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Apprendre à désapprendre : signification spirituelle

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Apprendre à désapprendre : signification spirituelle. Pourquoi faudrait-il oublier ce que l’on a appris pour pouvoir accéder à la Connaissance ?

Apprendre à désapprendre est une formule paradoxale que l’on trouve en particulier dans les traditions spirituelles orientales.

Dans le Tao Te King, ouvrage fondateur du taoïsme, Lao-Tseu invite à renoncer à connaître et à posséder, ce qui constitue selon lui la voie de la Connaissance véritable :

Le Maître agit
en laissant les choses suivre leur cours.
(…)
Ce qu’il désire est le non-désir ;
ce qu’il apprend, c’est à désapprendre.

Tao Te King, 64

De même :

Ainsi est-il dit :
le chemin vers la lumière paraît sombre,
le chemin qui avance semble reculer.

Tao Te King, 41

Dans le même ordre d’idée, Jiddu Krishnamurti (célèbre penseur indien et inventeur d’une forme d’éducation alternative) appelle à renoncer aux idées, aux concepts et aux enseignements, produits selon lui d’une culture superficielle, pour acquérir « l’art de voir », autrement dit la « vérité », sorte d’espace se situant au-delà de tout conditionnement.

Krishnamurti critique la religion et la philosophie, les dogmes ainsi que tout système de pensée. Une position qui rappelle celle des sceptiques de l’Antiquité, selon lesquels chaque raisonnement peut et doit être réfuté. Autrement dit, les certitudes sont à fuir et la quête de vérité n’est jamais achevée.

De même, Socrate déclare : Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien, dans une optique très sceptique. Il ne s’agit pas d’un point d’arrêt, mais d’une invitation à repousser nos limites personnelles pour s’approcher toujours plus près de la vérité. La méthode socratique (maïeutique) se fonde d’ailleurs sur un questionnement sans fin visant à stimuler la pensée critique.

Voyons plus précisément ce que signifie « apprendre à désapprendre ».

Apprendre à désapprendre : signification spirituelle.

Dès les premiers temps de notre enfance, nous avons reçu une éducation visant à identifier, à analyser, à discriminer : nous avons appris à distinguer le haut et le bas, le blanc et le noir, le vrai et le faux, le beau et le laid, et bien et le mal, le juste et l’injuste, etc.

Ce type de distinction, de jugement ou de « tri » est pour nous devenu évident, à tel point que nous n’arrivons plus à voir le système de références et de normes dans lequel nous évoluons.

Or ce système agit comme une prison : nous considérons qu’il est le seul valable, alors qu’il en existe bien d’autres, tout aussi légitimes, chez d’autres individus, dans d’autres cultures ou civilisations.

La spiritualité consiste précisément à abandonner ce mode de pensée analytique pour adopter un nouveau rapport aux choses. Cette fois, il s’agit de marcher vers le point commun à toutes les choses, point inconnu que l’on pourra appeler Dieu, le cosmos ou encore le Tout universel.

La recherche de ce point commun, de ce « centre cosmique », oblige à dépasser les différences et les incompatibilités apparentes pour reconnaître que tout est lié, et que tout concourt à former une unité harmonieuse. Ainsi, ce qui nous paraissait opposé ou conflictuel devient solidaire et indissociable : le haut n’existe que parce que le bas existe, le blanc se définit par l’existence du noir, le vrai naît de l’identification du faux, le juste procède de l’injuste.

Les oppositions deviennent des complémentarités nécessaires et fécondes, ce que traduit parfaitement le symbole du yin et du yang (taijitu) :

symbole yin yang taijitu

Ici, il ne s’agit pas de nier les différences, mais plutôt de renoncer à nos jugements de valeur et à l’illusion de détenir la vérité pour reconnaître que tout participe à fonder l’unité-totalité.

Autrement dit, il s’agit de passer du partiel à l’universel, d’une vision fragmentaire et limitée à une vision globale et illimitée, ce qui implique un nécessaire dépassement de notre individualité.

Ainsi, tout ce que nous avons appris constitue un obstacle à notre élévation spirituelle : cette somme de savoirs forme un système de référence certes vrai en lui-même, mais nous bloque l’accès à la vérité absolue, en particulier parce qu’il tente de se l’approprier.

Sur le plan spirituel, la vérité absolue, synonyme d’Amour, est capable d’accepter tout point de vue, toute vérité particulière, sans qu’aucune ne prenne le dessus.

« Apprendre à désapprendre » est donc une formule qui invite à abandonner nos points de fixation, nos certitudes, nos pensées préconstruites, nos préjugés et nos automatismes. Une attitude synonyme de renoncement, de lâcher-prise, d’ouverture, et d’acceptation de ce que nous ne comprenons pas.

Surtout, cette formule incite à changer, à évoluer, à progresser sans cesse.

Abandonner le savoir pour entrer dans la Connaissance.

En spiritualité, on distingue traditionnellement savoir et Connaissance :

  • le savoir (ou science) est une somme d’informations accumulées qui peut s’acquérir et se transmettre par un enseignement ou des livres,
  • la Connaissance est la tentative d’accéder à la Vérité ultime.

Difficilement atteignable, la Connaissance fait appel à l’intuition, elle tente d’explorer de nouvelles voies au-delà des savoirs déjà acquis. Elle consiste en un cheminement et un questionnement jamais achevés. Elle s’appuie sur le doute et le dépouillement.

Cette démarche aboutit souvent à une forme de pensée paradoxale très présente dans le taoïsme, mais aussi dans le bouddhisme ou le Nouveau Testament. Ainsi, l’individu éveillé comprend que la véritable Connaissance consiste à ne rien savoir. Ou qu’il ne peut être libre qu’en comprenant qu’il n’est pas libre. Ou encore qu’il ne peut acquérir qu’en apprenant à renoncer…

Lire aussi notre article : La différence entre savoir et connaissance.

Modif. le 13 septembre 2022

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