Confucius et la franc-maçonnerie : qui est Confucius ? Que représente-t-il ? Comment résumer sa pensée ? Quels points communs avec la démarche maçonnique ? Voici une planche maçonnique au second degré.
Confucius est l’un des cinq grands initiés dont le nom figure sur le cartouche dont on demande la lecture à voix haute lors du quatrième voyage du Compagnon :
Moïse, Socrate, Pythagore, Jésus, Confucius
Pourquoi eux ? La raison semble évidente : ces hommes ont profondément marqué la spiritualité, la science, la logique, la rhétorique, la philosophie… Leurs préceptes, leur discours continuent à structurer notre pensée. En toute logique donc, la maçonnerie se réfère à ces grands penseurs.
Intéressons-nous plus particulièrement à Confucius.
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La vie de Confucius
Confucius, de son vrai nom en chinois Kongzi ou Kongfuzi (« maître Kong ») est le nom latinisé par les missionnaires Jésuites au XVIe siècle.
Confucius est né en 551 av. JC et mort en 479. Il est le fondateur, involontaire pourrait-on dire, de la philosophie dans la culture chinoise et de l’idéologie qui en est issue. Bien au-delà de la Chine d’ailleurs, puisque le confucianisme a essaimé dans tout l’extrême orient.
Confucius est né dans la province de Lou, connue pour ses hommes de réflexion, des hommes de grande qualité. Il nait à la charnière entre une période stable, dite « du printemps et de l’automne », et celle beaucoup plus sanglante dite des « royaumes combattants » qui durera du milieu du Vème siècle jusqu’en 221 av. JC. Cette période, que l’on peut qualifier de féodale, connaitra la coexistence d’une multitude de principautés en guerre les unes contre les autres.
Confucius assiste au déclin de la Dynastie des Zhou (« Jo ») avec une forme de désespérance. Cette dynastie perd peu à peu ses prérogatives et sa puissance. Ainsi, tout ce qu’il vénérait, tout ce qui représentait un véritable âge d’or disparait. Confucius ne comprend plus son époque, laquelle évolue vers le chaos, les troubles et le déclin du pouvoir central. Mais c’est aussi une période extraordinairement riche d’un point de vue intellectuel. Cette période correspond, curieux hasard, à ce qui se passe à la même époque dans le monde gréco-latin, époque des grandes questions philosophiques…
Confucius va être le premier à remettre en cause l’idéologie dominante selon laquelle le Ciel, les divinités et le Prince sont plus importants que tout. Cela va donner lieu à une éclosion d’une multitude d’écoles qui vont s’affronter idéologiquement pour savoir comment gouverner le monde, comment faire pour que la société soit harmonieuse, éviter le chaos ou ce que les Chinois détestent au plus haut point : l’excès.
A ce titre, Confucius est un adepte du Juste milieu, c’est-à-dire de la voie étroite, difficile trouver et à tenir entre le trop et le trop peu…
Mais Confucius n’est pas un révolutionnaire. Il se satisfait du régime politique en place. On peut le considérer comme un conservateur. Son engagement n’est ni politique, ni religieux, mais plutôt moraliste. Il est aussi humaniste, concept qu’il invente, et dont ses disciples auront le plus grand mal à cerner le sens.
Les écrits sur Confucius
On connait la vie de Confucius notamment à travers deux ouvrages principaux et quelques textes plus tardifs.
Le premier est Les mémoires historiques. C’est la première Histoire de Chine, écrite par Sematzien (l’Hérodote chinois), 500 ans après la mort de Confucius. Sematzien a inventé une forme classique, canonique de l’Histoire de son pays. Il a laissé une œuvre riche de 130 chapitres, dont un chapitre entier est consacré à la vie de Confucius.
Le second ouvrage est Les entretiens de Confucius, dont Confucius n’est pas l’auteur. Ce sont ses disciples qui en ont été les rédacteurs pendant 200 ou 300 ans.
En réalité, Confucius est un sage sans œuvre…
La carrière de Confucius
Nous savons de Confucius qu’il a eu des activités administratives et politiques. Au départ, c’est un législateur plutôt qu’un philosophe. Il réussit sa carrière jusqu’à devenir ministre des Affaires publiques, ministre de la Justice de la principauté de Lou et Premier ministre par intérim. Mais, très exigeant, il se fait des ennemis.
