Press "Enter" to skip to content

Franc-maçonnerie, satanisme et sacrifices humains

5/5 (1)

La franc-maçonnerie voue-t-elle un culte au diable, au mal et à Satan ? Pratique-t-elle des sacrifices humains ou d’autres pratiques occultes ou sataniques ? D’où viennent ces rumeurs ?

En France, la franc-maçonnerie est véritablement née dans les années 1730 avant de se développer tout au long du XVIIIème siècle. Les franc-maçons sont alors des bourgeois, des philosophes, des ecclésiastiques, des aristocrates, et même des membres de la famille royale. Le gallicanisme (autonomie de l’Eglise de France par rapport au Vatican) rend possible cela.

Tout change au XIXème siècle. La Révolution française, la signature du Concordat avec le pape en 1801 et les troubles politiques vont provoquer toute une série de ruptures dans la société française, qui va entre autres se diviser entre pro et antimaçons.

La haine atteindra son paroxysme à la fin du XIXème siècle : c’est à ce moment-là que les accusations de satanisme (“culte luciférien”, “adoration du diable”), de sacrifices humains et de pédophilie apparaîtront envers les franc-maçons.

Entrons dans les causes de cette haine.

Qu’est-ce que la franc-maçonnerie ?

Dès l’origine, la franc-maçonnerie est une école de pensée libre qui propose non pas un dogme et des réponses toutes faites, mais des outils pour aider à la recherche de la vérité. C’est donc une démarche adogmatique, qui emprunte ses références à nombre de traditions, au premier rang desquelles la tradition chrétienne.

Ces références chrétiennes sont aujourd’hui encore importantes pour les obédiences dites “traditionnelles” (Grande Loge de France, Grande Loge Nationale Française…), alors que les obédiences libérales (Grand Orient de France, Fédération Française du Droit Humain…) les ont largement abandonnées.

La franc-maçonnerie emprunte aussi à d’autres sources :

  • la philosophie,
  • les sciences,
  • la Kabbale (tradition juive d’interprétation mystique de la Bible),
  • la Gnose (philosophie de la Connaissance),
  • les traditions et les religions à mystères de l’Antiquité,
  • les traditions initiatiques anciennes : alchimie, chevalerie, bâtisseurs de cathédrales,
  • etc.

Ainsi les franc-maçons utilisent des références et des symboles en rapport avec ces traditions : rites et outils des bâtisseurs du Moyen-Age (compas, équerre, niveau, règle…), adoubement chevaleresque, symbolisme des éléments alchimiques, références aux penseurs antiques (Pythagore, Socrate…), etc.

Il n’y a bien sûr jamais eu de culte du Diable ou de Satan chez les franc-maçons, ni de rituel de sacrifice ou autres pratiques de ce genre. Les franc-maçons ne sont ni satanistes, ni pédophiles, ni sacrificateurs d’humains, et ne l’ont bien sûr jamais été.

Mais alors, pourquoi tant de rumeurs, de soupçons et de haine ?

Aux sources de la haine antimaçonnique.

Alors qu’au XVIIIème siècle la franc-maçonnerie semble ne poser que peu de problèmes à la société et à l’Eglise, tout change au XIXème siècle.

Plusieurs raisons à cela :

  • la naissance d’un clergé “réfractaire” contre-révolutionnaire, qui compte bien prendre sa revanche sur la Révolution,
  • l’influence des catholiques ultramontains (favorables au retour de l’Eglise française dans le giron du Vatican), qui dénoncent l’activisme supposé des franc-maçons lors des événements de la Révolution, ainsi que l’origine “protestante” de la franc-maçonnerie moderne (cette dernière étant née en Grande-Bretagne),
  • la multiplication des condamnations de la franc-maçonnerie par le pape à travers différentes bulles et encycliques, qui deviendront applicables en France après la signature du Concordat de 1801. Cela marquera le départ des ecclésiastiques des loges maçonniques,
  • les liens entre franc-maçons et charbonnerie ou carbonarisme, un mouvement initiatique à forte connotation anticléricale, ayant œuvré à l’unification de l’Italie au détriment des possessions territoriales du Vatican,
  • le comportement des franc-maçons eux-mêmes, qui se définiront parfois comme une “contre-Eglise” ayant vocation à remplacer l’Eglise catholique,
  • l’instauration de la République en France en 1870, qui n’est pas pour plaire aux catholiques traditionalistes et monarchistes,
  • le contexte politique délétère de la IIIème République, qui, entre affaires, corruption et antisémitisme, permet l’explosion de l’animosité entre droite traditionaliste et franc-maçons.

L’accusation de satanisme.

Le contexte politique de la IIIème République est propice aux accusations d’hérésie, puis de satanisme, de la part des catholiques traditionalistes envers les franc-maçons.

La politique de laïcisation conduite par les dirigeants républicains, pour la plupart franc-maçons, est considérée par le clergé comme une oeuvre purement satanique. 

La mécanique de l’amalgame se met en marche : franc-maçonnerie = occultisme = protestantisme = socialisme = judaïsme = satanisme.

