Le pélican : signification spirituelle, symbolisme chrétien, alchimique et maçonnique. Qu’est-ce que le mythe du Pélican et comment l’interpréter ?
Le pélican est un oiseau aquatique qui se caractérise par un bec muni d’une grande poche extensible, la « blague ». Cette poche lui permet de conserver de la nourriture, essentiellement du poisson, qu’il est capable de régurgiter pour nourrir ses petits.
Le pélican vit en couple. La femelle choisit l’emplacement du nid : elle y reste pendant que le mâle lui apporte des matériaux et y pond le plus souvent deux œufs.
A partir du Moyen âge, un mythe se développe autour du pélican : le mâle nourrirait ses petits de sa chair et de son sang en cas de famine. Le Physiologus latinus, bestiaire chrétien de la fin de l’Antiquité, largement repris au Moyen âge, décrit en effet le pélican comme capable de « déchirer son côté et de verser son sang sur ses petits pour les ressusciter ».
En réalité, ce mythe est né d’une erreur d’observation : lorsqu’il régurgite les éléments de sa poche pour nourrir sa progéniture, l’animal donne l’illusion qu’il fouille dans sa chair, illusion renforcée par le fait que du sang peut s’écouler de son bec.
Dans certaines légendes, le pélican, attaqué par ses petits devenus trop grands, tue sa progéniture. Au bout du troisième jour, il décide de les ressusciter en leur offrant son propre sang.
Quoi qu’il en soit, à partir du Moyen âge, le mythe du pélican qui offre son sang et sa chair à ses petits est associé au sacrifice du Christ qui donne sa vie pour le rachat des péchés.
A ce titre, Dante appelle le Christ « il nostro Pellicano » (Paradis, XXV, 112). Saint Thomas d’Aquin y fait lui aussi référence : « Pélican plein de bonté, ô Seigneur Jésus, Lavez dans votre sang nos souillures ».
Le symbole du pélican se multiplie alors dans les églises et les cathédrales (Paris, Strasbourg, Metz, Bourges, Toul…) ; il apparaît sur les vitraux, les blasons, les tapisseries, les peintures et les gravures. Dans tous les cas, il symbolise la Charité.

(estampes de maîtres italiens du XVe siècle sous forme de cartes)



