Pythagore et la franc-maçonnerie : quelle relation, quels points communs ? Qui était Pythagore et en quoi a-t-il influencé la franc-maçonnerie ?
La franc-maçonnerie se veut l’héritière des grandes traditions de sagesse ancienne, parmi lesquelles le pythagorisme. Elle intègre ces traditions dans son origine légendaire.
Les Constitutions d’Anderson, texte de référence de la franc-maçonnerie (1721), citent Pythagore comme le « fondement de toute Maçonnerie, sacrée, civile et militaire ». Ce même texte fait de Pythagore l’héritier de traditions plus anciennes :
PYTHAGORE voyagea en Egypte l’année de la mort de Thalès ; il y vécut 22 Ans parmi les Prêtres et devint expert en Géométrie et dans toute la Science Egyptienne, jusqu’à ce qu’il fût capturé par Cambyses Roi de Perse, et envoyé à Babylone. Anno Mundi 3479. 525 avant J.-C.
Là, il eut beaucoup de relations avec les Mages Chaldéens et les savants JUIFS Babyloniens, auxquels il emprunta le grand savoir qui le rendit très célèbre en Grèce et en Italie, où, plus tard, il prospéra et mourut. Anno Mundi 3498. 506 avant J.-C. Alors, Mordecai était Premier Ministre d’Etat du Roi Anashuerus de Perse, dix Ans après que le Temple de ZERUBBABEL fut achevé.
En franc-maçonnerie au second degré, Pythagore figure parmi les Grands Initiés qui ont consacré leur vie à la morale et à la sagesse.
Pythagore inspirera beaucoup d’autres grands penseurs. Avec quelques autres, notamment Thalès, il invente la philosophie et la géométrie. On lui prête les Vers dorés, un texte que chaque homme devrait connaître et surtout mettre en application.
Nombre de nos pratiques et symboles nous viennent de lui : le delta lumineux, la règle du silence, la science des nombres, l’importance des secrets et des serments, les agapes, ou encore le vocable « vénérable ». Nous y reviendrons.
Parler de Pythagore et de son œuvre n’est pas une mince affaire car, si sa pensée est toujours vivante, sa doctrine a évolué au fil du temps.
Tentons d’aborder les liens entre Pythagore et la franc-maçonnerie.
Voir aussi cette liste de planches au grade de Compagnon
Qui était Pythagore ?
Décrite par les biographes de l’époque, la vie de Pythagore s’inscrit en Histoire et légende.
Pythagore semble être né en 586 av. J.-C. Son père, Mnesarch, riche commerçant de l’île de Samos, lui donne une excellente éducation. Il lui offre les meilleurs précepteurs et lui présente les plus grands savants de son temps.
Jeune, il reçoit un enseignement initiatique, en Grèce comme en Crète. Il passe aussi vingt-deux ans en Égypte, dans le secret des Temples, où il s’adonne entre autres à l’astronomie, à la géométrie et se fait initier aux mystères des dieux, des artisans et des architectes. Après ces pérégrinations, il fonde un ordre initiatique, une confrérie savante et mystique visant à transmettre ce qu’il a déjà appris et compris.
Pythagore délivre ses enseignements en public. Cependant, il en réserve les approfondissements à un public plus restreint.
Précisions sur les connaissances de Pythagore
Sous la direction de ses différents maîtres, Pythagore acquiert des connaissances supérieures. Mais cela ne lui suffit pas. En Égypte, il étudie la philosophie, la religion, les lois, l’astronomie et l’astrologie, ainsi que la médecine et d’autres branches du savoir humain.
Il passe ensuite en Arabie. En Chaldée, les prêtres l’initient aux secrets de la Nature. Aux Indes, il écoute attentivement la parole des brahmanes et apprend l’art d’entretenir de bonnes relations avec les dieux. En Perse, les mages lui enseignent la religion. Enfin, en Palestine, il étudie auprès des prêtres juifs.
Agé de quarante ans, il quitte l’Egypte et rejoint la Crète pour connaître les fameuses institutions et lois de cette île. Finalement, il retourne à sa patrie, l’île de Samos. Il y reste peu longtemps, fuyant le roi tyrannique Polycrate. Il cherche alors un nouveau pays où pourraient s’épanouir ses idées : il choisit Crotone, ville d’Italie du sud sous influence grecque.
