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Vivre, c’est mourir : une approche maçonnique

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“Vivre c’est mourir” : voici une approche maçonnique de la vie et de la mort (planche au grade de Compagnon, REAA).

  • Philosopher, c’est apprendre à mourir. Montaigne
  • Souviens-toi que tu es poussière, et que tu redeviendras poussière. Genèse 3, 19

Dans notre monde, la vie et la mort sont inséparables : sans vie pas de mort, sans mort pas de vie.

Au-delà de ça, la vie est un chemin : l’expérience d’une existence terrestre comprise entre un état antérieur et un état postérieur.

Cet état passager a une certaine durée et impose un certain nombre d’épreuves.

vivre c'est mourir

La vie apparaît comme une “déambulation” ou un “voyage”… ici la difficulté réside en ce que nous ne connaissons ni les caractéristiques de l’état ante-vie ni celles de l’état post-vie. Si nous les connaissions, il nous serait bien plus aisé de définir ce que sont véritablement la vie et la mort…

D’un point de vue maçonnique, les caractéristiques de l’ante-vie et de la post-vie sont mieux connues :

vie maçonnique

La ou les “morts” apparaissent ci-dessus comme des portes, qu’il faut franchir pour accéder à un nouveau type de vie, à un nouveau cycle.

La mort symbolique porte en elle une renaissance : celle d’un nouveau franc-maçon. La mort (le testament philosophique), l’accouchement (la porte basse), les épreuves puis les premiers pas forment un long et difficile “passage” permettant d’accéder à une nouvelle vie.

Ce processus est volontaire et conscient, même si le résultat n’est pas connu à l’avance par le récipiendaire.

Ce dernier bénéficie d’un accompagnement rassurant : on place devant ses yeux des symboles et dans ses mains des outils. Au préalable, on l’aura d’abord invité à se recentrer sur lui-même dans le cabinet de réflexion, au sein duquel il sera confronté à différents objets symboliques, parmi lesquels :

  • Le crâne, sommet du squelette, siège de l’âme, voûte céleste, symbolisant la mort mais aussi l’esprit immortel,
  • La faux, outil de la mort égalisatrice, qui tranche les illusions mais pas la vie véritable,
  • Le sablier, qui symbolise le temps qui passe, le cycle de la vie et de la mort et les deux sphères de la vie (physique et spirituelle),
  • Ou encore le coq, qui symbolise l’apparition d’un nouveau jour, d’un nouveau cycle.

Durant sa vie maçonnique, le franc-maçon aura aussi à connaître plusieurs changements d’état, dans une logique de progression : le passage de degré en degré s’accompagne là encore de voyages symboliques. A chaque fois, il est proposé au franc-maçon une réflexion au travers de nouveaux symboles et outils, qui consiste à faire le point sur son état antérieur et à se projeter vers son état futur.

Faire le point, redescendre en soi-même, sont bien les conditions de réalisation de ces voyages. Mieux se connaître pour mieux progresser, mieux avancer dans le Présent, guidé par la Règle et le Rituel.

Qu’est-ce que vivre ? Vivre, c’est parcourir le temps Présent. Le Présent a une caractéristique majeure, c’est un temps mouvant, à caractère évolutif, et même progressif. Vivre, c’est donc voyager à bord du vaisseau Présent doté non seulement d’une direction mais aussi d’un sens, sans jamais être dans le passé ni le futur.

Qu’est-ce que mourir ? Mourir, c’est terminer un voyage, donc renoncer à l’immédiateté, renoncer à l’avoir mais aussi à l’être en tant qu’individu animé, afin de passer à un état postérieur, qui est souvent inconnu.

Pour le franc-maçon, vivre c’est penser et se comporter selon certaines règles et certains principes. C’est aborder la vie selon une certaine éthique, basée sur des valeurs universelles, et se préparer à la mort dans une certaine disposition spirituelle.

Vivre, mourir : un certain rapport à la matière.

La relativité générale décrit une interdépendance totale entre espace, temps et matière. Vivre dans ce monde, voyager dans le Temps présent, c’est donc avoir la faculté d’agir sur la matière et de la modeler.

A la fin de notre vie, notre action sur la matière fera que le monde sera différent de ce qu’il était au début de notre vie. Il en est de même en ce qui concerne notre compréhension de la matière, ou “savoir”.

Au second degré du rite, le savoir humain est présenté selon la classification les Sept Arts Libéraux.

Notre action sur la matière, notre capacité à la maîtriser et la comprendre, dépendent d’un élément fondamental pour l’homme libre : le Travail.

Nos Cinq Sens sont les outils qui nous tiennent en lien avec notre Monde et nous permettent de travailler. Le rituel maçonnique nous propose aussi des outils symboliques destinés à nous aider dans notre travail et notre progression.

« Gloire au Travail ». Qu’il soit opératif ou spéculatif, le travail est un Devoir sacré pour l’homme libre car sans lui, rien ne saurait être édifié en vue du Bonheur de l’Humanité. (Rituel du Second Degré REAA)

Le Travail rend possible la progression qualitative de l’homme libre, conduisant au Bonheur.

