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La vie après la mort : approche philosophique et spirituelle

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La vie après la mort : approche spirituelle, religieuse et philosophique. La vie continue-t-elle après la mort, et si oui sous quelle forme ?

La question de savoir s’il y a une vie après la mort est vieille comme l’humanité.

La mort est la cessation définitive des fonctions vitales : le cerveau ne fonctionne plus, les organes et les cellules ne remplissent plus leur rôle. L’organisme n’est plus capable de maintenir la vie : il n’arrive plus à puiser l’énergie dans son environnement, il ne la transforme plus, il ne s’en nourrit plus.

Mais selon certaines théories ou croyances, quelque chose subsiste consécutivement à la mort physique. Ce peut être :

  • l’individu lui-même, au sens complet, mais dont l’existence aurait été “transférée” vers un autre monde,
  • l’individualité, telle qu’elle est ressentie par l’individu, autrement dit le “moi” ou ego,
  • la conscience,
  • l’âme, ou l’esprit, décrits comme pouvant rejoindre un autre monde (paradis, enfer) ou se réincarner dans un nouvel être humain, animal ou végétal.

L’hypothèse de la subsistance d’une certaine forme de vie ou de conscience après la mort interroge les rapports entre le corps, le cerveau, l’âme et l’esprit.

A ce titre, il convient de préciser ces deux derniers termes :

  • L’âme est le siège de l’activité psychique et des états de conscience de l’individu. Elle porte l’ensemble des états et dispositions intellectuelles, morales, affectives qui forment l’individualité. Elle est liée à la conscience, à l’ego, mais aussi à la raison et à l’intellect. L’âme peut être confondue ou non avec le cerveau.
  • L’esprit peut être défini comme la dimension spirituelle de l’être humain, en contact avec le principe supérieur ou universel.
  • Notons qu’âme et esprit sont parfois confondus.

La vie après la mort pourrait donc être vue comme le maintien des fonctions de l’âme malgré la mort du cerveau. Pour d’autres, il s’agit de la libération de l’esprit, qui pourrait ainsi rejoindre le principe supérieur ou universel.

La question de savoir ce qu’il y a après la mort incite aussi à réfléchir sur le mystère de la vie. A l’heure actuelle, aucune théorie scientifique sérieuse n’est en mesure d’expliquer l’origine, la nature et la signification profonde de la vie. Conséquence directe : toutes les hypothèses peuvent être imaginées au sujet de la vie, de la mort, et de la vie après la mort.

En l’absence de réponse scientifique, le philosophe devra garder l’esprit ouvert et envisager toutes les possibilités. Loin des polémiques et des débats tranchés, il s’intéressera à tous les avis, y compris aux dogmes des religions, sans pour autant s’enfermer dans une quelconque croyance ou certitude.

Tentons de percer le mystère de la vie après la mort.

Lire aussi notre article : Pourquoi faut-il mourir ?

La vie après la mort dans les différentes religions.

La plupart des religions décrivent la mort comme un passage plutôt qu’une fin : la séparation entre le corps et l’âme marquerait le départ de cette dernière pour le monde de l’au-delà. Dans certains cas, la crémation est associée au symbolisme de la montée de l’âme.

Dans les religions anciennes.

Les rites funéraires de passage vers l’au-delà sont centraux dans la plupart des cultures et des civilisations anciennes, par exemple chez les peuples du néolithique, chez les Egyptiens, les Grecs ou les Romains.

Ces rites ont pour objectif de préparer et d’aider le mort dans son parcours vers l’au-delà. Selon les différentes croyances, des épreuves attendent le mort avant qu’il puisse arriver à sa destination finale : traversée des Enfers, lutte contre les serpents ou les démons, traversée du fleuve Styx, etc.

Dans le christianisme.

Les religions monothéistes affirment la survivance de l’âme après la mort.

Dans le christianisme par exemple, l’âme est considérée comme immortelle : la mort physique marque simplement la séparation du corps et de l’âme. Après la mort, l’âme est confrontée à un choix : rejoindre l’amour de Dieu (c’est le salut, l’accès au paradis) ou bien le refuser (c’est l’enfer, la damnation).

Par ailleurs, le christianisme introduit l’idée de la résurrection du corps, ce dernier étant destiné à rejoindre l’âme à la fin des temps.