Pythagore et l’initiation
L’initiation est le passage d’un état à l’autre. On peut y voir la marque des différentes périodes de la vie : le passage de l’enfance à l’adolescence, puis à l’âge adulte (le midi de la vie) et enfin la vieillesse qui précède l’ultime initiation vers l’inconnu. L’initiation est une ouverture progressive de la conscience, un éveil à la Lumière.
Pour les Pythagoriciens comme pour nous, l’initiation implique une certaine structuration hiérarchique. Pour les adeptes, le pouvoir spirituel vient toujours d’en haut : il est transmis par le maître médiateur qui se situe entre Terre et Ciel.
Pour Pythagore, le but de l’initiation n’est pas l’enrichissement matériel ni intellectuel, mais l’élévation spirituelle, en même temps que le désir de plus d’humanité, de fraternité et d’amour entre les hommes.
On rapporte que Pythagore lui-même aurait connu six initiations :
- Première initiation : à 18 ans, en 551 av. JC, il quitte Samos, va s’instruire à Lesbos auprès d’un sage, le premier à avoir dit que « les âmes des hommes sont éternelles », le premier aussi à enseigner que l’homme a deux âmes, l’une d’origine terrestre, l’autre d’origine divine.
- Deuxième initiation, en Syrie ou Phénicie, il aurait rencontré des disciples de l’ancien prophète et naturaliste Môchos de Sidon, physiologue.
- Troisième initiation. Les historiens de l’Antiquité rapportent que Pythagore se rend en Égypte vers 547 av. JC, à Memphis et Diospolis. Il est reçu par les prêtres sous le règne d’Amasis, pharaon de 568 à 526 av. JC. Il apprend la langue à Memphis dans un centre d’interprétariat. Il étudie et est initié aux Mystères égyptiens.
- Quatrième initiation. Certaines traditions prétendent qu’il est expulsé comme esclave ou prisonnier d’Égypte vers Babylone, par Cambyse II, roi de Perse venu conquérir l’Égypte en 525 av. JC. Il se serait ensuite rendu chez les Chaldéens et les Mages. Cet épisode est beaucoup moins attesté que le voyage en Égypte, et les dates posent problème.
- Cinquième initiation : Pythagore se rend en Crète, haut lieu ésotérique, sous la conduite, dit-on, du philosophe Épiménide de Crète et des initiés du magicien Dactyle.
- Sixième initiation : il rencontre Thémistocléa, la prêtresse de Delphes.
Pythagore meurt à Métaponte en -497. Cicéron témoigne : « Je suis allé avec toi à Métaponte. Je n’ai pas accepté de me rendre chez notre hôte avant d’avoir vu le lieu où Pythagore est mort et où il avait son siège. »
L’organisation de l’enseignement de Pythagore
Dans les premiers temps, Pythagore s’adresse aux enfants dans des gymnases, puis aux adolescents. Plus tard, il interpelle le peuple sur les places publiques et dans des temples. Peu à peu, il distingue parmi ses auditeurs les plus capables, les meilleurs sur le plan de l’esprit, de l’âme et du corps pour fonder la fraternité pythagoricienne.
Son initiative s’étend bientôt à la plupart des villes de basse Italie. Partout, les Pythagoriciens se distinguent par leur sagesse et leur discernement.
L’organisation de l’ordre pythagoricien est assez semblable à ce que nous connaissons en Loge :
- L’admission est précédée d’un examen des plus rigoureux. Pythagore examine d’abord l’apparence physique puis questionne le postulant. Ce tête-à-tête achevé, le dialogue ne reprend pas avant 3 ans, durant lesquels le postulant doit faire montre de sa bonne volonté et d’une conduite irréprochable.
- Suit un noviciat de 5 ans où le postulant est élevé au titre d’acousmaticien. Soumis à l’épreuve du silence, l’acousmaticien écoute simplement. L’instruction se fait sans jamais voir le Maître, lequel prend place derrière un rideau. Le novice apprend la maîtrise et la connaissance de soi, le fameux rideau faisant office de miroir, ce qui permet ainsi de développer la présence de « l’autre en soi ». Une pratique censée ouvrir un espace de conscience intime.