Confucius se confronte à la realpolitik alors qu’il rêve d’une société harmonieuse, sans tension, sans conflit. C’est un idéaliste voire un utopiste. Or il a à faire à des dirigeants intéressés, cruels et égoïstes. Toute sa vie, Confucius est à la recherche d’un prince vertueux qui puisse comprendre et accepter ses idées. Déçu, il reconnaît avoir raté son ambition : il perçoit sa vie comme un immense échec.
L’étude et l’enseignement
La vie de Confucius s’articule autour des deux passions que sont l’étude et l’enseignement.
Confucius est un « Maître » au sens chinois du terme : il a des disciples, jusqu’à 3000 selon les spécialistes. Les Chinois parlent plutôt de 72 disciples, chiffre très symbolique dans cette culture de ce pays parce que multiple de 9 et de 3.
« J’aime enseigner sans me lasser », « Je n’invente rien, je transmets », disait Confucius. La modestie est, il est vrai, une valeur fondamentale en Chine…
En réalité, Confucius invente une nouvelle façon de penser le monde et les relations entre les hommes.
Certes, la pensée Chinoise ne nait pas avec Confucius. Ce qui nait avec Confucius, c’est la philosophie à proprement parler, à savoir une tentative de comprendre le monde et l’Homme.
La culture de Confucius est issue de la sagesse chinoise et des ouvrages classiques qu’il étudie : le Livre des poèmes, le Livre de la musique (perdu), le Livre des rites, le Livre du changement (livre de divination sur l’origine du monde) et le Livre de l’Histoire telle qu’elle existait dans la très haute Antiquité. Ces textes constituent la base du système politique chinois, encore de nos jours.
A noter que Confucius ne donne que des éléments de pensée : la pensée confucéenne n’est pas un système abouti, même si plus tard elle le deviendra. Son seul objectif est de garder l’Homme dans le Juste milieu, entre le trop et le pas assez…
Sa pensée s’appuie sur des valeurs traditionnelles d’une part, et des valeurs novatrices d’autre part :
- la piété filiale, le respect des anciens, vertu traditionnelle en Chine,
- l’amour de l’étude, du travail intellectuel, de l’effort,
- la quête de la vertu, la recherche du bien,
- Confucius introduit en outre l’idéal de « l’Homme de bien ».
Le confucianisme : une religion ?
Le confucianisme n’est pas une religion. Ce qui constitue une religion, c’est la religion traditionnelle chinoise : les cultes locaux, les divinités de la montagne, de la rivière, les dieux qui protègent la maison, les professions et les corporations.
En réalité, les questions religieuses n’intéressent pas Confucius, même s’il croit aux divinités et aux forces du Ciel. Son sujet de prédilection, c’est l’Homme.
C’est là la grande révolution qu’apporte la doctrine de Confucius. C’est bien ce que l’on a appelé en occident « l’humanisme ».
Confucius et la doctrine humaniste
La doctrine humaniste de Confucius comporte deux aspects :
- L’homme est la mesure de toute chose : il est la référence en matière de pensée et d’action. Auparavant, la primauté était au Ciel et aux dieux.
- L’homme est un être perfectible qui se met spontanément en quête du Bien. Il y a, en chacun de nous, une recherche de la vertu, dans le sens de bienveillance. Un élément fondamental de la pensée de Confucius est que toute attitude vis-à-vis d’autrui engage un réflexe de réciprocité d’où découle le fameux « ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’il te fasse », rencontré lors de l’épreuve du Feu de la cérémonie d’initiation maçonnique.
Nous sommes là au cœur de la doctrine de Confucius, à savoir pratiquer l’humanité et considérer autrui comme un autre moi-même. L’Homme est ce qui a le plus de valeur au monde ; il est la mesure de toute chose.
Cependant, pour Confucius, l’Homme n’est pas qu’un simple individu : il est un élément du groupe, de la famille, de la corporation. Il n’est pas considéré comme un être isolé face à dieu.