peintre et enlumineur florentin anonyme, 1350

Remarque : à partir de la Renaissance, plusieurs imprimeurs adoptent le pélican comme marque, accompagnée de différentes devises chargées de sens :
- Principium ex fide, finis in charitate (« Le début dans la foi, la fin dans la charité » ; librairie Marnef à Paris),
- « En moi la mort, en moi la vie » (même imprimeur),
- Sine sanguinis effusione non fit remissio (« Il n’y a pas de rémission sans effusion de sang » ; imprimeur Josse Destrée, Pays-Bas),
- ou encore Similis factus sum pellicano solitudinis (« Je suis devenu semblable au pélican de la solitude » ; imprimeur Diego de Gumiel, Espagne).
Entrons dans le symbolisme et la signification spirituelle et ésotérique du pélican.
Le pélican : symbolisme et sens profond
Le symbolisme du pélican est lié à celui du cygne, de l’aigle, du phénix ou encore de la colombe (en lien avec le Saint-Esprit et les anges). Il est symbole de bonté, de piété, de charité, d’abnégation et de sacrifice. Il exprime l’amour inconditionnel.
Le pélican est le plus souvent représenté au-dessus de trois oisillons, chiffre qui évoque les trois vertus théologales : Foi, Espérance et Charité.
Le pélican, oiseau martyr
Le pélican présente l’image du martyr. Il est l’animal qui ouvre son coeur (au sens propre comme au figuré), qui donne son sang : il se sacrifie pour une cause plus grande que lui.
Il donne sans rien attendre, mais sa bonté n’est pas toujours reconnue : selon différentes légendes, sa progéniture se retourne contre lui. Il entre alors dans une forme de mélancolie et de solitude.
L’image du Christ et de la Passion
Le pélican ressuscite ses enfants, redonne vie à sa progéniture, de la même manière que le Christ relève les hommes : son sacrifice amène les âmes pécheresses à voir la Vérité par la force de l’exemplarité.
En effet, Jésus n’attend rien, n’exige rien des hommes : il ne demande pas d’offrande, ne réclame pas de vengeance contre ceux qui le trahissent et le persécutent, pas de réparation. Acceptant son sort, il se contente de pardonner et d’aimer. De même, face à ses petits qui le persécutent, le pélican pardonne, rachète et finalement réanime.
Par extension, le pélican est l’emblème de la Passion, idée renforcée par le fait que du sang coule de son côté, ce qui évoque le percement du flanc du Christ sur la Croix :
Quand ils arrivèrent à Jésus, voyant qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau.
Jean 19, 33-34
Le pélican : symbole de l’Eucharistie
Le pélican peut symboliser Jésus s’offrant aux hommes au moment de l’Eucharistie.
Durant la Cène, dernier repas donné en présence des apôtres, Jésus annonce que l’un d’entre eux l’a trahi, ce qui plonge l’assemblée dans un profond trouble. En réponse à cette trahison, Jésus instaure l’Eucharistie : tel le pélican, il s’offre en nourriture.
Prenez, mangez : ceci est mon corps. (…) Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude en rémission des péchés.
Matthieu 26, 26-28
L’Eucharistie constitue donc une réponse au mal, fondée sur le pardon et le don de soi. De même, le pélican se présente symboliquement comme le « rédempteur ».
Le symbolisme du pélican dans la Bible : l’épreuve et la solitude
L’image du pélican était déjà présente dans les psaumes (Ancien Testament, Bible hébraïque), précisément dans le Psaume 101, 7, attribué au roi David.
Bien que certaines traductions évoquent le « corbeau du désert », il s’agit bien en hébreu du pélican, pouvant préfigurer Jésus :
7) Je ressemble au corbeau du désert, je suis pareil à la hulotte des ruines :
8) je veille la nuit, comme un oiseau solitaire sur un toit.
Psaume 101
Ici, le pélican est lié au désert et à la solitude. Précisément, le psaume 101 décrit un moment d’épreuve, de détresse, de tristesse :
La cendre est le pain que je mange, je mêle à ma boisson mes larmes.
Mais au milieu de la souffrance, le Royaume s’annonce ; en effet, le pélican n’abandonne ni la Foi ni l’Espérance.
Le symbolisme du pélican en alchimie
Le pélican occupe une place de choix dans le bestiaire alchimique.
Son symbolisme peut renvoyer à plusieurs idées :
- l’introspection : le pélican cherche dans sa propre chair, il visite sa propre matière, même si cela doit lui causer de la souffrance (cf. l’acronyme VITRIOL : visite l’intérieur de la Terre, et en rectifiant, tu trouveras la Pierre cachée),
- la mort et la renaissance : c’est l’idée qu’il faut mourir symboliquement (c’est-à-dire renoncer à ses attachements, abandonner ses certitudes, se dépouiller matériellement) pour renaître meilleur. C’est le principe même de la transformation spirituelle. Notons que dans l’iconographie alchimique, le pélican et le phénix sont parfois associés dans la mort : l’un par le sang, l’autre par la crémation, en vue d’un renouveau spirituel, d’une régénération,
- la Pierre philosophale : le pélican représente l’aboutissement du processus alchimique, qui se traduit par l’obtention de la Pierre philosophale (ou « Pierre cachée des Sages »), signe d’une sublimation, d’un éveil spirituel complet.
Ainsi, le pélican symbolise la condition de celui qui a osé renoncer à lui-même : ayant abandonné sa propre matière (Oeuvre au noir), il renaît sous une forme pure (Oeuvre au blanc) avant de se réconcilier avec le monde (Oeuvre au rouge).
Notons qu’en alchimie, le pélican est souvent entouré de sept petits au lieu de trois habituellement : sept est le chiffre de la perfection.
Le pélican en franc-maçonnerie : le symbole des Chevaliers Rose-Croix
En franc-maçonnerie, le Chevalier Rose-Croix (18ème degré du R.E.A.A., anciennement « Chevalier de l’Aigle et du Pélican ») connaît le symbolisme et la signification ésotérique du pélican.
Issu de la tradition rosicrucienne et alchimique, représenté sur fond rouge (couleur du grade), le pélican est l’emblème de l’amour poussé jusqu’au sacrifice : amour du prochain, amour de l’humanité tout entière. Il est le « symbole rédempteur du monde et de la parfaite humanité ».
Le pélican appelle le franc-maçon à son devoir : devoir de fidélité, devoir de transmettre, d’assister, de voler au secours de l’autre, quoi qu’il en coûte.
Il le rappelle aussi à ses valeurs : humanisme, altruisme, tolérance et générosité.
Au final, le pélican au sens maçonnique traduit le dévouement spirituel et le sens du sacrifice que s’attache à cultiver le Chevalier Rose-Croix.
Conclusion
Lorsque le pélican, lassé d’un long voyage,
Dans les brouillards du soir retourne à ses roseaux,
Ses petits affamés courent sur le rivage
En le voyant au loin s’abattre sur les eaux.
Déjà, croyant saisir et partager leur proie,
Ils courent à leur père avec des cris de joie
En secouant leurs becs sur leurs goitres hideux.
Lui, gagnant à pas lents une roche élevée,
De son aile pendante abritant sa couvée,
Pêcheur mélancolique, il regarde les cieux.
Le sang coule à longs flots de sa poitrine ouverte ;
En vain il a des mers fouillé la profondeur ;
L’Océan était vide et la plage déserte ;
Pour toute nourriture il apporte son coeur.
Sombre et silencieux, étendu sur la pierre
Partageant à ses fils ses entrailles de père,
Dans son amour sublime il berce sa douleur,
Et, regardant couler sa sanglante mamelle,
Sur son festin de mort il s’affaisse et chancelle,
Ivre de volupté, de tendresse et d’horreur.
Extrait de La nuit de mai, Alfred de Musset
Ce magnifique poème d’Alfred de Musset traduit bien les valeurs du pélican, qui sont des valeurs chevaleresques, car défendues dans un contexte de souffrance et de solitude.
Dans l’épreuve, le pélican trouve encore la force d’aimer, guidé par les trois vertus théologales : Foi, Espérance et Charité. Il pardonne, il défend, il pourvoit, il assiste, il sauve, il aime. Son dévouement, sa discrétion et son humilité en font l’image de la vertu, de la sagesse et de la sainteté.
En offrant sa propre chair à ses enfants, le pélican suggère une double résurrection :
- la résurrection de celui qui se sacrifie pour ses semblables,
- la résurrection de ceux qui reviennent à la vie grâce à celui qui s’est sacrifié pour eux : s’ils comprennent le sens de ce geste, ils entreront dans la Vie véritable.
Réveille-toi, chrétien qui es mort, vois : notre Pélican t’arrose du sang et de l’eau de son cœur. Si tu les absorbais correctement la bouche grande ouverte, instantanément tu serais vivant et bien portant.
Angelus Silesius, Le pèlerin chérubinique
Au final, le pélican, dont le symbolisme est assez proche de celui du Phénix, est l’image du Christ, mais aussi l’image de l’humanité sauvée par la force de l’Amour.

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Dernière modification le 4 mai 2026. Adrien Choeur














