La Cène et son symbolisme : quelle est la signification de la Cène ? quel sens profond ? que représente l’Eucharistie ?
Dans le Nouveau Testament, la Cène (du latin cena, « repas du soir ») est le dernier repas du Christ pris avec les apôtres, à l’occasion de la Pâque juive.
La Cène est le point d’orgue du ministère de Jésus. Au moment où Jésus sent la trahison venir, il s’offre en nourriture à ses disciples : c’est l’Eucharistie.
17) Le premier jour de la fête des pains sans levain, les disciples s’approchèrent et dirent à Jésus : « Où veux-tu que nous te fassions les préparatifs pour manger la Pâque ?«
18) Il leur dit : « Allez à la ville, chez un tel, et dites-lui : Le Maître te fait dire : Mon temps est proche ; c’est chez toi que je veux célébrer la Pâque avec mes disciples. »
19) Les disciples firent ce que Jésus leur avait prescrit et ils préparèrent la Pâque.
20) Le soir venu, Jésus se trouvait à table avec les Douze.
21) Pendant le repas, il déclara : « Amen, je vous le dis : l’un de vous va me livrer. »
(…)
25) Judas, celui qui le livrait, prit la parole : « Rabbi, serait-ce moi ? » Jésus lui répond : « C’est toi-même qui l’as dit ! »
Matthieu 26
L’Eucharistie elle-même est l’objet des versets suivants :
26) Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit et, le donnant aux disciples, il dit : « Prenez, mangez : ceci est mon corps. »
27) Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, en disant : « Buvez-en tous,
28) car ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude en rémission des péchés. »
Matthieu 26
La Cène est présente dans les quatre évangiles, de façon proche chez Luc (chapitre 22), Matthieu (chapitre 26) et Marc (chapitre 14), et de manière un peu différente chez Jean (chapitre 13).
Outre Jésus, le personnage central de la Cène est Judas. En effet, au cours du repas, Jésus annonce à ses disciples que l’un d’entre eux va le trahir. S’en suit un moment de trouble, de discorde voire de querelle au cours duquel chacun se sent visé et s’interroge.
Jésus lui répond : « C’est celui à qui je donnerai la bouchée que je vais tremper dans le plat. » Il trempe la bouchée, et la donne à Judas, fils de Simon l’Iscariote.
Et, quand Judas eut pris la bouchée, Satan entra en lui. Jésus lui dit alors : « Ce que tu fais, fais-le vite. »
Jean 13, 26-27
La Cène est donc à la fois un moment de partage, de communion, et un moment d’épreuve, de trahison qui préfigure la souffrance de la Passion.
Entrons dans le symbolisme de la Cène et son sens profond.
La Cène : symbolisme et signification
Dans les évangiles de Luc et Marc, Jésus indique à ses disciples le lieu où devra être organisé le repas de la Pâque, de la manière suivante :
Quand vous entrerez en ville, un homme portant une cruche d’eau viendra à votre rencontre ; suivez-le dans la maison où il pénétrera.
(…) Cet homme vous indiquera, à l’étage, une grande pièce aménagée. Faites-y les préparatifs. »
Ils partirent donc, trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit, et ils préparèrent la Pâque.
Luc 22, 10-13
L’identité de l’homme portant la cruche d’eau est inconnue, le but étant de maintenir le lieu secret afin de ne pas attirer l’attention des autorités.
Ici, le symbolisme de la cruche d’eau peut renvoyer l’eau source de vie, à la purification et au baptême : c’est l’entrée dans une nouvelle dimension.
En effet, lors de la Cène, Jésus lave les pieds de Simon-Pierre et des autres disciples (Jean 13, 3-12). L’eau de la cruche a donc pu servir à cette action.
Quant à la cruche elle-même, elle évoque le creuset, l’athanor, le lieu de la transmutation. Précisément, la Cène est le lieu et le moment d’une dernière transformation : le mal est démasqué, les dernières illusions tombent, la Vérité éclate, le destin est sur le point de s’accomplir…
La cruche rappelle aussi les jarres des noces de Cana, à partir desquelles Jésus a accompli son premier miracle en changeant l’eau en vin, signe d’une spiritualisation en cours.
De la Pâque juive à la Pâque chrétienne : une nouvelle Alliance
C’est à l’occasion de la Pâque juive (Pessa’h) que Jésus et ses disciples se réunissent.
Pour rappel, dans l’Ancien Testament, Dieu demande à Moïse de libérer son peuple prisonnier d’Egypte. Moïse tente de négocier avec Pharaon, mais ce dernier reste inflexible. Dieu inflige alors dix plaies aux Égyptiens pour contraindre Pharaon à laisser partir le peuple d’Israël.
