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« Prenez place, mes Frères » : planche au 1er degré

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« Prenez place, mes Frères » : planche au 1er degré. Voici une interprétation de cet appel à prendre place au moment de l’ouverture des travaux.

Les travaux ne sont pas encore ouverts, la loge est encore dans la pénombre, le Delta Rayonnant s’illumine, le premier coup de maillet retentit et le VM prononce ses premières paroles : « Prenez place mes Frères ».

Il ne dit pas « installez-vous », sous-entendu « mettez-vous à l’aise » comme on pourrait le faire dans une quelconque réunion profane, car ces mots sont bien le point de départ du rituel d’ouverture des travaux. Le « prenez place » est donc une invitation solennelle qui doit, dès le début, assurer la rigueur indispensable à la sacralisation du temps et du lieu où doivent se dérouler les travaux.

Il y a un instant encore, nous étions dans le monde ordinaire avec des attitudes, un esprit et des émotions que l’on qualifie de « profanes » par opposition au monde sacré auquel nous cherchons à accéder.

Le rituel sert de passage entre un état et un autre, une sorte d’alchimie : c’est « la transmutation » de l’homme ordinaire en initié, la transition du profane au sacré. Il prépare les frères à agir dans un espace-temps particulier, il les invite à un voyage dans la tradition et à l’intérieur d’eux-mêmes.

La loge se ferme au profane. Le rituel peut se dérouler. Le franc-maçon traverse une frontière pour passer dans un autre monde.

A ce moment, la loge est encore plongée dans les ténèbres ; seule une faible lueur éclaire le VM. « Prenez place mes frères, nous allons procéder à l’ouverture des travaux », dit-il.

Le silence qui règne est le signe de la concentration de chacun face au sacré en train d’émerger. A peine sorti de l’agitation du monde profane, nous venons ici pour chercher à nous arracher à tout ce qui fait de nous, à l’extérieur, des hommes ordinaires, au service de notre ego, à la recherche du bien-être matériel, des honneurs, à la recherche d’un bonheur égoïste même si, répondant à la meilleure part de nous-même, il nous arrive parfois de servir l’humanité.

C’est parce que nous ressentons que le fait d’avoir notre place dans la société ne nous suffit pas pour atteindre la plénitude, que nous venons « prendre place en loge ». Parce qu’un jour nous nous sommes demandés : qui suis-je ? quel est le sens de notre vie ? pourquoi nous acharnons nous tant à avoir en oubliant d’être ? quelle peut être notre juste place au sein de l’univers et de la société ?

Parce qu’un jour nous avons senti confusément que nous étions autre chose que l’homme ordinaire, nous avons poussé la porte du temple pour nous mettre en chemin à la recherche de cet être essentiel enfoui au plus profond du moi existentiel.

« Prendre place », comme nous le demande le VM au début de chaque tenue, n’est pas un simple acte physique. Lorsqu’il annonce qu’il va procéder à l’ouverture de la loge, il nous invite à nous y intégrer mais aussi à nous ouvrir, à ouvrir une brèche en nous pour laisser passer la Lumière.

Ce « prenez place » fait écho au « debout et à l’ordre ! » qui sera prononcé un peu plus tard. On doit entendre : « debout, réveillez-vous, sortez de votre animalité, mettez-vous à l’unisson de votre humanité, l’heure du sacré et de la magie rituelle a sonné ».

Cette place que nous sommes invités à occuper est inconnue de l’homme ordinaire, car prendre place, c’est entrer en nous-mêmes, être prêt à donner, à recevoir, à rechercher la parole juste, c’est mettre en harmonie le corps et l’esprit.

Comment prendre place ? Le rituel nous donne une réponse : en entrant « dans les voies qui nous sont tracées », c’est-à-dire le chemin qui nous permettra d’établir peu à peu un lien avec l’ordre cosmique. Il s’agit en particulier de prendre conscience de l’harmonie universelle.

Le rituel, objet symbolique qui nous unit les uns aux autres dans un espace sacré à la fois individuel et commun, exige effort, concentration, prise de conscience, conversion du regard et ouverture du cœur. Il va falloir nous pencher sur notre être intérieur afin que la transformation s’opère.

La place que l’on nous demande d’occuper est celle de la vision globale : au-delà des antagonismes, l’opinion de l’autre sera intégrée car éclairante, plutôt que combattue. C’est ce désir puissant d’ouverture qui fonde la Fraternité initiatique.

« Prenez place » marque plusieurs ruptures : rupture entre le profane et le sacré, rupture dans le temps et dans l’espace. Nous prenons place entre Orient et Occident, entre Midi et Septentrion, entre Zénith et Nadir et nous travaillons de midi à minuit. Nous avons pris place au point de rencontre de toutes les forces cosmiques.

Prendre place, c’est donc reprendre toute sa place mais rien que sa place dans l’univers, un univers organisé par des Lois physiques, par une géométrie spatiale, par un espace-temps et par un Principe que nous reconnaissons sous le nom de GADLU.

La prise de conscience de notre faiblesse spirituelle nous a conduit en loge : elle doit nous rendre humble devant le travail à accomplir et tolérant face aux faiblesses de nos frères.

L’homme vaniteux et auto-centré ne pourra prendre place que physiquement dans la loge ; il ne permettra pas à l’homme nouveau de renaître en lui, car trop enfermé dans ses certitudes. Il fera obstacle à cette rencontre avec l’autre lui-même qu’est son frère.

La place qui nous attend est de nature inconnue. Elle relève d’un ordre nouveau que le rituel va nous aider à découvrir à condition de le suivre humblement et patiemment. Il s’agit d’embarquer vers les mystères du Grand Œuvre, à la recherche du non-révélé, vers l’unité intérieure.

Les frères qui prennent place partagent cette quête, ce long cheminement vers la recherche de la vérité, de la sagesse et de la Connaissance.

Prendre place, c’est aussi intégrer le chantier et se mettre au travail : notre tâche est celle de la taille la pierre brute dans l’espoir de parvenir à la pierre cubique, qui pourra parfaitement s’intégrer à l’édifice de l’humanité. Tailler sa pierre, c’est ôter le superflu présent en nous : nos métaux, nos défauts, nos limites, nos conditionnements, notre ego. C’est travailler à mieux se connaître. C’est accéder à l’universalité de notre être, cette chose qui nous rend tous égaux.

Le rituel nous guide dans cet effort de transformation, comme s’il agissait directement sur nous. Il est un outil pédagogique qui plonge ses racines dans un corpus traditionnel commun à toutes les formes de pensées philosophiques et métaphysiques issues de nos plus lointaines origines, comme le montre la signification en sanskrit du mot rita : « ce qui est conforme à l’ordre cosmique ».

A chaque tenue, le rituel d’ouverture appelle les chercheurs de vérité à l’activité spirituelle, à l’éveil de leur conscience, afin qu’ils puissent ériger leur propre temple intérieur.

Quitter le monde profane est l’expression du désir de se désaliéner du temps qui passe et de la matière qui étouffe, pour enfin accéder à la vie spirituelle.

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Modif. le 15 février 2024

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