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L’acacia m’est connu : planche de Maître maçon

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L’acacia m’est connu : quelle interprétation ? Que signifie “l’acacia m’est connu” en franc-maçonnerie en général, et au REAA en particulier ?

Dans les rituels maçonniques du 3ème degré, à la question “seriez-vous Maître ?”, il est répondu : “L’acacia m’est connu.”

Nous allons voir que cette réponse donne une indication sur la nature du cheminement du franc-maçon.

En accédant à la maîtrise, le franc-maçon rencontre donc l’acacia, pièce fondamentale dans la légende d’Hiram. Selon cette légende, plusieurs personnages ont été en contact avec l’acacia :

  • Ce sont, d’abord, les trois mauvais compagnons, qui ont emporté le corps d’Hiram hors de la ville, qui l’ont caché en plantant un acacia à proximité.
  • Ce sont ensuite les autres compagnons, partis à la recherche d’Hiram : ils ont remarqué la branche d’acacia fraîchement plantée, ce qui leur a permis de retrouver le corps d’Hiram. « L’acacia est le signe qui nous a frappés » dit le rituel ; il affirme aussi que « la connaissance repose à l’ombre de l’acacia ». 
  • Enfin, parmi ceux qui ont eu à connaître l’acacia, il y a Hiram lui-même, car son corps a été couvert par la branche d’acacia.

Voyons ce que signifie “l’acacia m’est connu”.

Les trois mauvais compagnons, Hiram et l’acacia.

Le rituel sous-entend que nous sommes potentiellement ces mauvais compagnons, symboles du fanatisme, de l’ignorance et de l’ambition, victimes de notre impatience. En ce sens, l’acacia nous est connu. Car ces défauts sont en nous, comme en tout homme.

En effet, dans le rituel, le récipiendaire est tout d’abord suspecté d’être l’un des assassins d’Hiram, le frère Expert est chargé d’examiner ses mains et son tablier, puis lui fait effectuer les pas au-dessus du corps d’Hiram pour tester son innocence. La signification est claire : nous sommes “mis en examen”.

N’est-ce pas là un appel à la modestie ? L’humilité devrait gouverner le franc-maçon à chaque instant : il faut être réaliste sur notre condition d’Homme et les travers qui l’accompagnent.

L’histoire de notre Occident et notre héritage culturel sont marqués par le fanatisme religieux, l’ethnocentrisme ayant conduit à l’esclavage et à la colonisation, l’ignorance qui l’accompagne, et le goût de la domination lucrative. Tel est notre héritage direct, tel est le monde dans lequel nous évoluons, nous ne devons pas l’oublier.

Dans le rituel d’exaltation, le Très Vénérable Maître fait le récit des circonstances du meurtre d’Hiram, et ce faisant, le récipiendaire est progressivement invité à prendre la place d’Hiram pour revivre la scène de l’intérieur. Car c’est bien en revivant la scène, en se mettant à la place d’Hiram, en subissant les mêmes épreuves, la même chute, en éprouvant la même peur, la même injustice, que le récipiendaire pourra ensuite se relever et réellement devenir Maître, et que le Très Vénérable Maître pourra déclarer : « Notre Maître a revu le jour : il renaît dans la personne de notre TCF récipiendaire ».

Il aura donc fallu au récipiendaire intérioriser le drame et la souffrance d’Hiram pour s’élever à la maîtrise. C’est de cette manière et de cette manière seulement qu’une première énigme du grade de Maître peut être révélée : être Maître consiste, semble-t-il, à suivre l’exemple d’Hiram : travailler, persévérer, résister, vaincre sa peur et son égo, donner sa vie.

Le rituel semble nous dire qu’on ne peut bien transmettre la connaissance qu’en éprouvant intimement les choses, en testant par soi-même, en se mettant à la place des autres.

Vivre le drame à la place d’Hiram, c’est nous rendre compte de la portée des actes des trois mauvais compagnons et réaliser l’horreur et la violence que nous portons en nous.

Au final, ce récit initiatique nous ouvre le spectre du dedans et du dehors, nous fait prendre conscience de l’interface entre soi et les autres ; nous pouvons parler d’un premier point de correspondance atteint, avant d’en atteindre un autre.

L’acacia, clé de la transmission.

