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Vaincre ses passions, soumettre sa volonté : planche au 1er degré

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Vaincre ses passions, soumettre sa volonté : interprétation de cette phrase du 1er degré R.E.A.A. Comment soumettre ses passions ? Comment triompher de ses défauts ?

L’expression « vaincre ses passions, soumettre sa volonté » est présente dans le rituel maçonnique du 1er degré, le cas échéant à l’attention des visiteurs :

D – Que venez-vous faire ici ?
R – Vaincre mes passions, soumettre ma volonté et faire de nouveaux progrès en Franc-maçonnerie.

Rituel d’ouverture des travaux, 1er degré R.E.A.A.

Bien d’autres passages du rituel invitent à dominer ses passions, notamment celui-ci : « Sachez Monsieur que c’est pour mettre un frein salutaire à nos passions, pour nous élever au-dessus des intérêts mesquins qui tourmentent les profanes, que nous nous assemblons dans nos Loges » (Rituel d’initiation au 1er degré R.E.A.A.).

« Passion » vient du latin patior qui signifie : souffrir, éprouver, endurer, c’est-à-dire un ensemble d’états dans lesquels l’individu est passif. C’est encore une idée confuse qui a pour conséquence la servitude de celui qui la subit, donc la souffrance. Dans tous les cas, nos passions nous dominent, nous rendent aveugles et nous poussent à des comportements que la logique et la morale réprouvent.

En tant qu’état affectif intense et irraisonné, la passion est synonyme d’illusion ; c’est également un mouvement affectif très vif qui peut nous amener à prendre parti pour ou contre quelque chose ou quelqu’un : la passion est violence voire fanatisme.

La philosophie oppose la passion à la force de la volonté. Précisément, la volonté est la faculté de déterminer librement ses actes en fonction de motifs rationnels. C’est également la disposition de caractère qui porte à prendre des décisions avec fermeté et à les conduire à leur terme sans faiblesse, en surmontant les pièges et les obstacles.

Voici une interprétation de la formule « vaincre ses passions, soumettre sa volonté ».

Voir aussi cette liste de planches au 1er degré

Le franc-maçon a pour mission de lutter contre ses passions, c’est-à-dire contre toute forme d’erreur et d’excès : peur, colère, haine, rejet, intolérance, déni, attachement, désir, convoitise, cupidité, envie, repli, égoïsme, etc. Il recherche la maîtrise de lui-même, une maîtrise fondée sur la connaissance de soi.

A ce titre, la taille de la pierre brute représente l’extraction des passions sous les coups de la volonté (le maillet), avec précision (le ciseau) et discernement (la main guidée par l’esprit).

L’ouvrier utilise la règle comme un guide qui le rattache à la loi morale. Il se sert aussi de l’équerre, qui représente la raison, cette faculté que nous possédons naturellement et que nous devons mettre à profit.

Plus précisément, la formule « vaincre ses passions, soumettre sa volonté » renvoie à deux choses :

  • vaincre ses passions, c’est les détruire. Il faut donc se départir de toute forme de peur, de colère, de violence ou de convoitise. Il faut mourir à cette manière d’être, renoncer à nos attachements, abandonner nos illusions, nous dépouiller de tout ce qui nous isole et nous maintient dans l’erreur. Mais pour vaincre ses passions, encore faut-il les connaître : la voie du discernement est loin d’être évidente…
  • soumettre sa volonté, c’est réorienter son instinct vital vers autre chose que la satisfaction des désirs matériels. Nous devons rechercher les nourritures spirituelles plutôt que terrestres : désormais, notre satisfaction doit passer par là.

En effet, la volonté reste le moteur de notre vie maçonnique : nous avons besoin de trouver une certaine forme de bonheur à la tâche. A présent, c’est le fait de nous tourner vers les autres et de cultiver la calme intérieur qui nous met en joie.

Ainsi, « vaincre ses passions et soumettre sa volonté » pourrait représenter la victoire de l’homme vrai sur l’animal sauvage, non pas par la force ou la violence exercée envers soi-même mais bien par la maîtrise de soi et par la Connaissance, long chemin de désillusionnement.

Au début de la cérémonie d’initiation, nous étions symboliquement plongés dans les ténèbres et nous désirions recevoir la Lumière. Le bandeau qui couvrait nos yeux était le symbole de l’aveuglement par lequel l’homme, dominé par ses passions, est plongé dans l’ignorance.

Toujours aveugles, nous avons accompli différents voyages dont le but était de faire taire le bruit des passions et ainsi nous mettre en état de recevoir l’illumination spirituelle.

Pour rencontrer la Lumière, il aura fallu faire preuve de courage, de vigilance et surtout s’abandonner à la bienveillance de nos Frères, tout en se nourrissant de leur exemple, eux qui ont ouvert la voie en essayant jour après jour de cultiver la Passion du coeur. Sans eux, rien n’aurait été possible. On le voit : la Vérité passe par l’Autre, par la confiance en l’Autre.

Contrairement aux passions profanes, la passion maçonnique pourrait être définie comme le goût de la recherche de la Vérité, une quête qui ne peut se passer de l’Autre. C’est donc une spiritualité exercée en fraternité, une spiritualité humaniste.

Par ailleurs, la passion maçonnique tient du dépouillement, du dépassement de soi, c’est-à-dire du sacrifice, ce qui renvoie à la définition de la « Passion » au sens christique, Jésus ayant accepté de souffrir pour se donner aux autres, aux hommes. Ici, la Passion signifie Amour véritable.

La passion maçonnique touche aussi à la persévérance, à l’effort constant sur le chemin du milieu, sur la voie étroite, entre matière et esprit, entre vie physique et expérience spirituelle. C’est la quête impossible de l’équilibre de la pensée, synonyme de droiture, de sagesse et d’exemplarité. C’est encore le désir constant d’accomplir de nouveaux progrès, sans tomber dans le piège de l’ambition.

Il existerait donc une passion sans excès, une quête sans attachement, un chemin qui avance en reculant, une victoire par le renoncement, une liberté par soumission à son devoir. La Passion vraie naît de la soumission des passions profanes.

Il nous revient de trouver le moyen de canaliser notre énergie vitale pour la mettre au service de la Vérité, de l’Autre, et du Progrès.

Ce chemin difficile se fonde sur une saine curiosité, sur la soif de découvrir, sur l’envie de connaître. Etre franc-maçon, c’est éprouver du plaisir à être exigeant envers soi-même !

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Modif. le 3 janvier 2026

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