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Tu seras un homme mon fils : texte et analyse du poème de Kipling

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Tu seras un homme mon fils : texte et analyse du poème If de Rudyard Kipling.

Tu seras un homme mon fils est un célèbre poème de l’écrivain britannique Rudyard Kipling (1865-1936) paru en 1910 dans le recueil Rewards and Fairies.

Le titre anglais est If (« Si »), mot que l’on retrouve au début de chaque strophe excepté la dernière.

Le poème a été traduit en français par André Maurois en 1918, dans une version non littérale mais qui respecte parfaitement l’esprit du texte original. Cette version a été mise en musique par Bernard Lavilliers en 1988.

Tu seras un homme mon fils prend la forme d’une lettre d’un père à son fils, listant les conditions à respecter pour devenir un homme vertueux.

Le texte rappelle la non moins célèbre lettre de Gargantua à Pantagruel (Rabelais, Pantagruel), par laquelle le géant propose à son fils un programme pour sa formation humaniste (lire notre article complet ici).

Oeuvre populaire, Tu seras un homme mon fils est en outre très étudiée en loge, les franc-maçons le considérant comme un parfait résumé des qualités humaines à cultiver. Notons que Rudyard Kipling était lui-même franc-maçon.

Voici le texte et l’analyse du poème If de Kipling.

Tu seras un homme mon fils : texte du poème.

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaitre,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n’être qu’un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire
Tu seras un homme, mon fils.

Analyse du poème If de Kipling.

Tu seras un homme mon fils décrit la voie juste qui permet d’accéder à la vertu. Or cette voie est exigeante : elle nécessite abnégation et maîtrise de soi.

Plutôt qu’une liste d’injonctions, le poème liste une série de conditions et de principes pour parvenir à un comportement droit et avisé, et atteindre une certaine forme de sagesse. Tentons de les analyser.

Le rapport à l’échec.

Le texte incite sur la nécessité de savoir accepter la défaite, la perte et l’échec. Non par mépris de soi-même, mais comme une opportunité d’apprendre et d’aller plus loin.

C’est en effet à travers l’échec que l’on peut mieux se connaître. C’est dans l’erreur que se dessine le chemin de la vérité. C’est dans la perte que se révèle ce qui a de la valeur.

En réalité, l’échec n’en est pas vraiment un, ce qui fait dire à Kipling que ce mot constitue en lui-même un mensonge, au même titre que le mot « triomphe ».

Tu seras un homme mon fils : une ode au stoïcisme.

Face aux difficultés et aux agressions, Kipling appelle à rester impassible.

Cette capacité à accepter le cours des événements constitue une allusion directe à la philosophie des stoïciens, pour lesquels l’ataraxie constitue le socle de l’attitude sage.

Les regrets, les inquiétudes, la peur et la honte sont mis à distance. L’homme bon sait rester serein : cultivant l’espérance, il fait confiance à l’ordre des choses.

Mesure ou justesse ?

Le comportement de l’homme bon s’appuie sur la réflexion, l’observation et la connaissance, mais aussi sur l’expérience.

La voie que Kipling propose est moins celle de la modération que celle de la justesse : elle est raisonnable sans être timorée, humble sans être sceptique.

Il s’agira donc de trouver la voie juste, qu’on pourrait appeler « troisième voie » : un chemin qui nécessite une certaine dose de créativité au-delà de l’impasse des certitudes et des paradoxes apparents.

A plusieurs reprises, le texte associe des termes contraires pour les réconcilier : pour l’auteur, on peut être à la fois digne et populaire, fort et tendre, brave et prudent. C’est dans ce fin réglage que s’épanouissent les qualités de l’homme vrai.

Faire preuve de courage.

La vie est une lutte de tous les instants, qui nécessite courage et volonté. Il ne s’agit pas d’un combat contre les autres (qui sont nos « frères »), mais contre leurs faiblesses et leurs mauvais penchants. Il s’agit aussi et surtout d’un combat contre soi-même, contre ses propres défauts et contre les mauvaises influences.

Kipling fait référence aux valeurs chevaleresques, qui sont celles du gentilhomme, du prudhomme ou du gentleman : courage, constance, loyauté, vaillance, intrépidité, coeur.

Un tel comportement peut mener à la gloire. Mais l’exemplarité de l’homme juste est avant tout un sacrifice au service des autres : le but n’est pas de se mettre en avant mais de montrer la voie pour une société meilleure, quitte à se mettre en danger.

Au final, Tu seras un homme mon fils est un appel à la connaissance et à la maîtrise de soi, véritable chemin de liberté. Il s’agit de nous libérer de nos mauvais compagnons intérieurs (orgueil, ambition, vanité, ignorance, illusions, colère…) pour révéler tout le potentiel de sagesse qui se cache en nous.

Version anglaise du poème Tu seras un homme mon fils.

Voici la version anglaise originale du poème Tu seras un homme mon fils (If) :

If you can keep your head when all about you
Are losing theirs and blaming it on you,
If you can trust yourself when all men doubt you,
But make allowance for their doubting too ;
If you can wait and not be tired by waiting,
Or being lied about, don’t deal in lies,
Or being hated, don’t give way to hating,
And yet don’t look too good, nor talk too wise :

If you can dream — and not make dreams your master ;
If you can think — and not make thoughts your aim ;
If you can meet with Triumph and Disaster
And treat those two impostors just the same ;
If you can bear to hear the truth you’ve spoken
Twisted by knaves to make a trap for fools,
Or watch the things you gave your life to, broken,
And stoop and build ’em up with worn-out tools :

If you can make one heap of all your winnings
And risk it on one turn of pitch-and-toss,
And lose, and start again at your beginnings
And never breathe a word about your loss ;
If you can force your heart and nerve and sinew
To serve your turn long after they are gone,
And so hold on when there is nothing in you
Except the Will which says to them : ‘Hold on !’

If you can talk with crowds and keep your virtue,
Or walk with Kings — nor lose the common touch,
If neither foes nor loving friends can hurt you,
If all men count with you, but none too much ;
If you can fill the unforgiving minute
With sixty seconds’ worth of distance run,
Yours is the Earth and everything that’s in it,
And — which is more — you’ll be a Man, my son !

Lire aussi notre article sur les vertus théologales et cardinales et sur les vertus maçonniques.

Modif. le 16 février 2021

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