- Le grade supérieur implique un passage au-delà du voile. L’acousmaticien devient « mathématicien » ; il pratique la science secrète des nombres et de la géométrie sacrée. Il est aussi invité à s’instruire dans les autres disciplines d’honneur : musicologie, gnomonique (art de concevoir, calculer et tracer des cadrans solaires), astronomie, géographie, anatomie et médecine.
Les textes pythagoriciens étaient gardés secrets. Rédigés dans un langage à double sens, ils jouaient sur deux niveaux d’interprétation, l’un compréhensible par tous, l’autre réservé aux seuls initiés.
L’enseignement de Pythagore est fondé sur le respect des rites et de la tradition, et sur les grands principes de moralité. Il inspirera largement la franc-maçonnerie.
La suite de Pythagore
Après la mort de Pythagore et durant les siècles qui suivent, une lutte d’influence traverse les classes dirigeantes. Divers courants philosophiques et politiques s’opposent, les uns favorables à Pythagore, les autres s’opposant à son héritage.
Les Pythagoriciens étaient omniprésents et le peuple commence à y voir une influence néfaste. L’Etat et la société seraient-ils en danger à cause des Pythagoriciens ? Ces derniers se voient menacés et pourchassés.
Mais plus tard, lorsque l’État se trouve en grande difficulté, les Pythagoriciens seront de nouveau accueillis à bras ouverts…
Pythagore et les nombres
Pour les Pythagoriciens, le nombre est l’élément qui permet de comprendre l’incompréhensible.
La symbolique du pair et de l’impair
Le pair, par sa capacité à se diviser et à se multiplier, évoque la matière et l’infini. Il représente l’illimité, l’infiniment grand autant que l’infiniment petit, à l’image de l’univers déployé. Pour les Pythagoriciens, le pair est négatif et féminin, précisément du fait de son caractère illimité.
A l’inverse, l’impair est positif et masculin car limité et cohérent.
Quelques illustrations de la symbolique des nombres
Pour les Pythagoriciens :
- le chiffre 1 symbolise Un-le-Tout, l’Amour, le point commun à toutes les choses,
- le chiffre 2 symbolise le dualisme, l’ignorance,
- le chiffre 3 représente le dépassement des oppositions, la réconciliation,
- le chiffre 4 symbolise la matière,
- le chiffre 5 évoque la force qui sous-tend et ordonne la matière,
- le chiffre 7 évoque la perfection, la Connaissance et la sagesse.
La sainte Tétraktys
La Tétraktys est un concept mathématique et philosophique introduit par Pythagore, qui représente l’association des quatre premiers nombres entiers naturels (1+2+3+4), ce qui donne 10, nombre parfait dans la philosophie pythagoricienne.
La Tétraktys se présente sous la forme d’un triangle équilatéral composé de dix points disposés en quatre rangées successives. Chaque rangée correspond à l’un des quatre premiers nombres entiers, formant ainsi une structure géométrique harmonieuse.

La Tétraktys symbolise l’harmonie, c’est-à-dire à la fois l’unité et la diversité exprimant l’ordre cosmique et la perfection.
Bien sûr, sa forme triangulaire met en évidence le chiffre 3, soit la réconciliation de la dualité dans son principe unitaire, vecteur d’harmonie universelle. La triade est ainsi le nombre du Tout, qui définit tout et toutes choses, constituant le commencement, le milieu et la fin.
On retrouve là l’un des symboles maçonniques essentiels. En effet, le delta lumineux, comme la Tétraktys pythagoricienne, éclaire la structure du monde, fonde la connaissance métaphysique et cosmogonique.
Enfin, le rapport des harmonies musicales avec les nombres est également un thème pythagoricien repris par la franc-maçonnerie.
L’étoile flamboyante
L’étoile flamboyante est l’un des symboles importants de la franc-maçonnerie. Ce symbole, Pythagore l’aurait rencontré dans les temples égyptiens. II choisit cette étoile comme symbole de reconnaissance de ses adeptes. Il attribue par ailleurs au pentacle un pouvoir de guérison.
