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Je suis ce que je suis : planche au 13ème degré

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Je suis ce que je suis : planche maçonnique au 13ème degré REAA. Comment interpréter cette phrase du grade de Chevalier de Royal-Arche ?

D – Qui êtes-vous ?
R- Je suis ce que je suis. Mon nom est GUIBULUM.

Instruction au 13ème degré REAA, Chevalier de Royal-Arche

Au 13ème degré, le Temple est achevé mais l’édifice n’est pas encore consacré. Il reste une étape à franchir pour que Dieu puisse venir l’habiter, qui consiste précisément pour les hommes à rencontrer le sacré.

Il va falloir pour cela plonger une nouvelle fois au plus profond de soi-même, faire preuve de courage et d’abnégation pour enfin rencontrer sa véritable nature, et en même temps, l’essence véritable de toute chose.

Ainsi donc, Guibulum plonge au plus profond de la Terre et, dépassant sa peur, finit par découvrir le Nom ineffable composé des lettres Iod, Hé, Vav et Hé. Il est le premier à établir un contact spirituel avec le Grand Architecte de l’Univers.

Le Nom ineffable, ou tétragramme divin, renvoie à l’essence de Dieu et à l’essence de toute chose. Il est la clé de la compréhension de soi-même et du monde, qui peut être résumée en « Je suis ce que je suis », expression pour le moins hermétique.

Voici donc une interprétation de « Je suis ce que je suis » à travers une planche maçonnique au 13ème degré REAA.

Lire aussi notre article : YHWH : signification (le vrai nom de Dieu ?)

« Je suis ce que je suis » est une formule miroir qui exprime une sorte d’évidence, pourtant cette expression constitue une clé spirituelle majeure.

L’expression concerne d’abord Dieu lui-même. On la trouve en effet dans le passage suivant de l’Exode (le Buisson ardent) :

Moïse dit à Dieu : J’irai donc vers les enfants d’Israël, et je leur dirai : Le Dieu de vos pères m’envoie vers vous. Mais, s’ils me demandent quel est son nom, que leur répondrai-je ? Dieu dit à Moïse : Je suis celui qui suis. Et il ajouta : C’est ainsi que tu répondras aux enfants d’Israël : Celui qui s’appelle « je suis » m’a envoyé vers vous.
Exode 3, 13-14

« Je suis ce que je suis » exprime la capacité de Dieu à être. Elle signifie : l’être est mon essence. Par ailleurs, la racine sémitique hyh (Hé, Iod, Hé) signifie « être » ou « se révéler ».

Mais pourquoi Dieu serait-il le seul à pouvoir être ? Tout simplement parce qu’en tant que Un-le-Tout, il est le seul à présenter le caractère de la stabilité, de l’éternité, de l’unicité, de l’universalité, de l’infinité, de la réalité et de l’autonomie.

A l’inverse, les choses, les animaux ou les individus existent mais ne sont pas, puisqu’ils sont sujets à des variations et des influences extérieures : ils ne se définissent pas par eux-mêmes mais par leur lien avec le reste du monde. Pris dans la matière, ils changent, évoluent, meurent, se transforment. Ils sont limités, instables, dépendants, influencés.

On notera qu’il serait inexact de dire que Dieu existe, car cela signifierait qu’il est extérieur à lui-même. Dieu est, tout simplement. Il est toute chose, toute cause, toute manifestation, toute réalité. Il relève de l’absolu, alors que ce qui existe relève du partiel, du phénoménal ou encore de l’impermanent.

Or cette découverte de l’essence de Dieu n’est possible que par la découverte de la véritable nature de soi-même : tant que nous croyons être, tant que nous nous percevons comme des individus tout-puissants, stables et autonomes, alors il n’y aura pas de place pour Dieu dans notre coeur.

Nous (autrement dit Guibulum) venons de faire une découverte majeure. Ayant réussi à dépasser notre ego, nous réalisons que nous sommes des êtres instables, limités, dépendants et influencés. Nous changeons sans cesse de comportement, d’état d’esprit et d’apparence. Nous vieillissons et finissons par mourir.

Nous sommes dépendants, puisque nous ne pouvons exister sans les autres, sans les nutriments de la terre, sans l’oxygène de l’air.

Nos pensées ne nous appartiennent pas : elles sont subies car déterminées par une foule de facteurs que nous ne connaissons pas et ne maîtrisons pas. Notre libre-arbitre est de ce fait illusoire : nos pensées et nos actes sont entièrement conditionnés. Autrement dit, nous ne sommes rien.

Mais en réalisant cela, notre pensée devient pure. Nos illusions s’effacent. Les voiles dus à notre ego tombent et nous pouvons enfin entrevoir ce qui nous dépasse.

« Je suis ce que je suis » : Guibulum a compris que, n’étant rien, il est un reflet du Tout. Il est au carrefour de toutes les influences du monde. Il trouve ainsi le sacré en lui-même, ainsi que sa juste place au sein de l’Univers, au sein du Tout, au sein du Grand Architecte de l’Univers.

Ainsi, « Je suis ce que je suis » annonce l’atteinte du point le plus profond de soi-même, c’est-à-dire le résultat de l’effort de connaissance de soi : au-delà des illusions dues à notre individualité, notre essence est universelle et divine.

La formule peut aussi être interprétée comme l’acceptation totale de soi-même. Elle signifie : « je suis tel que je suis », je ne peux être que cela. Je suis ce que le destin et l’Univers ont voulu faire de moi.

« Je suis ce que je suis » évoque encore le vrai Soi par opposition au moi illusionné qui pense avoir un pouvoir sur les choses. Dans l’hindouisme, l’atman est le Soi, l’âme universelle ou l’essence véritable. C’est l’âme humaine qui s’élargit au point de se confondre avec l’âme universelle et divine, retrouvant ainsi sa véritable nature.

« Je suis ce que je suis » peut encore évoquer la pierre cubique qui s’insère parfaitement dans l’édifice, la pierre philosophale des alchimistes, le centre du cercle, ou encore l’étoile flamboyante. Voilà donc l’homme universel, éveillé, enfin connecté au principe supérieur.

Lorsque Moïse demande à Dieu son nom, ce dernier devient l’Etre face à lui-même tentant de se connaître. Il ne s’agit pas d’un dédoublement entre sujet et objet, car les deux parties n’en forment qu’une, mais bien de l’effort de connaissance de soi.

Désormais, Guibulum sait qui il est : il est capable d’être et de se nommer. Il connaît sa place dans l’Univers. Connaître, c’est être.

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Modif. le 9 janvier 2024

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