Pour le franc-maçon, la progression dans le Temps est encadrée par le rituel, qui propose un ordre de marche concret, et en même temps symbolise le flux du Temps lui-même. La marche du Compagnon symbolise la marche du Soleil, qui marque l’apparition de chaque nouveau jour. Les travaux s’ouvrent et se ferment aux coups de maillet du Vénérable Maître et des surveillants, rythmant les cycles de notre progression.

Notre effort au travail est donc accompagné, le chemin nous est montré. Le compagnon polit sa pierre cubique sous l’Etoile flamboyante, lumière qui nous sert de guide sur le chemin de notre vie terrestre vers l’inaccessible étoile.

Lire aussi notre article : Peut-on arrêter le temps ?

Vivre, c’est mourir pour faire vivre l’Humanité.

Nous vivons pour mourir, mais nous vivons et mourrons aussi pour faire vivre l’Humanité.

En effet, si notre propre vie a une fin, la grande chaîne de la Vie, elle, est potentiellement infinie. Nous transmettons la vie, nous transmettons aussi les fruits de notre Travail et nos connaissances aux générations suivantes.

Le côté triste de la mort doit donc être contrebalancé par la Joie d’avoir œuvré et laissé place à un Monde meilleur. Les tenues funèbres commémorent le souvenir de nos frères disparus ; elles commencent dans l’affliction et la tristesse, mais elles s’achèvent toujours par des mots d’espérance et la batterie.

Au-delà de ça, on ne peut pas passer sous silence la question fondamentale de l’utilité de la mort physique. Imaginons que les progrès scientifiques nous amènent un jour à devenir immortels. Quelles en seraient les conséquences ? Projetons-nous… L’immortalité pourrait poser des problèmes psychologiques insurmontables ; en effet il n’est pas sûr que psychiquement un individu puisse se faire à l’idée de
l’immortalité : l’angoisse d’un enferment « éternel » pourrait conduire à une forme de psychose et sans doute un désir très fort de se suicider.

En outre, quel serait le sens de notre vie si elle ne se finissait jamais ? Quel sens le Travail aurait-il si l’on peut sans cesse remettre au lendemain ce qui pourrait être fait le jour même, sans prendre aucun risque pour son intégrité physique ? De là, quelle serait l’évolution de l’Humanité ? Le mot Progrès aurait-il encore un sens ? Y aurait-il encore des philosophes, des scientifiques, des enseignants, des soignants, des personnes bien intentionnées ? On le pressent, l’Humanité n’aurait plus de sens.

Accepter de mourir, c’est donc être humaniste, aimer les hommes et avoir une éthique. C’est être heureux.

Vivre, c’est mourir à soi-même.

Le précepte attribué à Socrate Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’Univers et les Dieux nous invite à bien connaître notre nature profonde, sans jamais nous mentir. C’est la condition première de notre  perfectionnement intellectuel, spirituel et moral. (Rituel)

V.I.T.R.I.O.L. : Visita interiorem terrae rectificando invenies operae lapidem. “Visite l’intérieur de la Terre, en rectifiant tu découvriras la Pierre Cachée.”

Le destin du franc-maçon est de trouver le chemin de sa propre progression. Nous l’avons vu plus haut, pour progresser, franchir des caps, passer des portes ou accéder à de nouveaux cycles, le franc-maçon doit se recentrer sur lui-même afin de mieux se connaître.

Il doit aussi savoir apprécier le temps Présent tel qu’il est, sans se laisser influencer par son être ou son ego.

Carpe Diem. Littéralement, cette expression signifie Cueille le jour présent et sois le moins confiant possible en l’avenir. Elle est tirée de vers latins du poète Horace.

Pour vivre pleinement l’instant présent dans toute sa fraîcheur et sa nouveauté, il est nécessaire de mourir aux représentations issues de son passé expérimental ou projetées vers un avenir virtuel et irréel qui n’est pas encore ou qui ne sera jamais.

Pour bien vivre, progresser et être heureux, il faut donc mourir aux opinions reçues, mourir aux idées toutes faites et aux conclusions établies, si séduisantes et rassurantes soient-elles.

Vivre, c’est mourir à la toute-puissance de l’emprise de l’ego qui s’est ainsi construit et nourri au fil des années, dans ce mouvement de balancier allant du passé au futur sans pouvoir jamais se poser dans le présent.

En effet le “Moi” semble être une entité fabriquée de toutes pièces : il est la somme des millions d’images et d’expériences engrangées dans la mémoire morte du passé.

La Fraternité, l’Union, le Travail et la capacité à se ressourcer en permanence semblent être les antidotes à nos penchants égoïstes et en même temps les clés de notre progression personnelle, et celles du progrès universel.

Conclusion.

La Franc-maçonnerie semble être l’apprentissage du bien vivre, mais aussi du bien mourir. Au lieu d’avoir peur de la mort, nous devons l’accepter, et elle sera d’autant plus acceptable que notre voyage dans le vaisseau Présent aura été accompli en toute conscience, dans l’effort, la compréhension et le dépassement de soi au service des autres.

Les progrès et les renoncements sont autant de victoires qui doivent nous amener à voir la mort avant tout comme la naissance d’un nouveau cycle. Vivre, c’est mourir…

Voir aussi :

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