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Les cathares : croyances et doctrine

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Les cathares : croyances et doctrine. Qui étaient les cathares ? Pourquoi étaient-ils considérés comme hérétiques par l’Eglise ?

Le catharisme est une « hérésie » qui s’est développée en France mais qui est originaire du Moyen-Orient, et dont la plupart des écrits ne nous est parvenue que par ses propres ennemis, au premier rang desquels l’Eglise catholique.

Les mots « cathares » et « parfaits », utilisés par les auteurs des textes de l’Inquisition, sont aujourd’hui largement contestés. Il serait préférable d’utiliser le terme « bonshommes » ou « bons-chrétiens » comme ils s’appelaient eux-mêmes. On parle aussi des « Albigeois ».

Les cathares ont été victimes au XIIIème siècle d’une grande croisade, véritable génocide organisé par le roi de France et la papauté. Il reste à leur sujet une foule d’idées reçues, contradictoires, mais aussi des recherches qui permettent de cerner certains traits de leurs traditions, de leur doctrine et de leur philosophie.

Tentons de comprendre la tradition, les croyances et la doctrine des cathares ou « bonshommes ».

Aux racines de la doctrine et des croyances cathares.

Une philosophie très ancienne s’était développée à partir du VIIème siècle avant J.-C., autour d’un personnage de l’Antiquité, le prophète perse Zoroastre. Ce dernier pensait qu’il existait dans l’univers deux principes irréductibles, le Bien et le Mal, en lutte permanente l’un contre l’autre.

Les idées de Zoroastre eurent une influence considérable pendant toute l’Antiquité et elles furent, dans leurs grandes lignes, reprises au IIIème siècle après J.-C. par le prophète iranien Mani, fondateur de la doctrine manichéenne. Cette religion cohabita en particulier à Bagdad avec les débuts de l’Islam, du VIIIème au XIème siècle. Par ailleurs, l’alévisme (courant de l’Islam libéral, parfois rattaché au soufisme, et notamment présent en Turquie) rappelle dans une certaine mesure les thèses manichéennes.

A la fin du VIIème siècle, des prêcheurs pauliciens, créateurs d’une secte dualiste en Arménie, considéraient l’univers comme la création d’un dieu ambivalent :

  • le monde matériel procèderait d’un principe mauvais, générant tentation et corruption,
  • le paradis procèderait à l’inverse d’un principe bon, offrant rédemption et élévation spirituelle.

Le corps humain est considéré comme la prison matérielle des âmes, « d’anges » précipités sur terre lors d’une bataille entre les deux démiurges, bon et mauvais. Les âmes errent de corps en corps et de mort en naissance, selon le principe de la métempsycose ou réincarnation.

Le paulicianisme tint longtemps tête à l’Etat byzantin, avant de passer en Europe. Au Xème siècle, en Bulgarie, le paulicianisme donna naissance aux bogomiles (mouvement chrétien hétérodoxe, du nom de son fondateur Bogomil).

Reprenant les thèses manichéennes, les bogomiles s’appuyèrent sur les écrits de Paul par opposition à ceux Pierre. La pensée bogomile se propagea vers l’ouest, à l’inverse des croisades, de l’orient vers l’occident. Elle laissa des traces en Bosnie et en Dalmatie. Elle se sépara ensuite en deux branches :

  • la première vers l’Allemagne et le nord de la France, avant de redescendre par Orléans vers le sud de la France,
  • la deuxième vers l’Italie du nord et l’Occitanie.

On peut suivre cette route à travers les procès en hérésie que l’on retrouve par exemple à Orléans en 1022. On appellera ces mouvements dissidents : cathares, piphles, publicains, tisserands, bougres, patarins, albigeois, etc.

On peut donc parler d’une filiation entre paulicianisme (Arménie, empire byzantin), bogomilisme (Bulgarie) et enfin catharisme.

L’implantation en Occitanie.

Le mouvement connaît un accueil favorable et durable dans le Nord de l’Italie ainsi que dans le midi de la France.