La propagande catholique invente le mythe du complot judéo-maçonnique, renforcé il est vrai par le comportement sectaire et intransigeant de certains franc-maçons. C’est la naissance du conspirationnisme moderne, qui vivra ses meilleures heures lors de l’affaire Dreyfus.

La théorie du complot judéo-maçonnique plonge en fait ses racines dans le Moyen-Age, et est encore présente aujourd’hui en France.

De l’huile sur le feu : le canular de Léo Taxil.

revue le diable franc maconnerie leo taxilLa haine s’accentue avec la célèbre affaire Léo Taxil.

Entre 1885 et 1897, Léo Taxil met au point un canular antimaçonnique d’ampleur considérable, qui fait croire à l’existence d’un culte satanique chez les francs-maçons. Taxil va jusqu’à inventer de faux rituels, des personnages fictifs, des affaires d’abus sexuel et des complots.

En 1892, Taxil lance la revue Le Diable au XIXème siècle : “Les mystères du spiritisme : la Franc-maçonnerie luciférienne, révélations complètes sur le palladisme, la théurgie, la goétie et tout le satanisme moderne, magnétisme occulte, pseudo-spirites et vocates procédants, les médiums lucifériens, la cabale fin-de-siècle…”

La revue, truffée d’inventions qu’on appellerait aujourd’hui “fake-news”, eut un véritable succès, notamment auprès des membres de l’Eglise catholique.

En 1893, l’archevêque Leo Meurin publie La Franc-Maçonnerie, Synagogue de Satan, un livre qui réutilise les arguments de Léo Taxil.

Taxil est démasqué en 1897 et avoue lui-même son imposture.

Pourtant, l’œuvre antimaçonnique de Taxil continue d’avoir un grand succès dans les milieux catholiques traditionalistes, nationalistes et antidreyfusards, et encore aujourd’hui dans les milieux d’extrême-droite.

Les fascistes contre les franc-maçons.

Dans les années 1930, on assiste en France à une forte poussée des mouvements réactionnaires et/ou fascistes : l’Action française (Charles Maurras), les Jeunesses patriotes, les Croix de feu, la Ligue Franc-Catholique, la Ligue antimaçonnique de France, la Cagoule, le Francisme, le Parti Populaire Français (Jacques Doriot), ou encore le Rassemblement National Populaire (Marcel Déat).

Ces mouvements reprennent les arguments antimaçonniques de la fin du XIXème siècle, et notamment l’accusation de complotisme et de satanisme.

La franc-maçonnerie sous le régime de Vichy.

Le 13 août 1940, le régime de Vichy interdit les sociétés secrètes, qui sont jugées comme responsables des malheurs de la France.

En octobre 1940 est organisée une exposition antimaçonnique au Petit Palais.

De 1941 à 1944, le gouvernement de Vichy publie la revue Documents Maçonniques, qui multiplie les accusations. La revue fait état de la découverte, en décembre 1941, du cadavre momifié d’une fillette dans une loge de Béziers, alimentant les rumeurs de pédo-satanisme.

En 1942 sort le film “Forces occultes”, assimilant les franc-maçons à des conspirateurs de l’anti-France responsables de la débâcle de 1940. La propagande antimaçonnique est à son apogée.

Les franc-maçons et le satanisme.

A l’heure actuelle, on compte environ 175 000 franc-maçons en France, de toute origine sociale, de tous bords politiques, de toutes obédiences (libérales, traditionnelles) et de toute sensibilité (des plus athées aux plus déistes).

Il est évident que s’il y avait des pratiques sataniques ou criminelles en loge, cela serait immédiatement connu et dénoncé par les frères eux-mêmes.

Certains groupuscules d’extrême-droite persistent à propager ces rumeurs. Face aux frères maçons qui en dénoncent l’absurdité, ils rétorquent que le pédo-satanisme serait seulement pratiqué au 33ème degré du Rite écossais ancien et accepté, le plus élevé. Les frères des premiers degrés n’en seraient pas informés, mais soumis malgré eux à l’influence des frères les plus gradés. Cela n’a bien sûr aucun sens.

Les franc-maçons ne vouent pas de culte à Satan. D’ailleurs l’idée même de culte est contraire à la franc-maçonnerie. La franc-maçonnerie est une école de pensée libre où chacun se construit sa propre vérité, dans l’humilité et l’espérance, et dans le respect de la devise maçonnique : Liberté, Egalité, Fraternité.

Il n’y a pas de référence à Lucifer (l’ange déchu) ou à Satan en franc-maçonnerie. Son symbolisme rend hommage à la Lumière et aux progrès de l’humanité.

Enfin, l’influence des franc-maçons sur la société française est aujourd’hui très réduite, ce qui n’empêche pas les adeptes de la théorie du complot de continuer à utiliser les mêmes arguments qu’il y a un siècle…

Voir aussi nos articles :

Vous pouvez noter cet article !

Mission News Theme by Compete Themes.
%d blogueurs aiment cette page :