Le nombre d’or
Bien que Pythagore n’ait pas théorisé le nombre d’or, ses travaux sur les proportions en posèrent les bases, dans la perspective d’un équilibre parfait entre esthétique et mathématique.
Le nombre d’or est une proportion harmonieuse, dite « dorée », que Pythagore décline à travers plusieurs concepts et différentes formes géométriques.
L’alphabet secret
L’alphabet secret élaboré par Pythagore serait la source de notre table à tracer, appelée aussi table tripartite, constituée de deux lignes parallèles verticales et de deux horizontales, délimitant neuf cases, dont les limites symbolisent les lettres qui leur sont affectées.
Cette table rappelle aux francs-maçons que leurs constructions et écrits doivent se baser sur les propriétés des nombres et de la géométrie.
Les Vers d’or de Pythagore
Les Vers d’or ou Vers dorés sont parfois attribués à un disciple de Pythagore, Lysis de Tarente. Lysis aurait été l’un des disciples directs du maître, rescapé du massacre des Pythagoriciens et réfugiés à Thèbes.
Les Vers d’or synthétisent une bonne part de l’enseignement pythagoricien, lequel s’adressait d’abord au premier degré de l’initiation. Ils se composent de 71 vers.
En réalité, il est impossible de distinguer ce qui appartient à Pythagore de ce qui revient à ses disciples. Ces vers auraient pu apparaître quelques siècles après la mort du Maître.
De fait, les Vers dorés sont l’une des premières tentatives de corpus moral théorique et pratique, philosophique et spirituel.
Pythagore et les francs-maçons
Les Pythagoriciens se distinguent des francs-maçons sur les points suivants :
- Les Pythagoriciens étaient visibles et reconnaissables. Ils portaient des vêtements de coton blanc garnis de bandes de pourpre, avec peut-être une étoile à cinq branches.
- La confrérie pythagoricienne se distingue de la franc-maçonnerie traditionnelle par le fait qu’elle traite de sujets politiques.
A l’inverse, nous partageons avec les Pythagoriciens le principe d’une fraternité fidèle et aboutie. Les adeptes étaient prêts à tout donner et à se sacrifier pour leurs pairs.
Comme les Pythagoriciens, nous cherchons à nous élever et à nous améliorer mutuellement.
La transmission par le symbolisme
Nous sommes les héritiers du langage symbolique pythagoricien. Les symboles assurent la transmission des principes qui permettent d’appréhender la place de l’individu dans le cosmos. Leur étude promet la progression sur le chemin initiatique.
La sagesse
Les biographies de Pythagore, rédigées notamment par Porphyre et Jamblique, fixèrent définitivement les traits caractéristiques du sage idéal, modèle de vertu et de piété, qui inspirera les premiers textes maçonniques.
Soulignons le fait que Pythagore s’était proposé un but moral et religieux. Il avait voulu fonder une école de piété, de bonnes mœurs, de tempérance, de courage, d’ordre, d’obéissance à la loi, de fidélité dans l’amitié. Cet héritage est manifeste en franc-maçonnerie.
De fait, Pythagore et les Pythagoriciens ont été les artisans de ce qui fait aujourd’hui la force de la franc-maçonnerie : ils ont été les pionniers de la « Grande Tradition ».
Conclusion
Moraliste éclairé, humaniste, progressiste, Pythagore est l’un des meilleurs modèles pour les francs-maçons qui œuvrent sans relâche au perfectionnement de l’humanité.
Sa méthode, son approche et ses enseignements continuent de nous influencer et de nous guider. Sa philosophie nous permet de mieux comprendre l’univers, son éthique nous aide à vivre plus heureux auprès des autres.
Le Pythagorisme est une voie de Lumière !

Ce livre numérique pdf (100 pages) comporte 27 planches essentielles pour approfondir les thèmes et symboles du second degré maçonnique.
Il offre des points d’appui dans le labyrinthe des objets et concepts à décrypter.
Modif. le 11 février 2026






