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Ismaël et Isaac dans la Bible et le Coran : deux frères, deux religions

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Ismaël et Isaac dans la Bible et le Coran : pourquoi dit-on que les deux fils d’Abraham fondent et séparent les religions monothéistes ? Quelles sources ? Quelle interprétation ?

Les trois grandes religions monothéistes, judaïsme, christianisme et Islam, sont aussi appelées « religions abrahamiques » du fait qu’elles se rattachent toutes au prophète Abraham (Ibrahim dans le Coran).

Plus précisément, la tradition religieuse associe les deux fils d’Abraham, Isaac et Ismaël, à la fondation des deux grandes branches du monothéisme : Isaac pour le judaïsme (sur lequel le christianisme se fondera) et Ismaël pour l’Islam.

On a donc deux lignées, deux traditions, deux héritages. Nous allons voir que cette distinction repose sur des raisons d’ordre historique et théologique.

Isaac et Ismaël Bible Coran

Voyons qui sont Ismaël et Isaac dans la Bible et le Coran.

Voir aussi : Torah, Bible, Coran : différences et points communs

Abram ou Abraham est une figure centrale du livre de la Genèse, commun à la Torah et à l’Ancien Testament. Il figure parmi les premiers patriarches. Il épouse sa demi-sœur Saraï, qui deviendra Sarah, mais qui est stérile.

Abraham conclut une première alliance avec Dieu. Inquiet de ne pas avoir de descendants, Dieu lui promet d’y remédier. Abraham accepte la proposition de Sarah qui, pour avoir un fils, lui donne sa servante égyptienne Agar comme femme. Agar donne naissance à Ismaël, qui est donc le premier fils d’Abraham.

Treize ans après, Dieu et Abraham renouvellent leur alliance. Dieu promet au patriarche de nouveaux descendants et annonce à Sarah qu’elle enfantera bientôt Isaac, qui sera le dépositaire de l’Alliance. En parallèle, il déclare qu’Ismaël enfantera douze princes et « qu’il le donne pour grande nation ».

Isaac naît alors qu’Abraham a 100 ans. Une querelle éclate alors entre Abraham et Sarah ; cette dernière exige que la servante Agar et son fils Ismaël soient répudiés, ce qui plonge Abraham dans le trouble.

Dieu lui dit : « Ne sois pas triste à cause du garçon et de ta servante ; écoute tout ce que Sara te dira, car c’est par Isaac qu’une descendance portera ton nom ; mais je ferai aussi une nation du fils de la servante, car lui aussi est de ta descendance. »

Genèse 21, 12-13

Abraham décide de renvoyer Agar et Ismaël, qui partent errer dans le désert de Bershéba. A cours d’eau, ils manquent de mourir. Dieu les sauve en faisant apparaître un puits ; il promet à Ismaël qu’il régnera sur une grande nation.

En suivant, Dieu met Abraham à l’épreuve :

Dieu dit : « Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac, va au pays de Moriah, et là tu l’offriras en holocauste sur la montagne que je t’indiquerai. »

Genèse 22, 2

Finalement, Dieu retient le geste d’Abraham et un bélier est sacrifié à la place d’Isaac.

Dans la Bible, Dieu annonce à Abraham que son nom se perpétuera par Isaac, c’est-à-dire par le fils de Sarah, et non par le fils d’Agar. Ainsi, le projet de Dieu se fait par Sarah, même si Ismaël et ses descendants sont eux-aussi promis à un grand avenir.

Isaac aura pour fils Jacob (aussi appelé Israël) dont les douze fils fonderont les douze tribus d’Israël. Ainsi, avec Isaac et Abraham, Jacob est l’un des trois patriarches avec lesquels Dieu contracte l’Alliance fondatrice. Dieu promet à Jacob une terre qui portera son nom : Israël. C’est donc à travers cette lignée que se développera le peuple juif et, par extension, le judaïsme, et plus tard le christianisme.

Dans le Coran, Abraham est Ibrahim : il est le prophète qui restaure le monothéisme et fonde la religion musulmane, d’où son rôle central.