La dixième plaie (mort de tous les nouveaux-nés) est intimement liée à la Pâque juive : Dieu commande à chaque famille juive de sacrifier un agneau, et, avec le sang de ce dernier, de peindre les linteaux des portes d’entrée, signe qui permettra au Tout-Puissant d’identifier les maisons sur lesquelles ne doit pas s’abattre le terrible châtiment. En outre, Dieu commande qu’on mange l’agneau avec des pains sans levain et des herbes amères.
La Pâque juive constitue donc le souvenir de cette Alliance entre Dieu et son peuple : ceux qui se sont soumis à Dieu en sacrifiant l’agneau ont été épargnés et libérés d’Egypte, passant ainsi de l’esclavage à la liberté réelle et spirituelle.
Avec la Cène, Jésus propose une nouvelle Alliance, fondée cette fois sur l’exemplarité : Jésus ne demande pas que l’on se soumette à lui, ni que l’on se sacrifie pour lui, ni même qu’on lui offre un agneau ; au contraire, lui-même se sacrifie pour les autres. Autrement dit, Jésus devient l’agneau : il s’offre, il souffre, notamment en acceptant la trahison de Judas. Refusant de lutter contre le mal, il se contente de le démasquer, obligeant chacun à regarder en lui-même, puis révélant l’identité du coupable.
Jésus va même jusqu’à nourrir le mal (il donne une bouchée de pain à Judas), jusqu’à l’encourager dans sa mauvaise voie (« ce que tu fais, fais-le vite ») : un moyen de faire éclater la perversité au grand jour.
De la Pâque juive à la Pâque chrétienne, on assiste donc à une évolution : plus question de soumission aveugle à Dieu, il s’agit à présent de se libérer de soi-même en se nourrissant de l’exemple de Jésus. Il s’agit de trouver le mal en soi, de le reconnaître et de l’extraire par une conversion intime.
19) Puis, ayant pris du pain et rendu grâce, il le rompit et le leur donna, en disant : « Ceci est mon corps, donné pour vous. Faites cela en mémoire de moi. »
20) Et pour la coupe, après le repas, il fit de même, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang répandu pour vous.
21) Et cependant, voici que la main de celui qui me livre est à côté de moi sur la table.
Luc, 22
Partage et amour : un nouvel enseignement
La Cène est un moment d’amour et de partage où chacun apprend à découvrir la valeur de l’autre, où chacun apprend à devenir l’autre. Tous mangent dans un même plat : chacun permet à l’autre de se nourrir et d’exister, par sa retenue et son humilité.
Durant le repas, Jésus montre l’exemple :
Quel est en effet le plus grand : celui qui est à table, ou celui qui sert ? N’est-ce pas celui qui est à table ? Eh bien moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert.
Luc 22, 27
De même lorsque Jésus lave les pieds de ses disciples, au cours du repas :
Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres.
C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous.
Jean 13, 14-15
Ainsi, en renonçant à lui-même, en se mettant au service des autres, chacun participe à la construction d’une société idéale fondée sur l’Amour. C’est ainsi que chacun peut s’élever spirituellement et rejoindre le Royaume de Dieu.
Autrement dit, le Royaume de Dieu se manifeste par le fait s’ouvrir à l’autre, quel qu’il soit, quelques soient ses intentions, même mauvaises. Car l’Amour tel que défini par Jésus englobe tout, réconcilie tout : personne n’est laissé sur le côté, tout pécheur est racheté.
La Cène est donc l’occasion pour Jésus de livrer le coeur de son enseignement, lequel est résumé dans le discours consécutif à la Cène tel que rapporté dans l’évangile de Jean :
12) Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés.
13) Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime.
14) Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande.
15) Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître.
Jean 15
Par ces mots, Jésus invite chacun, non seulement à comprendre son enseignement, mais à le vivre et l’incarner, afin que tous soient liés par une véritable « amitié ».
L’Eucharistie
Lors de la Cène, Jésus institue l’Eucharistie (du grec eukharistia : « reconnaissance, bienveillance »), geste par lequel il se donne en nourriture et en partage à ses disciples. Il fait don de son corps, symbolisé par le pain, et son sang, symbolisé par le vin.
Le sang est celui de la nouvelle Alliance, « versé pour la multitude en rémission des péchés ». Jésus se sacrifie donc pour les hommes, montrant la voie à emprunter pour accéder au bonheur, à la paix, à la Vérité, à la Vie véritable, bref au Royaume de Dieu.
L’Eucharistie éclaire les liens entre matière et esprit. Précisément, en offrant son corps, Jésus s’appuie sur la matière pour accéder à l’Esprit. Il spiritualise la matière : la preuve que la matière bien employée (c’est-à-dire partagée, offerte) n’est plus un obstacle, mais au contraire un tremplin vers la Vérité.