Le terme « humanité » inventé par Confucius est symbolisé par le chiffre 2. Il faut y voir la relation entre deux individus qui se respectent l’un l’autre. L’homme est ainsi perçu comme « en relation avec », comme un élément du groupe, comme un maillon de la chaine….
Cela débouche sur cette formulation de Confucius : « Entre les quatre mers (c’est-à-dire dans le monde entier), tous les hommes sont frères, tous les hommes sont mes frères». On trouve aussi la formule suivante : « Pour celui qui recherche le bien, tous les hommes sont des frères ».
On voit bien la perspective à la fois humaniste et universaliste de Confucius, que ses disciples ne comprennent pas tout de suite, à tel point qu’ils lui demandent des précisions à huit reprises. Finalement, Confucius répond : « faire preuve d’humanité, c’est aimer les autres hommes ». « C’est faire preuve de bienveillance, de tolérance, de confiance, d’amour, de mansuétude ».
Mais il ne précise aucun de ces termes… En effet, la doctrine confucéenne n’est pas dogmatique, elle n’est ni philosophique ni religieuse, elle est un état d’esprit.
Confucius invente en outre l’examen de conscience. Ai-je suffisamment fait de bien à autrui ? Et à moi-même ? Ai-je suffisamment étudié ? Le travail, le perfectionnement de soi sont au cœur de la démarche.
Se cultiver est l’autre pilier de la doctrine. L’amour des études jusqu’à la passion est très important pour Confucius. Ceci marquera durablement la culture extrême-orientale.
Confucius et la suite
Après Confucius, son école se divise en huit branches dont deux courants majeurs. Les deux siècles qui suivent la mort de Confucius vont donner lieu à un débat de fond et quelques divergences.
Le disciple Mencius défend l’idée d’un homme bon par nature : il donne l’exemple d’un enfant qui court sur la margelle d’un puits et que chacun voudra secourir, ou encore celui de la belle-sœur que l’on tire de la noyade même si la tradition interdit de la toucher. C’est sa pensée qui va s’imposer. Son approche typiquement confucéenne va largement influencer le système politique chinois du deuxième siècle av. JC jusqu’à la chute de l’Empire en 1911. La fidélité, l’obéissance, l’amour et l’effort vont être valorisés.
Longtemps, l’étude des classiques et des quatre livres, le Livre de Confucius, le Livre de Mencius et deux autres traités, serviront de référence absolue.
Confucius et la franc-maçonnerie : points communs
Après cet exposé, il est aisé de comprendre en quoi Confucius est inspirant pour la démarche maçonnique. On retiendra les éléments suivants :
- le principe selon lequel l’Homme est la clé de tout,
- la conviction que le rite est structurant pour demeurer dans le Juste milieu,
- le maintien rigoureux des bonnes mœurs,
- le refus de toute contrainte dogmatique,
- ou encore la croyance en l’existence d’un Ordre supérieur.
L’Homme, le divin et le rite
Confucius, comme nous-mêmes francs-maçons, est humaniste. Le Ciel cesse d’être Dieu mais reste un principe qui garantit l’Ordre, tel le G.A.D.L.U. en franc-maçonnerie, concept qui se situe en dehors de tout dogme.
Par ailleurs, Confucius accorde une grande importance au rite. Pratiquer le rite, c’est d’abord se respecter : c’est instaurer la bonne distance à soi-même. C’est aussi respecter les autres, créer une relation saine à l’autre ; c’est œuvrer pour l’harmonie sociale, en dehors des leçons de morale, des jugements et des châtiments.
Comment exprimer son amour, sa colère, sa douleur, son amour, son agacement sans que cela trouble l’harmonie du groupe ? C’est toute la vertu du rite.
Les rites ont aussi une dimension magique et esthétique ; ils nous relient aux générations précédentes ainsi qu’à notre culture. Pour Confucius, le rite est aussi ce qui permet les bonnes relations avec les dieux. On retrouve ces principes et ces préceptes dans la démarche maçonnique.
Enfin, Confucius croit en la transmission. Il faut éduquer le peuple avant de penser à le punir. Le recours à la contrainte, à la violence, au châtiment est néfaste…

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Il offre des points d’appui dans le labyrinthe des objets et concepts à décrypter.
Modif. le 10 février 2026






