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Pour un moratoire sur l’intelligence artificielle

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Le texte qui suit pose la question de l’impact de l’intelligence artificielle sur notre société et les bouleversements que cette technologie va provoquer à court terme. Face aux dangers de l’IA, un moratoire semble urgent.

L’intelligence artificielle est une technologie qui progresse très rapidement et s’impose partout dans notre quotidien. Chaque jour, des millions de Français, y compris des enfants et des adolescents, ont recours à l’IA générative et obtiennent des réponses à leurs questions. Au passage, l’IA pille les contenus en ligne que les humains ont mis des années ou des décennies à élaborer.

Petit à petit, l’IA est en train de se substituer au rôle des professeurs, des formateurs, des psychologues, des médecins, des conseillers, des rédacteurs, des créateurs et même des parents. L’IA devient le « meilleur ami » de beaucoup d’entre nous : un interlocuteur privilégié, un confident qui sait tout de nous, et qui pourra ensuite réutiliser nos données à des fins commerciales.

Outre la tragique destruction du lien social, beaucoup de Français vont devoir renoncer à leur vocation puisque leur métier est d’ores et déjà menacé par l’IA. En effet, pourquoi envisager des études en médecine puisqu’on sait que d’ici quelques temps, un modèle d’IA fera mieux que les meilleurs médecins du monde réunis ? Pourquoi entamer des études de langues, de droit, d’architecture, de graphisme ou de journalisme, puisque ces métiers seront largement concurrencés par l’IA ?

En réalité, avec le déploiement prochain des robots-IA, ce sont toutes les catégories d’emplois, y compris techniques et manuels, qui finiront par être menacés.

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Selon une étude de la Compagnie d’assurance-crédit Coface et de l’Observatoire des emplois menacés et émergents (OEM), dévoilée le 1er avril 2026, cinq millions d’emplois sont menacés en France par le déploiement massif de l’IA générative. Selon cette étude, 3,8 % de l’emploi est fragilisé par le recours à l’IA au sein des entreprises. Et d’ici deux à cinq ans, c’est 16,3 % de l’emploi français qui sera menacé, soit près de cinq millions de personnes.

Autrement dit, une catastrophe économique et sociale se dessine devant nous, dont l’ampleur est difficile à imaginer. Les principes mêmes de notre économie, fondée sur l’utilité et sur l’échange, vont être remis en cause.

Demain, seuls quelques modèles d’IA régneront sur l’information et la connaissance, donc sur les cerveaux.

Les réponses de l’IA générative seront naturellement orientées : les modèles ayant découragé toute production de contenu humain, ils se nourriront de leurs propres données, à l’image de Grokipedia, l’encyclopédie d’Elon Musk connue pour ses fausses informations et ses positions idéologiques…

La connaissance sera concentrée entre les mains de quelques-uns, orientée en fonction de leurs objectifs économiques et politiques. L’IA nous orientera vers certaines idées, certains produits, certains médicaments, certains solutions proposées par des multinationales associées aux géants de l’intelligence artificielle.

Cette concentration signera la fin de la démocratie et de la transparence, la fin aussi de la souveraineté des Etats, lesquels pourraient même s’effondrer sous les effets économiques, sociaux et financiers provoqués par l’IA.

Si les réseaux sociaux avaient déjà intermédié les rapports humains, instaurant une tendance à la discorde et au culte de l’apparence, avec l’IA les individus n’auront même plus besoin de se parler entre eux : ils échangeront principalement avec les machines, l’intelligence artificielle fournissant des réponses bien plus pertinentes, utiles et rassurantes que celles de n’importe quel être humain.

Quel est l’avenir d’une société où les individus n’ont plus besoin les uns des autres ? Quel impact en terme de santé mentale ? Tel jour, on apprend que Chat GPT a aidé un individu à préparer une fusillade qui a fait deux morts. Le lendemain, on apprend qu’un adolescent qui discutait avec Chat GPT a fini par se replier sur lui-même et s’est finalement suicidé. Le jour d’après, on apprend qu’un homme de 56 ans a dialogué durant des mois avec l’IA avant de tuer sa mère et de se donner la mort : Chat GPT avait approuvé et amplifié ses pensées délirantes.

L’être humain peut-il s’épanouir à l’ombre des machines ? Il est évident que non. Nous avons besoin d’amour, de temps à passer les uns avec les autres, les uns pour les autres. Une société dominée par l’IA est une société sans lien, sans concorde, sans perspective de vivre-ensemble, donc sans avenir.

Sur le plan environnemental, les modèles d’IA nécessitent des ressources colossales : énergie pour l’entraînement et l’exécution des algorithmes, eau pour le refroidissement des data centers, métaux rares pour les composants électroniques. L’IA consomme des ressources et de l’espace pour la construction des data centers. Elle génère une pollution numérique phénoménale liée à la consommation et à la gestion des données. Son usage croissant conduit à l’explosion de la demande énergétique mondiale, au moment même où le bon sens, face au réchauffement climatique, devrait nous inciter à la sobriété

L’intelligence artificielle a été déployée en France sans aucun débat public ni aucune discussion à l’assemblée nationale. Faudra-t-il, comme pour les réseaux sociaux, attendre vingt ans pour que nos représentants se penchent sur les effets de cette technologie ?

Il est urgent d’instaurer un moratoire sur l’intelligence artificielle. Une technologie aussi importante et révolutionnaire ne devrait jamais être déployée sans réflexion ni analyse prospective.

L’IA crée une société rapide et froide. Elle vide l’être humain de sa substance, de son humanité. Nous voyons sous nos yeux l’avènement d’une société ultra-technologique, uniformisée, hyper-concentrée, dominée par quelques modèles d’IA détenus par une poignée de multinationales.

Un moratoire sur l’intelligence artificielle serait l’occasion de prendre un peu de temps pour réfléchir à un autre type de société, dans laquelle tous les êtres humains pourraient développer leur capacité à penser par eux-mêmes, à trouver leur voie et leur utilité au milieu des autres, en paix et en harmonie avec eux. Une société dans laquelle chacun pourrait s’arracher de son écran pour regarder enfin son prochain dans les yeux.

Au-delà de ce moratoire, nos dirigeants devraient immédiatement convoquer un débat démocratique et citoyen pour évoquer les enjeux de l’IA : il en va de l’avenir de notre société, de nos enfants et de notre planète.

Adrien Choeur

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Dernière modification le 22 avril 2026. Adrien Choeur

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