Dans ces régions, les « bons hommes » s’organisent en communautés d’hommes ou de femmes dirigées par des anciens, des diacres et des évêques. On y pratique souvent l’artisanat. Plusieurs communautés constituent une Église ou diocèse cathare, à la tête desquels se trouve un évêque.

Au milieu du XIIème siècle, les Églises cathares du sud de la France sont au nombre de quatre :

  • Albi,
  • Toulouse,
  • Carcassonne,
  • Val d’Aran (Pyrénées catalanes).

Au XIIIème siècle, deux nouvelles églises se constituent : celles d’Agen et du Razès (celle du Val d’Aran n’est plus mentionnée).

Ces églises sont indépendantes. Elles ne reconnaissent pas d’autorité supérieure à l’évêque.

Pour Rome, les cathares sont pires que les infidèles (les juifs et les musulmans) car, tout en se disant chrétiens, ils développent leurs propres dogmes. Le catharisme est pratiquement éradiqué par l’église catholique dans les régions du Nord de l’Europe au milieu du XIIIème siècle. Quelques îlots persistent pour peu de temps encore au début du XIVème siècle dans certaines zones du Midi de la France et de l’Italie.

Le mouvement persévérera dans l’actuelle Bosnie, malgré la répression de la papauté. Ces Slaves passeront finalement à l’Islam, preuve de leur profond rejet de l’Eglise catholique romaine. Leurs lointains descendants continueront leur lutte contre les Croates romains et les Serbes orthodoxes.

Les raisons du développement du catharisme dans le Sud de la France.

Le catharisme se développe en partie sur le rejet de l’ordre établi, marqué par l’oppression et l’injustice. Il prône un retour aux premiers temps du christianisme, où les prêcheurs voyageaient dans la simplicité, à pied, deux par deux, généralement vêtus de sombre, montrant l’exemple en travaillant comme artisans et portant soin aux malades.

La doctrine et les croyances cathares.

Quelles étaient la doctrine et les croyances cathares ?

Le catharisme se fonde sur le message christique, à l’instar des doctrines marcionistes et gnostiques. Pour les cathares, seul le message christique dans sa pureté constitue la vérité.

Par conséquent, le catharisme est basé sur une étude minutieuse du Nouveau Testament, qui relate la vie de Jésus. Il rejette en bloc l’Ancien Testament (équivalent de la Torah), oeuvre de Jéhovah, le Dieu des Juifs, qui était pour eux le Dieu-mauvais.

Les cathares considèrent en effet que le monde physique a été créé par le Dieu-mauvais, le Satan-Lucibel. Ce dernier a donc créé la Terre avant de la peupler, afin de créer une milice destinée à combattre son ennemi, le Dieu-bon, qui a quant à lui créé le monde invisible et éternel ainsi que les créatures qui le peuplent : les anges.

Le Dieu-mauvais séduit une partie des anges, les fait chuter du Ciel et leur donne un corps charnel, sujet à réincarnation. Adam et Eve sont créés par incorporation de l’âme d’un ange déchu dans la matière. Le Dieu-mauvais leur fait commettre le péché de chair afin de les lier pour toujours à la condition humaine.

Or, le Dieu-bon a pitié des anges entraînés par le Dieu-mauvais et enchaînés sur Terre. Il décide de leur envoyer sa parole par un émissaire (Jésus) afin de leur donner le moyen de se sauver.

Le Dieu-bon ne pouvant avoir de contact avec la matière, le corps de Jésus n’est qu’une apparence. Le Dieu-mauvais entreprend de supplicier et de mettre à mort le Christ. L’entreprise est vaine, puisque le corps charnel du Christ n’existe pas et ne peut donc pas mourir.

Le Christ vient donc sur Terre pour révéler aux anges déchus devenus hommes l’existence du Dieu-bon : c’est le moyen pour eux de se libérer de leurs chaînes, et de se rappeler leur nature originelle.

Au final, le catharisme transforme totalement le sens de la mission du Christ. Il nie l’incarnation et la résurrection. Il affirme son mépris pour l’Homme, créé, non à l’image de Dieu, mais par le démon. Il rejette la croix et le signe de croix, qui, en rappelant les souffrances du Christ, le rattachent à la matière impure.

