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La bataille de Hattin et la perte de la Vraie Croix (1187)

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Qu’est-ce que la bataille de Hattin ? En quoi la bataille de Hattin a-t-elle influencé le destin des reliques de la Croix de Jésus ? 

Le 4 juillet 1187, en Galilée, les croisés subissent une terrible défaite lors de la bataille de Hattin, près du lac de Tibériade (nord de l’actuel Israël). Le roi de Jérusalem, Guy de Lusignan, est fait prisonnier et des centaines de chevaliers sont massacrés. Le sultan Saladin s’empare du fragment de la Vraie Croix que les croisés possédaient depuis 1099, et qu’ils avaient l’habitude de porter au-devant de l’ennemi à chaque bataille.

En réalité, Hattin a été bien plus qu’une bataille. La défaite des Francs s’est transformée en un véritable cataclysme, avec des réactions en chaîne dans tout le monde chrétien : Hattin a provoqué la perte du fragment de la Croix, et a ouvert aux musulmans la route de Jérusalem, qui tombera quelques semaines plus tard.

Voyons les causes, le déroulement et les conséquences de la bataille de Hattin.

La bataille de Hattin : le contexte général.

Les chrétiens étaient présents en Terre sainte depuis la première croisade, lancée en 1096. Les chevaliers européens ont conquis Jérusalem et le centre de l’actuel Israël en 1099, date à laquelle Godefroy de Bouillon devient le premier prince du royaume de Jérusalem.

La prise de Jérusalem par les croisés en 1099 a permis la redécouverte d’un fragment important de la Vraie Croix (la croix de Jésus). Ce fragment, qui correspondait sans doute à la partie droite du patibulum (traverse de la croix), devient le symbole du tout nouveau royaume croisé de Jérusalem. Les croisés avaient pris l’habitude de le porter au-devant de l’ennemi à chaque bataille, comme un bouclier protecteur.

Lire aussi notre article : L’histoire de la Croix de Jésus, et ce qu’elle est devenue.

Les causes de la bataille et les parties prenantes.

La bataille de Hattin a opposé le chef musulman Saladin à l’est, à Guy de Lusignan, à l’ouest. Guy de Lusignan était le roi croisé de Jérusalem ; il a notamment combattu aux côtés de son vassal, le seigneur Renaud de Châtillon.

C’est en réalité Renaud de Châtillon qui a lancé les hostilités, rompant une longue période de trêve. Châtillon était l’un des principaux seigneurs du royaume de Jérusalem, à la tête de l’Outre-Jourdain, un territoire clé pour le passage des caravanes entre l’Égypte et le Moyen-Orient.

Châtillon profitait de cet avantage géographique pour imposer des taxes aux convois musulmans. Malgré la trêve, il a attaqué en 1187 une importante caravane, pourtant protégée par une escorte militaire. Cette caravane transportait des marchandises en Le Caire et Damas.

Devant cette provocation, Saladin a demandé réparation au roi de Jérusalem. Guy de Lusignan a donc ordonné à Châtillon de rendre les biens et de libérer les prisonniers, mais ce dernier a refusé, se permettant de désobéir à son roi.

De fait, cet événement a fourni un excellent prétexte à Saladin pour reprendre les combats. C’est ainsi que Saladin s’est attaqué aux terres de Châtillon en mars 1187, avant d’envahir la Galilée en juin 1187.

La bataille de Hattin : déroulement.

Saladin s’empare d’abord de la ville de Tibériade pour s’assurer l’accès à la précieuse eau du lac. Il assiège la citadelle de la ville, dans laquelle se sont retranchés la femme de Raymond III (vassal de Lusignan) et sa garnison.

Plus à l’ouest, les troupes franques (20 000 hommes dont 1200 cavaliers lourds) se rassemblent près de Saphorie.

Le 3 juillet 1187, l’armée franque reprend l’initiative en se mettant en route pour venir au secours de Tibériade. Le plus gros des troupes de Saladin se dirige à sa rencontre, mais une partie de la cavalerie se détache pour harceler les chrétiens sur leurs flancs et leurs arrières, leur coupant toute possibilité de retraite et de réapprovisionnement.

En réponse, Guy de Lusignan ordonne à ses troupes de quitter la route principale pour se diriger un peu plus au nord vers le village de Hattin. L’objectif est d’accéder à de nouvelles sources d’eau. Sur leur route se dresse le piton des Cornes, qui domine la plaine et le village.