Au final, la Cène fonde le christianisme : la messe chrétienne n’est rien d’autre que le souvenir de ce moment clé.
Qui était présent lors de la Cène ?
Le soir venu, Jésus arrive avec les Douze.
Marc 14, 17
Tous les apôtres sont présents lors de la Cène. Il y a donc treize participants.
La plus célèbre représentation de la Cène est sans doute celle de Léonard de Vinci (en tête de cet article), réalisée pour le réfectoire du couvent dominicain de Santa Maria delle Grazie, à Milan (1498). On y voit les apôtres tourmentés, en proie à la discorde, après que Jésus leur a annoncé qu’un traitre se cachait parmi eux.
De gauche à droite, son représentés Barthélemy, Jacques le Mineur, André, Judas (touchant une bourse, symbole de corruption), Pierre (tenant un couteau), Jean (« celui que Jésus aimait »), Jésus, Thomas, Jacques le Majeur, Philippe, Matthieu, Thaddée et Simon.
Certains ont vu dans la représentation androgyne de Jean la présence secrète de Marie-Madeleine.
Les nombres 12 et 13
Le nombre 12 (les 12 apôtres, ou les 12 participants au repas hors Judas) symbolise l’aboutissement et la perfection, alors que le nombre 13 est beaucoup plus ambigu. En l’occurrence, la présence du treizième, Judas, aboutit à l’arrestation de Jésus, mais aussi à l’accomplissement de l’Ecriture…
Le calice de la Cène et le Graal
Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang répandu pour vous.
Luc 22, 20
Dans les écrits du Moyen âge, notamment La légende dorée de Jacques de Voragine, le Graal est présenté comme le calice manipulé par Jésus lors de la Cène, ensuite utilisé par Joseph d’Arimathie pour recueillir le sang du Christ au moment de sa descente de Croix.
Dans la légende arthurienne, en particulier les écrits médiévaux de Robert de Boron, la Table ronde du roi Arthur, autour de laquelle prennent place les douze chevaliers, rappelle directement la Cène. La Table ronde est destinée à recevoir le Graal une fois celui-ci retrouvé.
En l’occurrence, retrouver le Graal, c’est accéder au secret de la Vie éternelle. Il faudra pour cela renoncer à soi-même, à son orgueil et à ses illusions, sacrifier son ego, faire don de soi, verser son sang pour les autres. Il faudra encore se laisser traverser par la haine pour la dissoudre.
Car c’est bien le sacrifice qui donne accès à la Vie éternelle, acte par lequel l’homme s’offre aux autres, à la Nature, à l’Universel : il ne se voit plus comme un être séparé du monde, il fusionne avec le Tout, pour toujours.
Alors Jésus dit à ses disciples : Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive.
Matthieu 16, 24
Enfin, la table du Graal fait écho à la Table des pains de proposition présente dans le Temple de Salomon, table en bois recouverte d’or sur laquelle étaient placés douze pains sans levain (Exode, Lévitique).
Conclusion
La Cène, moment d’amour et de partage, est aussi et surtout une épreuve. En annonçant qu’un traitre se cache dans le groupe, Jésus sème le trouble. Il oblige alors chacun à regarder en lui-même : « serait-ce moi ? »
Car le mal n’est pas extérieur, mais se cache au fond de nous. Il convient de le démasquer, puis de le soumettre en se livrant soi-même, selon l’exemple de Jésus. Lutter contre le mal, c’est donc d’abord se remettre en cause, et d’autre part, apprendre à pardonner.
Au cours de la Cène, Jésus s’offre, se donne en partage. Il se sacrifie pour que, à travers son exemple, chacun puisse à son tour s’offrir et devenir meilleur. Il cède la place, ne laissant derrière lui que son exemplarité, dont chacun pourra se souvenir, se nourrir.
Par son geste, il montre le processus de transformation qui doit nous animer : le mal est une opportunité de devenir meilleur, l’épreuve est une chance d’évolution, l’ignorance est le fondement de la Connaissance. Par conséquent, nous devons toujours répondre positivement aux épreuves : la haine reçue est une occasion de comprendre et de s’améliorer.
Lors de la Pâque chrétienne, on se nourrit donc de l’agneau, c’est-à-dire de l’exemple de Jésus. Ce faisant, on consolide l’Alliance basée sur l’Amour, la fraternité et le pardon, l’occasion de refonder l’humanité, et peut-être d’entrevoir le Royaume de Dieu, ultime Vérité présente au fond de nous.

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Dernière modification le 29 avril 2026. Adrien Choeur











