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Le symbolisme du miroir en franc-maçonnerie (psychologie)

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Le miroir : symbolisme maçonnique et approche psychologique. Quelle est la symbolique du miroir ? Quel lien entre le stade du miroir et la scène du miroir ? Voici une planche maçonnique au 1er degré.

Les miroirs devraient réfléchir avant de nous renvoyer notre image.
Jean Cocteau, Le sang des poètes

Il est possible d’aborder le thème du miroir à travers deux psychodrames mythiques : le stade du miroir qui a une forte connotation psychologique et la scène du miroir de notre rituel d’initiation qui a une forte connotation philosophique.

Le symbolisme du miroir est central sur notre chemin initiatique. Traversons donc, comme Alice, ce miroir pour découvrir un pays de merveilles et de… cauchemars.

Voici une planche sur le symbolisme du miroir en franc-maçonnerie.

Le stade du miroir est un concept proposé par Jacques Lacan dans les années 1950 pour expliquer comment un enfant, sans le langage, commence à prendre conscience de lui-même.

Un enfant entre 8 et 18 mois tenu par sa mère devant une glace se découvre. Nommé par celle-ci, il comprend pour la première fois que l’image qu’il voit se compose de deux personnages, sa mère et lui, qu’il y a une séparation entre les deux personnages (une fente) et que celui qui est porté c’est bien lui. Il a pour la première fois conscience de son individualité. Il est UN même si l’image est inversée.

Cette première (re)connaissance provoque chez lui un sentiment de jouissance très fort, une jubilation : c’est ce qu’on appelle l’assomption jubilatoire du stade du miroir. En quelque sorte, il pourrait dire : « Je suis vivant ! J’ai conscience de moi. »

Remarquons que cette « conscience de soi » est propre à l’homme et à quelques grands mammifères. Un éléphant à qui l’on met de la peinture sur le front et que l’on présente devant un miroir, essaiera de l’enlever avec sa trompe.

La conscience de soi à la vue de cette image, entraine chez le petit d’homme une conscience d’un moi… idéal. De fait, ce stade du miroir est primordial dans le développement de l’enfant, il en est l’un des socles ; on pourrait dire qu’il est l’un des éléments constitutifs du psychisme de l’Homme. Car le stade du miroir propose un être pour la vie.

Intéressons-nous maintenant à la cérémonie d’initiation, où dans la chaîne d’union le néophyte a pris place d’abord les yeux bandés puis décillés.

Néophyte ! Ce n’est pas toujours devant soi que l’on rencontre des ennemis. Les plus à craindre se trouvent souvent derrière soi.

C’est la scène du miroir. Placé discrètement derrière le néophyte, le Frère présentateur maintient le miroir levé, à hauteur de son visage, de manière à se masquer. Au signal du Vénérable Maître, le néophyte est invité à se retourner pour être face au miroir. « Après un court instant », comme précisé dans le rituel, le Frère présentateur abaisse le miroir et donne l’accolade au néophyte…

Que voit le néophyte ? Son visage certes, mais un court instant ; puis son Frère présentateur souriant de cette bonne blague. Ce qui d’ailleurs amène la plupart du temps un léger sourire de la part du néophyte. Ce n’est que bien plus tard que le nouvel initié s’interrogera : mes ennemis sont derrière moi, dans ce miroir, c’est-à-dire en moi, dans ce double que je suis.

JE SUIS ? Il y a donc JE, celui qui parle, qui est dans la chaîne d’union et MOI avec tous mes ennemis intérieurs, ces mauvais compagnons qu’on pourrait appeler passion, fanatisme, ignorance, arrogance ou ambition…

Il y aura certainement du travail pour les identifier d’abord et travailler à les détruire ensuite… Voilà donc le début du chemin initiatique : un travail à mener avec l’aide précieuse de mes Frères qui déjà me tendent la main.

Pourquoi cette scène est-elle si brève ? C’est bien le rituel qui impose cette brièveté. Une fixité trop longue devant le miroir nuirait à la bonne marche du psychodrame. Mais n’y a-t-il pas autre chose ?

Dans votre salle de bain, un matin après une nuit à vous interroger sur ce je/moi, regardez-vous dans le miroir. Pas 30 secondes comme pour vous raser mais de longues minutes. Vous commencerez à vous parler : JE me parle à MOI…

Certains se trouveront très beaux, très intelligents, n’ayant rien à se reprocher. C’est ce qu’on appelle avoir un EGO (un MOI) surdimensionné. D’autres trouveront idiote cette expérience, ne voyant que leur visage dans la glace, ne pouvant décoller du monde ambiant, enracinés qu’ils sont dans ce monde.