Le 4 juillet 1187, les Francs accèdent au piton au prix de terribles efforts et d’une extrême fatigue. C’est alors qu’ils réalisent que les musulmans les attendent en contrebas, non loin du village, et que l’accès aux sources leur est barré.

Les musulmans allument des feux de broussaille pour incommoder les croisés. Les chevaliers francs décident alors dévaler les pentes pour charger l’ennemi mais les rangs musulmans se referment sur eux, les coupant de l’infanterie.

Au final, quelques chevaliers se replient près de la tente de leur roi, sur le piton, avant de tenter de nouvelles percées vers le bas. Chacune de ces tentatives se solde par un échec, ce qui les oblige chaque fois à produire d’incroyables efforts pour regagner le haut de la colline.

Le 4 juillet 1187 au soir, les troupes de Saladin gravissent le piton et prennent la tente royale. Le roi Guy de Lusignan est fait prisonnier, ainsi qu’un grand nombre de seigneurs et de chevaliers, dont Renaud de Châtillon.

bataille de hattin carte

Saladin face à Lusignan et Châtillon.

On l’a compris, la bataille de Hattin s’est jouée autour de l’accès à l’eau. Les Francs étaient à cours de provisions alors que l’armée de Saladin était bien approvisionnée en eau du lac de Tibériade, acheminée dans des outres à dos de chameau.

Une fois le piton pris par les musulmans, Saladin s’est installé dans la tente de Guy de Lusignan. Le chef musulman a traité le roi croisé avec courtoisie, lui offrant une coupe d’eau. Guy de Lusignan en but, mais se permit de tendre la coupe à Renaud de Châtillon. C’est alors que Saladin fit comprendre à Châtillon que la coupe ne lui était pas destinée.

Saladin se montra cassant vis-à-vis de Châtillon et décida de régler ses comptes avec lui. Il lui proposa de se convertir à l’Islam pour avoir la vie sauve, chose qu’il refusa. Saladin lui infligea alors un coup de sabre, et Châtillon fut achevé par des soldats de Saladin quelques instants après.

Après l’exécution, Saladin fit à Guy de Lusignan une remarque célèbre : Il n’est pas habituel que les rois se tuent les uns les autres, mais cet homme a dépassé les bornes.

Saladin fit ensuite exécuter les templiers qui avaient refusé de se convertir. Il épargna cependant le maître du Temple, Gérard de Ridefort.

Saladin s’empare du fragment de la Vraie Croix.

C’est au cours de la bataille de Hattin que Saladin met la main sur le fragment de la Croix.

Cette croix était censé protéger les combattants ; elle constituait de fait l’attribut le plus puissant du royaume de Jérusalem, même s’il ne s’agissait que d’un morceau, lui-même placé dans une grande croix de bois et d’or (les autres parties de la Croix se trouvaient à Constantinople).

Les conséquences de cette perte se sont révélées terribles pour les Francs. La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre, aussi bien dans le monde chrétien que musulman. Elle aurait même causé la mort du pape Urbain III. L’événement a aussi renforcé la légende du grand Saladin, fondateur de la dynastie des Ayyoubides et désormais chef d’un immense Empire.

Le destin du fragment de la Vraie Croix.

Fixée à l’envers sur une lance, la croix fut portée en procession par les vainqueurs dans les rues de Damas. Par la suite, les Francs la réclamèrent à de nombreuses reprises, en vain. Selon certains sources, elle fut envoyée au calife de Bagdad après la mort de Saladin par son fils al-Afdal : ce fut la dernière fois qu’on entendit parler de la relique.

Remarque : La bataille de Hattin est racontée dans le roman Esther Jones et les 7 secrets de la Croix, qui évoque l’énigme du destin des fragments de la Vraie Croix.

Résumé des causes de la défaite des croisés :

  • Difficulté de Guy de Lusignan à imposer une stratégie claire à ses vassaux,
  • Mésentente et manque de confiance au sein du clan croisé : Raymond III est accusé de faire le jeu de Saladin (de fait, il avait conclu une alliance avec le chef musulman par le passé),
  • Problèmes de ravitaillement en eau,
  • Erreurs tactiques,
  • Sous-effectif face aux armées musulmanes.

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