Dans le Nouveau Testament, la mort et la résurrection du Christ ont une signification particulière : l’immortalité semble acquise à celui qui sait embrasser la haine et vaincre la peur de la mort. Jésus donne l’exemple en se livrant sans résister, de la même manière qu’il offre son corps et son sang aux apôtres lors de la Cène.

Jésus incite donc à se sacrifier, à renoncer à soi-même pour accéder à une autre forme de vie, plus pure. Or ce sacrifice ne passe pas forcément par la mort physique : le don de soi peut être réalisé au quotidien. Ainsi le paradis est “au-dedans de nous”, pour peu que nous voulions bien le voir, le vivre et le pratiquer.

Ainsi, pour celui qui se donne totalement aux autres et à Dieu, il n’y a plus vraiment de différence entre la vie, et la vie après la mort.

Dans le bouddhisme.

Dans le bouddhisme, la mort correspond à l’arrêt de l’activité de l’organisme physique. Or les énergies mentales ne cessent pas avec la fin de l’organisme physique. En effet, la volonté, le désir, l’envie de continuer à exister, le souhait de “devenir” sont autant de forces susceptibles de perdurer au-delà de la mort physique.

Ces forces, objet d’un attachement illusoire, continuent donc à se manifester sous d’autres formes, ce qui crée une ré-existence, c’est-à-dire une renaissance continuelle. Le cycle des renaissances est appelé samsara.

Lire aussi notre article : la mort dans le bouddhisme.

La vie après la mort : la question de la réincarnation.

La réincarnation, ou transmigration des âmes, est l’idée selon laquelle l’âme (la conscience ou l’énergie vitale) quitte le corps au moment de la mort pour venir habiter un autre corps, humain, animal voire végétal.

La théorie de la transmigration s’est notamment développée au cours de l’Antiquité grecque.

D’autre part, la réincarnation occupe une place centrale dans l’hindouisme : elle concerne les êtres qui ne sont pas parvenus à se délivrer du “devenir”. De la même manière que dans le bouddhisme, les actions non rémunérées se concentrent pour renaître, en l’occurrence en s’incarnant dans un nouveau corps : on a là un cycle de renaissances potentiellement infini.

Notons enfin que les Cathares croyaient eux-aussi en la réincarnation.

La vie après la mort en philosophie.

Si la mort est une question centrale en philosophie, la vie après la mort est moins souvent abordée, sans doute parce que trop mystérieuse et intangible.

Pour l’idéaliste Platon, la mort consiste en la séparation de l’âme et du corps. Enfin délivrée de sa prison charnelle, l’âme immortelle peut rejoindre le monde des idées, c’est-à-dire le domaine de la raison et de la sagesse.

Pour Épicure, dans sa lettre à Ménécée, la mort n’est rien, par conséquent elle n’est pas à craindre :

Prends l’habitude de penser que la mort n’est rien pour nous. Car tout bien et tout mal résident dans la sensation : or la mort est privation de toute sensibilité. (…) On prononce donc de vaines paroles quand on soutient que la mort est à craindre, non pas parce qu’elle sera douloureuse étant réalisée, mais parce qu’il est douloureux de l’attendre. Ce serait en effet une crainte vaine et sans objet que celle qui serait produite par l’attente d’une chose qui ne cause aucun trouble par sa présence.

Enfin, pour les matérialistes, il n’y a rien après la mort : la fin du corps matériel entraîne la disparition de la conscience et de la sensation d’exister.

Les expériences de mort imminente.

Dans les années 1960, la question de la vie après la mort revient au premier plan à travers le succès du concept d’expérience de mort imminente (near death experience en anglais).

Le chercheur et docteur américain Raymond Moody est parmi les premiers à avoir systématisé l’analyse des expériences de mort imminente. Il décrit de manière scientifique les sensations éprouvées par ses patients rescapés de la mort : la décorporation, la traversée d’un tunnel, la rencontre avec des “entités spirituelles” ainsi que la perception d’une lumière extraordinaire associée à un sentiment d’amour infini dont la puissance est difficile à décrire.

Une fois parvenu dans ce lieu de paix et de tranquillité, l’individu voit défiler les principaux moments de sa vie. Il comprend alors que l’heure de sa mort n’est pas venue : son âme retourne dans son corps et il finit par reprendre conscience, avec regret.