Mais la plupart d’entre nous commencerons à avoir des doutes sur ce que nous sommes, avec parfois un sentiment de dépersonnalisation. MOI dira : « tu es nul ! » ; JE répondra : « je le sais ! » et vous pourrez continuer le dialogue… Dialogue qui peut devenir inquiétant voire angoissant. Précisément, c’est par cette angoisse que l’on s’interroge sur la question de l’Etre, le Qui suis-je ? se transformant alors en Qu’est-ce que la mort ? ou Qu’est-ce que le non-être ?

C’est bien de cela dont on parle quand il y a des ennemis à abattre, la mort qui rôde… Peut-être vaut-il mieux se regarder juste un court instant et vite retourner au quotidien. Je redeviens alors un « être dans le monde » alors que face à ce miroir j’étais hors du monde, dans une ouverture angoissante qui m’attirait vers la mort.

Retenons donc que le stade du miroir produit un être qui va vers la vie et que la scène du miroir produit au contraire un être qui va vers la mort.

On pourrait encore dire que l’Homme peut se définir par deux pôles : la conscience de soi (jubilation) et la conscience de la mort (angoisse), ce qui le différencie des autres animaux. Autrement dit, l’Homme vit dans le monde, mais il peut avoir accès à un autre monde. Il peut aller d’un monde à l’autre…

Partir d’un miroir pour réfléchir à qui nous sommes, voilà le propre de la franc-maçonnerie. Partir de ces deux expériences, de ces deux sentiments de jubilation et d’angoisse, pourrait effectivement me définir si je n’étais pas franc-maçon. Il manque quelque chose, mais quoi ?

Reprenons la scène du miroir. Après ce court instant face au miroir, le présentateur l’abaisse et donne l’accolade au néophyte. Et si c’était le début d’une (re)naissance ?

Petite explication : à la naissance, le petit d’homme est un être immature, on pourrait dire qu’il ne sait pas qu’il existe. Il crie et la mère interprète ce cri : il a faim, il a envie de dormir, etc. Elle répond à ce cri en y imprimant sa marque (elle lui donne le sein, le berce…). C’est donc cette autre personne qui le constitue.

Mais il ne faut pas oublier un petit plus : l’amour ! Sans amour, la mort rôde. Petite histoire : au XIIIe siècle, le prince Frédéric de Hohenstaufen voulait savoir s’il existait une langue originelle. Pour cela, il demanda à des nourrices de prodiguer tous les soins possibles à huit nourrissons, machinalement, sans leur parler, afin que la langue originelle apparaisse. Les enfants moururent les uns après les autres, le dernier à l’âge de huit ans. Cette expérience cruelle démontre de façon magistrale que sans amour et sans langage, la vie humaine est impossible. De même, durant la guerre, des enfants abandonnés et sauvés dans des hôpitaux débordés, nourris avec le minimum de soins, sans amour et avec peu de langage, développèrent des troubles graves (« hospitalisme de Spitz »).

Qu’arrive-t-il donc au néophyte lorsqu’il découvre son présentateur souriant, qui l’entoure de ses bras ? N’est-ce pas une marque d’Amour ? Ne ressent-il pas cette chaleur ? L’Amour est bien le troisième terme du triptyque qui constitue l’Homme.

Notons qu’en grec, il y a beaucoup de façons différentes d’exprimer l’Amour, par exemple eros, philia et agapè. Eros renvoie à la passion. Philia à la filiation ou à l’amitié, par exemple le sourire du Frère présentateur par exemple. Et agapè ?

Avant de conclure sur agapè, revenons sur la fin de l’initiation. Le néophyte devenu Frère prend place dans la chaîne d’union. Il n’est plus face à un homme mais à des hommes ; il ressent cette force unitaire. On appellera cette force égrégore, comme une union dans la transcendance. C’est peut être cela le principe inhérent au G.A.D.L.U., agapè en étant le moteur, cet amour divin (traduction possible d’agapè), qui nous lie.

Pas de mysticisme dans tout cela, juste le constat de l’union des êtres, et même un aperçu de l’Etre (pour Heidegger), une vision de la Nature (avec un grand N pour Spinoza). Tout simplement le principe de Vie de toute chose. Et même le sens de la vie, au-delà du petit moi, au-delà de l’angoisse de la mort.

Jubilation, Angoisse, Amour. Voilà donc peut-être les trois stades du symbolisme du miroir en franc-maçonnerie…

Symboles et valeurs au REAA - Adrien Choeur

Un voyage inédit au coeur de la symbolique maçonnique du Rite Ecossais Ancien et Accepté.

Ce livre numérique pdf (191 pages) comporte 60 planches pour approfondir sa culture maçonnique.

Modif. le 24 octobre 2025

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