L’acacia dans la légende d’Hiram est la clé de la transmission des secrets : sans lui, les Compagnons partis à la recherche du cadavre n’auraient pas pu retrouver le corps de leur Maître. Et s’ils n’avaient pas retrouvé ce corps, ils n’auraient pas pu en faire le deuil ni connaître toutes les circonstances du drame. Ils n’auraient pas pu prendre exemple sur lui, ils n’auraient donc jamais pu marcher dans son sillon pour s’élever.

TVM : « Ou estimez-vous pouvoir retrouver les secrets véritables de Maître maçon ? »
1er Surveillant : « Au centre du cercle »
TVM : « Pourquoi au centre du cercle ? »
1er Surveillant : « Parce que, ainsi placé, le Maître maçon ne peut pas s’égarer »

A la lecture de ce passage, le centre du cercle n’est-il pas l’acacia ?

Au cours de la quête horizontale et terrestre, l’atteinte de l’acacia représente l’arrivée à un point de passage pour un nouveau niveau de conscience, et annonce une progression sur un autre axe, vertical celui-ci.

L’acacia peut rappeler l’échelle de Jacob du Livre de la Génèse.

Il rappelle le chemin de croix de Jésus, accompli coiffé d’une couronne d’acacia.

L’acacia porte en lui la vie, vue comme une marche permanente, une progression active. L’arbre continue à grandir tant qu’il est vivant.

Plus précisément, trois éléments ont permis aux Frères de retrouver le cadavre d’Hiram :

  • La terre fraîchement retournée,
  • L’acacia fraîchement planté,
  • L’équerre et le compas placés à proximité.

L’arbre est la clé de la transmission : il plonge ses racines dans ce qui est mort pour faire jaillir hors de terre une vie nouvelle. La terre retournée est une condition pour que l’acacia prenne racine dans une terre fertile et puisse vivre.

Mais l’acacia n’est pas n’importe quel arbre : c’est un épineux. Car la transmission se fait non sans douleur : elle n’est efficace que si elle est vécue dans sa propre chair.

Lire aussi notre article sur l’arbre de vie, et sur l’arbre de la connaissance du bien et du mal.

L’acacia m’est connu : vers la réconciliation.

La terre, foyer de l’obscurité et symbole de l’ignorance, a été retournée par les trois mauvais compagnons, et c’est cela qui a permis aux Frères de retrouver le corps d’Hiram. Le crime odieux des trois compagnons s’est donc transformé en condition du dévoilement du chemin de la connaissance par les autres Frères.  La connaissance ne peut exister sans l’ignorance, comme la lumière ne peut exister sans l’obscurité, le blanc sans le noir.

Hiram s’est sacrifié en toute connaissance de cause. Les trois mauvais compagnons se sont eux-aussi sacrifiés, à la différence près qu’ils se sont sacrifiés aveuglément et sans que leur conscience soit libre. Ils ont toutefois rendu possible l’accès de leurs Frères à un nouveau niveau de conscience et de connaissance. En ce sens, peut-être seront-ils pardonnés.

Les mauvais Compagnons ont dû se piquer et se blesser en coupant la branche d’acacia et en la plantant dans la terre. Leur sang n’a pas coulé pour rien.

De la même manière, en dénonçant et en livrant Jésus, Judas a rendu possible la crucifixion et la résurrection du Christ. Selon certaines versions historiques, Jésus aurait même demandé à Judas qu’il le livre afin que son destin puisse s’accomplir.

Ainsi le fanatisme, l’ambition et l’ignorance peuvent-ils fonder la connaissance, par une sorte de réaction dramatique et douloureuse… porteuse d’espoir.

En conclusion, : ne pas s’éloigner de l’acacia.

Guidé par l’étoile flamboyante, le franc-maçon peut percevoir l’acacia à l’horizon et marcher vers lui : voilà la direction à suivre. Il nous faut sans cesse revenir à cet acacia, auprès duquel nous trouverons l’équerre et le compas, outils indispensables à l’approche de la connaissance, et la trace exemplaire d’Hiram.

Toucher l’acacia, c’est d’abord mieux se connaître et mieux accepter la part de l’Autre. Sur un autre axe, c’est toucher du doigt ce point de passage entre le haut et le bas, le terrestre et le céleste, quitte à nous piquer au contact des épines. Le sang qui coulera et reviendra à la terre nourrira toujours plus l’acacia, tout en nous rappelant à l’humilité nécessaire pour accéder à la connaissance des choses et de nous-même.

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