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La langue originelle : signification de ce mythe

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Quelle est la langue originelle ? Quelle est l’origine des langues du monde ? En quoi la recherche de la langue originelle éclaire-t-elle les grandes questions métaphysiques ?

L’homme a toujours cherché à savoir quelle était la première langue apparue dans le monde.

Cette quête de la plus ancienne langue du monde, ou “langue originelle”, est historiquement liée au désir de connaître la langue adamique ou la langue de Dieu, c’est-à-dire le Verbe pur et lumineux dont la clarté et l’évidence permettraient d’accéder au Créateur lui-même.

Dans la tradition musulmane, la langue originelle est le syriaque en tant que parole solaire, symbole de lumière.

De nombreuses légendes rapportent que la langue originelle, celle du paradis édénique, était comprise aussi bien par les hommes que par les animaux.

En réalité, la langue originelle est un mythe, car il est impossible de la retrouver.

D’autre part, il est probable que les langues actuelles ne relèvent pas d’une langue originelle unique (théorie de la monogénèse), mais de plusieurs langues nées indépendamment les unes des autres en différentes régions géographiques (polygénèse). Ce qui n’empêche pas le mythe de la langue originelle de rester prégnant.

Entrons dans le mythe de la langue originelle et sa signification.

La langue originelle et la Tour de Babel.

Le mythe de la langue originelle, très présent jusqu’à la fin du Moyen-Age, a largement été alimenté par l’épisode biblique de la Tour de Babel (Genèse 11, 1-9), venant après le Déluge :

1) Toute la terre avait alors la même langue et les mêmes mots.
2) Au cours de leurs déplacements du côté de l’orient, les hommes découvrirent une plaine en Mésopotamie, et s’y établirent.
3) Ils se dirent l’un à l’autre : “Allons ! fabriquons des briques et mettons-les à cuire !” Les briques leur servaient de pierres, et le bitume, de mortier.
4) Ils dirent : “Allons ! bâtissons-nous une ville, avec une tour dont le sommet soit dans les cieux. Faisons-nous un nom, pour ne pas être disséminés sur toute la surface de la terre.”
5) Le Seigneur descendit pour voir la ville et la tour que les hommes avaient bâties.
6) Et le Seigneur dit : “Ils sont un seul peuple, ils ont tous la même langue : s’ils commencent ainsi, rien ne les empêchera désormais de faire tout ce qu’ils décideront.
7) Allons ! descendons, et là, embrouillons leur langue : qu’ils ne se comprennent plus les uns les autres.”
8) De là, le Seigneur les dispersa sur toute la surface de la terre. Ils cessèrent donc de bâtir la ville.
9) C’est pourquoi on l’appela Babel, car c’est là que le Seigneur embrouilla la langue des habitants de toute la terre ; et c’est de là qu’il les dispersa sur toute la surface de la terre.

L’épisode de la Tour de Babel évoque un châtiment divin suite à la volonté des hommes de s’unir pour s’élever au même niveau que Dieu, montrant un désir de pouvoir et de puissance. Ce châtiment est dans la droite suite de la chute d’Adam et Eve, punis pour avoir mangé du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. La diversification de la langue semble indissociable de l’obscurcissement des esprits.

Le Nouveau Testament évoque à l’inverse le “don des langues”, conféré par le Saint-Esprit aux premiers fidèles chrétiens :

45) Tous les fidèles circoncis qui étaient venus avec Pierre furent étonnés de ce que le don du Saint-Esprit était aussi répandu sur les païens.
46) Car ils les entendaient parler en langues et glorifier Dieu.
Actes 10, 45-46

Cet épisode évoque un recentrage, un retour à l’unité.

L’expérience de l’empereur Frédéric II.

Frédéric II, empereur du Saint Empire romain germanique (1194-1250) parlait neuf langues et connaissait la philosophie, l’astronomie, les mathématiques et la biologie.

Frédéric II a voulu savoir quel type de langue parleraient les nouveaux-nés s’ils grandissaient dans un milieu sans aucun contact linguistique. L’objectif était de retrouver la langue originelle de l’humanité, la “langue de Dieu”, dont on pensait qu’il pouvait s’agir du grec, du latin, de l’hébreu ou encore de l’arabe.

L’empereur a donc ordonné qu’on réunisse un grand nombre de nouveau-nés orphelins, que des nourrices continueraient à allaiter, soigner et laver, mais sans jamais leur adresser la parole ni leur donner d’affection.

Le résultat de cette expérience a été dramatique : non seulement les enfants n’ont parlé aucune langue, mais ils ont tous fini par mourir, faute de contact humain suffisant.

Le fait qu’aucun langage ne soit apparu chez ces enfants peut s’expliquer par l’absence de relation réciproque entre eux et les adultes : les éléments précurseurs du langage n’ont pu se développer, l’étape pré-linguistique a été tronquée.

Quant à la mort des enfants, elle peut s’expliquer par un cruel manque d’amour.

Précisément, l’expérience de Frédéric II montre que la langue originelle est peut-être l’amour.

Ce que nous apprend la quête de la langue originelle.

La quête de la langue originelle est celle du paradis perdu, de l’unité, de l’harmonie et du bonheur, et aussi de l’alliance avec Dieu.

La langue originelle, par définition claire et lumineuse, est la fusion de l’intuition, de la raison, de la conscience et de l’intelligence.

Il n’est certes pas possible retrouver la langue originelle. Mais d’autres langages universels existent, par exemple celui des chiffres. A titre d’exemple, la théorie numérologique de la Kabbale tend à montrer que les lettres et les mots peuvent être traduits en chiffres, c’est-à-dire en éléments “purs” donnant un accès direct à la connaissance de Dieu.

Au final, la quête de la langue originelle renvoie à la recherche de la parole perdue, cette lumière divine qui donne l’accès à la Vérité et à la compréhension des mystères de la Vie.

Pour continuer la réflexion, lire notre article : La parole perdue : comment la retrouver ?

Modif. le 28 juin 2020

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