Le Soi en psychologie analytique, selon Jung : définition. Qu’est-ce que la conscience ? Quelle différence entre le Moi et le Soi ? Comment atteindre le Soi ?
Notre conscience contemporaine n’est qu’un petit enfant qui commence à peine à dire « je ».
Carl Gustav Jung, L’homme à la découverte de son âme
Dans ses différents ouvrages (L’homme à la découverte de son âme, Les racines de la conscience ou encore Aïon), Carl Gustav Jung s’interroge sur le phénomène de la conscience. Il y voit un processus humain remarquable, un champ qui s’élargit sans cesse, même si le domaine de l’inconscient reste abyssal.
Pour Jung, la conscience finit là où commence l’inconscient, domaine du non-ressenti, du non-représenté et du non-exprimé. Pourtant, Jung distingue deux types de consciences :
- le Moi est le support de tous les actes conscients de l’individu ; c’est l’image immédiate que nous avons de nous-mêmes,
- le Soi est la conscience de tous les éléments qui composent notre psychisme, y compris les éléments cachés ou enfouis. Ainsi, le Soi inclut la conscience de l’inconscient, ce qui semble paradoxal.
Par conséquent :
- le Moi serait une forme de conscience dominée par l’inconscient, alors que le Soi serait une forme de conscience aboutie,
- le Moi est figé et limité alors que le Soi est dynamique et illimité,
- le Moi se situe dans l’erreur alors que le Soi tend à la vérité.
Le passage du Moi au Soi est un enjeu central de la psychologie analytique. Sur le plan symbolique, on peut y voir le passage de l’ombre à la lumière.
Tentons une définition du Soi au sens de Jung.
Le Soi au sens de Jung : définition

Définition : Le Soi est l’archétype central de la psyché, représentant la totalité de la personnalité, dans ses composantes à la fois conscientes et inconscientes. Le Soi constitue le principe organisateur et régulateur de l’équilibre psychique, orientant le processus d’individuation et la réalisation de l’unité intérieure.
Dans cette définition, le Soi est d’abord un archétype, c’est-à-dire un modèle universel présent en chacun de nous. En l’occurrence, le Soi est l’archétype de la totalité, une totalité qui rassemble les deux dimensions du conscient et de l’inconscient. Rappelons que pour Jung, tout archétype comporte deux énergies opposées qui ont vocation à se réconcilier.
Jung précise que le Soi se manifeste par des symboles centrés et symétriques, notamment dans les rêves ou les visualisations, par exemple des mandalas. Ce peut encore être des divinités ou des figures de sagesse reflétant l’aspiration à une certaine harmonie intérieure.
Le caractère dynamique du Soi
Nous l’avons dit, le Soi présente un caractère paradoxal : il est la conscience de l’inconscience. Comment peut-on être conscient de ce que l’on ne connaît pas, de ce que l’on ne peut même pas imaginer ?
Dans une approche statique, il est effectivement impossible de connaître le contenu de son inconscient, même si l’on peut déjà accepter sa présence. Mais dans une approche dynamique, on peut voir le Soi comme la conscience qui s’élargit jusqu’à englober de plus en plus d’aspects inconscients, notamment l’Ombre, l’Animus et l’Anima. Le Soi peut alors être défini comme l’extension permanente du domaine de la conscience, ce qui passe par un effort constant de recherche en soi.
Ainsi, le Soi est d’abord une quête nourrie par l’effort. Certes, on ne peut jamais atteindre le Soi, mais l’élan qui sous-tend la quête peut être suffisant pour atteindre l’harmonie et l’équilibre.
Aller vers le Soi
Pour Jung, le Soi est assimilable à un centre (le centre de l’être) dont on s’approche toujours plus. Le chemin du Moi vers le Soi peut être décrit sous la forme d’un mouvement circulaire ou spiralaire comme suit :

Il s’agit de traverser les différentes couches de notre personnalité pour les intégrer et ainsi élargir notre conscience de nous-même. L’atteinte du Soi est aussi l’objectif du processus d’individuation : or le Soi est aussi ce qui rend possible ce processus.
Le caractère « supérieur » du Soi
Le Soi s’inscrit au-dessus du Moi conscient : il exprime une connaissance qui transcende tous les points de vue, tous les paradoxes, et qui dépasse l’individu lui-même.
En ce sens, le Soi a quelque chose supra-humain, voire de divin : on pourrait parler de Totalité-Soi-Dieu. Cette idée vaudra à Jung d’être accusé de mysticisme…
Parallèle avec le Soi hindouiste (atman)
A partir de 1936, Jung a développé un intérêt profond pour les spiritualités orientales, notamment l’hindouisme. Il s’est intéressé aux archétypes présents dans cette tradition à travers les divinités, les supports de pratique spirituelle (les mandalas) et certains concept (par exemple la kundalini).
Il a en outre associé le Soi à l’atman, notion centrale de la philosophie hindoue. L’atman est l’âme individuelle qui, une fois épurée, est en capacité de s’unir à la grande âme universelle (brahman). Il s’agit d’un « je suis » non pas dans un sens égoïste, mais universel, absolu et éternel. L’atman nécessite de dépasser l’ego, qui est par définition partiel, limité et éphémère.
La tradition hindouiste invite à s’approcher de l’atman par la méditation et les différentes voies du yoga.
Le Soi spirituel
L’atman de l’hindouisme et le Soi de Jung ont influencé la notion plus générale de « Soi » présente dans un grand nombre de courants spirituels actuels. Le Soi spirituel est ce que nous sommes vraiment, au-delà de la fausse idée que nous avons de nous-mêmes, due à notre ego.
Mais loin de rejeter l’ego, le Soi parvient au final à le réintégrer, de la même manière que l’Oeuvre au rouge en alchimie consiste à réintégrer les scories (les cendres) de l’Oeuvre au noir.
Ce qui semble dire que la connaissance véritable consiste non pas à rejeter ou renier une partie de soi-même, mais au contraire à reconnaître et accueillir y compris notre « conscience » au sens commun. Au final, le Soi spirituel est un état de conscience fondé sur l’acceptation lucide de toute perception, sans pour autant s’y attacher, et en se souvenant qu’il existe une autre réalité, plus large et plus profonde.
Conclusion
En psychologie analytique, le Soi organisateur dirige le processus de transformation intime, processus jamais achevé. Le Soi est aussi le but ultime de la quête ; or, par définition, on ne peut jamais être certain d’être parvenu à une conscience totale.
En réalité, le Soi est d’abord la conscience qu’une partie de notre réalité intérieure nous échappe : autrement dit, il est la conscience de notre propre ignorance. Alors que le Moi vit dans l’illusion d’une personnalité complète, le Soi est la reconnaissance du chemin qu’il nous reste à parcourir pour accéder à la personnalité totale…
Modif. le 25 janvier 2026






