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Achever au-dehors l’oeuvre commencée dans le Temple

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Achever au-dehors l’oeuvre commencée dans le Temple : comment interpréter cette phrase ? Comment porter à l’extérieur la Lumière reçue à l’intérieur ?

L’achèvement au-dehors de l’oeuvre commencée dans le Temple est l’un des buts du REAA (Rite Ecossais Ancien et Accepté).

Les travaux en loge ne se suffisent pas à eux-mêmes, et tout franc-maçon sait que son effort doit se poursuivre dans le monde extérieur.

Au moment de clôturer les travaux, le Vénérable Maître s’exprime en ces termes :

LE VÉNÉRABLE MAÎTRE
Que la Lumière qui a éclairé nos Travaux continue de briller en nous pour que nous achevions au-dehors l’œuvre commencé dans le Temple, mais qu’elle ne reste pas exposée aux regards des profanes.

Rituel de fermeture des travaux, 1er degré REAA

Ce passage semble quelque peu contradictoire : la Lumière doit être portée à l’extérieur, mais sans être exposée aux regards des profanes. Dans ces conditions, comment achever l’oeuvre au-dehors ?

D’autre part, de quelle Lumière s’agit-il, et de quelle oeuvre parle-t-on ?

Remarquons d’abord que dans certains rituels, le mot « oeuvre » est féminin (« l’oeuvre commencée »), alors que dans d’autres il est masculin (« l’oeuvre commencé »).

Or :

  • oeuvre au féminin est synonyme de travail,
  • oeuvre au masculin désigne la réalisation complète, l’édifice achevé, ou encore le résultat des opérations alchimiques (le Grand Oeuvre ou Oeuvre au rouge), c’est-à-dire l’aboutissement du processus de transformation de l’être.

C’est ce deuxième sens que nous retiendrons ici. En effet, le but de la franc-maçonnerie est d’abord l’éveil intérieur menant à la naissance d’un individu nouveau. En alchimie, la dernière étape de cette transformation est le retour à la matière, ce qui expliquerait que l’oeuvre ne peut être achevé que dans le monde extérieur.

Voyons ce que signifie « achever au-dehors l’oeuvre commencé(e) dans le Temple ».

Achever au-dehors l’oeuvre commencé(e) dans le Temple : interprétation.

« Achever l’oeuvre au-dehors » est souvent interprété comme l’effort que doit faire le franc-maçon pour traduire en actes l’enseignement qu’il a reçu en loge.

Il s’agirait alors de se montrer tolérant, bienveillant et charitable envers les autres, et d’œuvrer au progrès de la société.

A ce titre, la déclaration de principes du Convent de Lausanne du REAA (1875) décrit la franc-maçonnerie comme « une école mutuelle dont le programme se résume ainsi : obéir aux lois de son pays, vivre selon l’honneur, pratiquer la justice, aimer son semblable, travailler sans relâche au bonheur de l’Humanité et poursuivre son émancipation progressive et pacifique ».

A l’extérieur du Temple, le franc-maçon doit garder en tête ces principes. Il doit mettre en pratique les vertus maçonniques et travailler à rendre le monde plus beau, plus harmonieux, plus juste. C’est par sa sagesse, sa patience, sa force intérieure et son exemplarité qu’il pourra y parvenir.

Mais au-delà de ces considérations morales, il existe une autre interprétation de la phrase « achever au-dehors l’oeuvre commencé dans le Temple ».

La transformation de l’être.

La franc-maçonnerie s’inspire largement des principes de l’alchimie spirituelle, qui prône la transformation de l’individu en trois étapes essentielles :

  1. l’Oeuvre au noir consiste en la libération de l’âme de la dictature du corps : l’individu ne s’assimile plus à ce que lui dicte son corps-matière, il brise les chaines de ses instincts, de ses passions et de ses préjugés. C’est par l’effort de connaissance de soi qu’il parvient à abandonner ses illusions et à sortir de sa prison mentale,
  2. l’Oeuvre au blanc décrit l’émergence et l’avènement de l’âme pure : c’est le résultat de l’étape précédente. Libérée de ses « mauvais Compagnons », l’âme peut enfin s’ouvrir au Principe supérieur et à la Vérité,
  3. enfin, l’Oeuvre au rouge consiste en une réconciliation de l’âme avec le corps. Désormais en harmonie avec le Principe supérieur, l’âme peut réintégrer sa place au sein de la matière. Ainsi, toutes les composantes de l’être se retrouvent réintégrées et harmonisées.

Or cette dernière étape rappelle directement la phrase « achever au-dehors l’oeuvre commencé dans le Temple ». En d’autres termes, l’oeuvre alchimique ne peut être achevé sans réintégration à la matière, sans retour au monde profane.

Si les deux premières étapes du processus se vivent en loge, la dernière ne peut s’accomplir qu’à l’extérieur, le but n’étant pas de développer une vie spirituelle coupée du monde réel, mais bien de développer un nouveau rapport au monde, un nouveau regard sur la matière.

Autrement dit, l’objectif de la démarche maçonnique n’est pas de renoncer au monde physique, mais de revenir l’habiter d’une autre manière, plus consciente, plus éveillée.

Débarrassé de nos illusions et de fausses croyances, notre regard sur le monde se fait plus serein : nous percevons enfin l’ordre matériel que masquait notre chaos mental.

Un dialogue esprit-matière.

En réalité, la démarche maçonnique consiste en un processus cyclique : venu du monde profane, l’individu entre en maçonnerie pour y laisser grandir sa Lumière intérieure, avant de retourner dans le monde profane. Seul changement entre la situation initiale et la situation finale : nous voyons le monde différemment.

Ainsi, la Lumière intérieure que nous avons laissée grandir en loge continue de briller en nous dans le monde profane. C’est cette Lumière, symbole d’une conscience plus éveillée, qui nous permet désormais de percevoir l’ordre du monde et les lois universelles qui régissent la matière.

Insistons sur le fait que cette Lumière était déjà en nous au début du processus : elle était simplement masquée par notre individualité.

Cette Lumière n’a pas vocation à disparaître au moment de notre retour dans le monde profane. Née et grandie en loge, elle a vocation à perdurer au quotidien ; mais son intensité peut varier : comme une batterie qui a besoin d’être rechargée, le franc-maçon a besoin de revenir en loge pour cultiver et approfondir son nouveau rapport au monde.

On l’a compris, nous parlons ici d’un changement de regard, et non de comportement. Mais ce nouveau regard peut aussi conduire à un changement de comportement. Plus apaisé, plus serein, ayant trouvé sa juste place dans le monde, le franc-maçon adopte une attitude plus équilibrée, plus tempérée, plus aimante. Un changement que son entourage ne pourra que remarquer.

C’est ainsi que le franc-maçon change le monde, à son niveau, en toute humilité et sans ambition particulière…

Voir aussi notre liste de planches au 1er degré REAA.

Modif. le 29 mars 2022

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