emprunte pour l’atteindre…

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Modif. le 13 février 2026

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