Des divergences au sein même du clergé cathare.

Les cathares ont tenté de percer le mystère de la relation entre le Parfait et l’imparfait, l’Absolu et le relatif, le Bien et le mal, l’Esprit et la matière. Ils estimaient que Dieu ne pouvait être le créateur d’un monde mauvais et corruptible. Le monde de la matière est donc forcément l’oeuvre d’un Dieu-mauvais, qui le créa pour tenter de ravir sa puissance au Dieu-bon.

Mais les cathares n’étaient pas d’accord sur la nature de ce Dieu-mauvais qu’ils appelaient Satan, Lucifer ou Lucibel :

  • les dualistes, qui dominaient en Languedoc, affirmaient la coexistence des deux dieux sans que l’un fût sorti de l’autre (polythéisme),
  • les monarchiens, plus nombreux en Italie, croyaient que le Lucibel n’était qu’un démiurge, autrement dit une émanation du Dieu-bon. Au commencement, le Dieu-bon aurait créé le chaos, dont Satan-Lucibel se serait emparé pour faire le monde que nous connaissons.

Les différentes églises cathares évoluaient donc entre dualisme absolu et mitigé.

Théologie et transmission.

Le catharisme ne s’appuie pas sur une théologie puisqu’il considère que Dieu, inconnaissable et non accessible, est absent de ce monde. La doctrine est le fruit d’un travail de recherche prenant en compte les évangiles traduits par les cathares en occitan.

Ces pratiques étaient très mal perçues par la papauté. Innocent III interdit les traductions de la Bible en langue vulgaire.

Enfin, on notera que les cathares pratiquaient la transmission de l’enseignement religieux aussi bien par les femmes que par les hommes.

Les sacrements et les rites cathares.

Les cathares rejetaient tous les sacrements de l’Église catholique, notamment le baptême et le mariage. Il rejetaient aussi le culte des reliques.

Pour les cathares, le sacrement du consolamentum ou baptême d’imposition des mains est le seul à apporter le salut. Ce sacrement joue un rôle fondamental dans les communautés cathares car il est à la fois sacrement d’ordination (il fait d’un croyant cathare un « parfait »), de pénitence, d’eucharistie et d’extrême-onction (appelé « consolamentum des mourants »).

Le consolamentum est conféré par un membre de la hiérarchie. Il exige de celui qui le reçoit le respect de la Règle (pratique de l’ascèse, abstinence de toute nourriture carnée) ainsi que la pratique de la morale évangélique (interdiction de jurer, de mentir, de tuer).

Les cathares considèrent comme inefficace le baptême par l’eau que les prêtres catholiques confèrent aux nouveaux nés ; en effet, le nouveau né est incapable de comprendre l’engagement qu’est le baptême. Ils contestent aussi le sacrement de l’eucharistie, et à travers celui-ci refusent la transsubstantiation. Ils ne peuvent croire dans la transformation des espèces, c’est-à-dire du pain et du vin devenant le corps et le sang du Christ. A l’inverse, en mémoire de la dernière Cène du Christ avec ses apôtres, les cathares bénissent le pain lors du repas quotidien pris avec leurs fidèles.

Les cathares adoptent le mode de vie, les rites et les sacrements des premières communautés chrétiennes ; leur unique prière est le Notre Père. Ils s’appuient sur les enseignements du Nouveau Testament, et particulièrement de l’évangile de Jean. Pour toutes ces raisons, ils considèrent que la vénération des saints, le culte des reliques et des morts (offrandes et messes pour les défunts), et toutes les pratiques instaurées par l’Eglise romaine tout au long du Moyen-Age sont sans effet.

Ils ne se forgent pas d’idole humaine. De la même manière, ils n’attachent pas d’importance aux églises bâties qui ne sont pas, pour eux, les seuls lieux du culte.

Enfin, pour les cathares, la parole du Christ peut être enseignée partout où se réunissent les fidèles.

Lire aussi notre article : Dualité et dualisme : définitions et différences.

Modif. le 8 novembre 2021

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