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Le testament philosophique : planche maçonnique

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Le testament philosophique : planche maçonnique. Qu’est-ce que le testament philosophique ? Que symbolise-t-il ? Que contient-il ?

La rédaction du testament philosophique est un moment fondateur de l’initiation maçonnique.

Fraichement arrivé, le candidat se voit dépouillé de ses métaux et introduit dans le cabinet de réflexion ; là, le frère Expert s’adresse à lui en ces termes :

Maintenant, Monsieur, vous allez être abandonné à vous-même, dans la solitude, le silence et avec cette faible lumière. Les objets et les images qui s’offrent à votre regard ont un sens symbolique et vous inciteront à la méditation.
Vous allez rédiger votre Testament, en donnant vos réponses écrites aux questions qui sont posées sur la feuille que voici et en formulant à leur suite vos dernières volontés.

Rituel d’initiation au Premier degré – REAA

Au Rite Écossais Ancien et Accepté, la feuille comporte quatre questions, à savoir :

  • Quel est votre but en entrant en franc-maçonnerie ?
  • Quels sont les devoirs de l’homme envers l’Humanité et la Patrie ?
  • Quels sont les devoirs de l’homme envers lui-même ?
  • Si vous étiez à l’heure de la mort, quel serait votre testament philosophique ?

La feuille comporte une illustration sous la forme d’une bannière ornée d’une tête de mort et de larmes, complétée des deux mots « fermeté » et « courage ». Une consigne précise : « le récipiendaire répondra en termes clairs et concis aux questions posées, en ne laissant aucun doute sur ses pensées et ses intentions, il signera comme s’il était à l’heure de la mort. »

Une fois le testament rédigé, l’Expert le relève et l’introduit en loge à la pointe de son épée afin qu’il soit lu à haute voix par le Vénérable Maître, et éventuellement commenté par les Frères.

A la toute fin de la cérémonie d’initiation, le Vénérable Maître brûlera le testament après avoir prononcé ces mots :

Mon Frère, vous êtes appelé désormais à une vie nouvelle et vos idées évolueront forcément, au fur et à mesure que vous réaliserez le perfectionnement de vous-même et que vous avancerez dans la Connaissance.
Il convient donc que vos impressions d’autrefois, destinées à être dépassées, soient oubliées. En détruisant le témoignage de votre passé, nous manifesterons la confiance que nous éprouvons en votre avenir !
Je livre donc aux flammes purificatrices votre Testament dans lequel vous avez consigné vos dernières pensées de Profane.

Enfin, le Frère Expert recueille les cendres du testament et les met dans une enveloppe qu’il tend au nouveau Frère.

Et le Vénérable Maître de conclure :

Mon Frère, conservez précieusement ces cendres, en souvenir de ce jour où vous vous êtes voué à la recherche de la Vérité et lié aux Enfants de la Veuve. Puissiez-vous en être heureux votre vie durant !

Mes Frères, souvenons-nous de ce moment où nous nous sommes retrouvés face à la feuille blanche, et de l’instant sidérant où l’on nous a rendu les cendres de cette même feuille. Nous étions dans l’incapacité de comprendre ce qui se jouait. Tentons d’y voir un peu plus clair.

Entrons dans la signification du testament philosophique en franc-maçonnerie.

Le testament philosophique en franc-maçonnerie : interprétation.

Rédiger ses dernières volontés : voilà ce qui est demandé au récipiendaire, comme s’il était sur le point de mourir.

La mort, parlons-en, elle est partout présente dans le cabinet de réflexion : il y a là un crâne, un sablier (symbole du temps qui passe) et l’endroit lui-même évoque l’obscurité et le silence d’un tombeau.

Nous allons donc mourir, et il ne nous reste plus qu’à expurger nos dernières pensées, nos dernières volontés profanes. Le testament a quelque chose d’impur : pour preuve, il est introduit en loge à la pointe de l’épée de l’Expert, cette épée prête à défendre notre Ordre contre toute tentative de profanation.