La lecture et l’analyse de ces témoignages, pour la plupart concordants, sont pour le moins troublantes. L’entrée de l’âme dans un monde d’amour évoque le paradis. Ainsi, l’âme survivrait à la mort, et sa finalité serait son épanouissement dans l’amour.

La vie après la mort à travers le spiritisme.

Esprits, fantômes, entités, créatures éthérées… la survie de l’individualité sous diverses formes fait partie de la culture populaire, et cela depuis bien longtemps.

A partir de la fin du XIXème siècle, le courant spiritiste organise et codifie ces croyances pour en faire une quasi-science qui connaîtra son heure de gloire. Allan Kardec (dont le véritable nom est Hippolyte Léon Denizard Rivail, 1804-1869) est le fondateur français du spiritisme.

Le spiritisme est un mouvement spirituel, culturel et philosophique qui considère que chaque individu a été créé par Dieu pour vivre une série d’expériences à travers des incarnations successives, dans une logique de progression continuelle.

Le Livre des Esprits d’Allan Kardec, ouvrage fondateur du spiritisme, se veut une conversation avec les esprits : entré en contact avec des entités jugées sérieuses et bien intentionnées, le médium pose des questions et obtient des réponses sur Dieu, l’univers et les grandes questions métaphysiques.

Dans la doctrine spiritiste, chaque vie correspond à une incarnation dans un corps et constitue une opportunité pour l’individu de s’améliorer et de gravir l’échelle des catégories spirituelles.

Lorsqu’il est incarné, l’individu perd le souvenir de ses vies antérieures. La mort permet à l’individu de retrouver sa pleine conscience et de faire le point sur lui-même ; il choisit ensuite de s’incarner dans un nouveau corps, afin de tenter de devenir un être meilleur, détaché des illusions de la matière.

A noter que les esprits purs se regroupent en communautés, laissant les esprits imparfaits de côté. Les esprits les plus purs n’ont plus besoin de s’incarner. Leur puissance s’exprime de manière uniquement énergétique et spirituelle.

En franc-maçonnerie.

En franc-maçonnerie, la vie après la mort est abordée de façon symbolique, selon une approche qui fonde la progression initiatique.

L’idée fondamentale est qu’il faut accepter de mourir pour renaître meilleur. Chaque étape du processus initiatique correspond donc à la mort d’une partie de soi-même pour renaître sous une forme épurée. Cette transformation intime, rendue possible par l’effort de connaissance de soi, rappelle les principes de l’alchimie spirituelle.

A noter que les franc-maçons ne s’expriment pas clairement au sujet de la mort physique et du devenir de l’âme, laissant cette question au libre jugement de chacun.

Lire aussi aussi notre article : la mort en franc-maçonnerie.

Conclusion sur la vie après la mort.

Même dans le cas où elle est perçue comme la fin de la conscience et de la personnalité, la mort n’est pas forcément synonyme de néant.

En effet, la décomposition de l’être annonce un retour au Tout : plutôt qu’une disparition, nous pourrions y voir une fusion, une réintégration dans le cosmos tout entier.

Dans cette hypothèse, la vie après la mort correspondrait à la fin de l’individualité (le “moi”, l’ego) pour laisser place à l’être universel, illimité et éternel que nous portons en nous.

La vie après la mort sera donc un retour à l’unité et à l’amour, chose que l’on retrouve dans la plupart des traditions et doctrines évoquées plus haut. Par exemple, la réincarnation véhicule l’idée que nous pouvons potentiellement être tout être vivant : autrement dit, nous sommes les arbres, les animaux et les insectes, nous sommes les autres, donc l’univers tout entier.

Notre rapport à la mort dépend de notre avancement spirituel. L’accès au bonheur dans cette vie-ci passe notamment par notre capacité à “bien mourir”.

Pour votre bibliothèque :

  • Le livre des esprits, d’Allan Kardec. Le best-seller mondial du courant spiritiste.
  • La vie après la vie, de Raymond Moody. La première et la plus célèbre étude scientifique sur les expériences de mort imminente.
  • L’Esprit de l’athéisme, d’André Comte-Sponville. Une remarquable définition de la spiritualité sans dieu.
  • Cosmos, de Michel Onfray. Un ouvrage qui renoue avec l’idéal païen d’une sagesse en harmonie avec le monde et la nature.

Modif. le 6 août 2020

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