Plus tard, ce contenu impur sera livré aux « flammes purificatrices », comme pour montrer que notre ancien moi doit laisser place à une nouvelle manière d’être.

Plus qu’une page tournée, c’est donc une page brûlée : la matière disparaît, ou du moins change d’état, passe du solide au gazeux sous l’effet de la flamme-Lumière.

La transformation est enclenchée. La mort de l’ancien « moi » annonce une renaissance. Mais pour renaître, il faut savoir abandonner, renoncer. Précisément, les cendres du testament philosophique représentent ce que nous avons abandonné ; elles formeront le terreau de notre nouvelle vie.

Ces cendres rappellent l’Oeuvre au noir alchimique, étape de la séparation. Elles peuvent symboliser tout ce qui est physique, matériel, tout ce à quoi l’on avait l’habitude de s’attacher : volontés, pensées, désirs, attentes, croyances, craintes. C’est donc en nous libérant de nos « dernières volontés » que nous pourrons nous transformer, et progresser.

La rédaction du testament philosophique.

La rédaction du testament est un moment marquant, dont on se souvient toute sa vie.

C’est un moment de réflexion ; à ce titre, le testament agit comme un miroir, objet qui se trouve aussi dans le cabinet de réflexion. Le candidat est plus que jamais face à lui-même.

En réalité, le rituel parle plutôt de méditation. La méditation consiste non pas à réfléchir, mais à observer ses pensées. Il s’agit de s’en détacher, de ne plus s’y associer. Il n’est plus question de construire un raisonnement, mais d’ouvrir sa conscience sur quelque chose de plus large. Ce recul, ce lâcher-prise, annoncent déjà notre entrée dans le monde d’après.

J’ai dit tout à l’heure que nos dernières volontés, couchées sur le papier, représentaient nos anciens attachements matériels, impurs. Pourtant, il se pourrait que notre manière de répondre aux questions soit déjà le signe d’un progrès, dans le sens d’un détachement et d’une libération.

« Si vous étiez à l’heure de la mort, quel serait votre testament philosophique ? » Cette question nous invite à formuler une réponse qui dépasse notre individualité : à l’heure de la mort, nos désirs personnels n’ont plus aucune importance, nous n’avons plus d’attentes pour nous-même. Nos vœux ne pourront être que désintéressés, ils s’adresseront à l’humanité toute entière. Nos espoirs égoïstes laisseront place à l’espérance.

Ainsi, le testament agit comme un révélateur de la partie la plus universelle, altruiste et charitable de notre être : voilà la Lumière qui était au fond de nous, dissimulée par notre attachement à la matière. Cette Lumière commence à se manifester et à éclairer l’intérieur du tombeau, comme la lueur de la bougie éclaire le cabinet de réflexion. La graine commence à germer sous la terre ; elle émergera bientôt pour rejoindre la grande Lumière.

En conclusion.

Le testament philosophique est autant un symbole qu’un acte concret. Le rédiger, c’est se placer face à soi-même, c’est faire l’effort de se connaître, c’est déjà deviner les contours de la pierre cachée, c’est donner une chance à notre Lumière intérieure de percer.

Au moment de rédiger notre testament, nous sommes dans un entre-deux : pas encore initié, mais déjà mort à notre être profane. Le testament philosophique fait le lien entre l’avant et l’après, il est autant un dernier acte qu’un acte fondateur, il constitue un pont entre ce que nous étions et ce que nous serons.

Peut-être devrions-nous chaque jour rédiger un nouveau testament philosophique puis le brûler, pour mieux nous connaître, pour mourir encore une fois à nos illusions, pour progresser.

De même, nous devrions agir chaque jour comme si nous nous apprêtions à mourir : c’est ainsi que nous pourrons laisser parler ce qu’il y a en nous de plus grand.

Voir aussi notre liste de planches au Premier degré.

Modif. le 24 mars 2022

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