Ibrahim est le modèle du croyant : il accepte la volonté et l’ordre divins, il se soumet à Allah. Son dévouement est commémoré par la fête de l’Aïd el-Kebir, souvenir du jour où Dieu demande à Ibrahim de sacrifier son fils, avant de lui envoyer l’archange Gabriel (Jibril) afin de remplacer l’enfant par un mouton.

Même si le texte coranique reste flou à ce sujet, on considère que c’est Ismaël qui est en passe d’être sacrifié, et non Isaac :

Puis quand celui-ci fut en âge de l’accompagner, [Abraham] dit : « Ô mon fils, je me vois en songe en train de t’immoler. Vois donc ce que tu en penses ». (Ismaël) dit : « Ô mon cher père, fais ce qui t’es commandé : tu me trouveras, s’il plaît à Allah, du nombre des endurants. »
Puis quand tous deux se furent soumis (à l’ordre d’Allah) et qu’il l’eut jeté sur le front, voilà que Nous l’appelâmes « Abraham ! Tu as confirmé la vision. C’est ainsi que Nous récompensons les bienfaisants. »
C’était là certes, l’épreuve manifeste.
Et Nous le rançonnâmes d’une immolation généreuse.

Sourate 37 (As-Saffat), versets 102-107

Par ailleurs, dans le Coran, Abraham et Ismaël sont considérés comme les constructeurs d’un temple de prière et de pèlerinage, associé à la Kaaba de La Mecque :

Et rappelle-toi, quand nous fîmes de la Maison un lieu de visite et un asile pour les gens – Adoptez donc pour lieu de prière, ce lieu où Abraham se tint debout – Et Nous confiâmes à Abraham et à Ismaël ceci : « Purifiez Ma Maison pour ceux qui tournent autour, y font retraite pieuse, s’y inclinent et s’y prosternent. »

Sourate 2 (Al-Baqarah), versets 124-133

Ce sont les hadiths (paroles et actes du prophète Mahomet) et la Sira (biographie du prophète) qui détaillent précisément le rôle d’Ismaël en tant qu’ancêtre des Arabes ainsi que son rôle central dans la construction de la Kaaba avec son père Abraham.

Dans la tradition islamique, Ismaël est l’ancêtre des Arabes et, par extension, du prophète Mahomet. Mais pourquoi l’Islam privilégie-t-il Ismaël plutôt qu’Isaac ? Est-ce parce qu’il est l’ainé ?

Nous l’avons vu, dans la tradition biblique juive, Isaac est l’héritier de l’Alliance parce qu’il est le fils de Sarah, matriarche que la tradition rabbinique élèvera au rang de prophétesse. Sarah est la demi-soeur d’Abraham, par conséquent sa lignée est pure, contrairement à celle de la servante Agar, non libre.

Le Coran, quant à lui, cherche moins à établir une élection ethnique ou une lignée biologique qu’à montrer une continuité spirituelle. En l’occurrence, Ismaël prend une place majeure parce qu’il est associé à la fondation du sanctuaire de La Mecque. Le véritable héritier d’Abraham n’est donc pas seulement son descendant de sang, mais celui qui partage sa foi. Ainsi, la mise en avant d’Ismaël montre que l’héritage abrahamique est ouvert et défini par la fidélité à Dieu, et non seulement par une lignée biologique idéale.

D’autre part, le Coran se veut une relecture des traditions anciennes. En l’occurrence, il innove pour montrer que la proximité avec Dieu ne fait pas l’objet d’un monopole d’une communauté. Ismaël est une figure secondaire du récit biblique : en le mettant en avant, le Coran invite à faire un pas de côté pour trouver Dieu là où on ne l’attend pas. C’est là tout l’esprit de ce livre sacré.

Bien sûr, la mise en avant d’Ismaël est un moyen pour la nouvelle religion d’assumer sa différence. Le Coran impose une révélation nouvelle, tout en l’inscrivant dans une tradition ancienne. Autrement dit, l’Islam s’enracine dans la religion d’Abraham tout en cultivant sa propre voie.

Ainsi, le Coran s’écarte des traditions juives et chrétiennes qui structuraient différemment l’élection et l’héritage. De ce fait, Abraham n’appartient plus exclusivement à une communauté ; il est avant tout le modèle du croyant soumis à Dieu, Ismaël apparaissant comme son fidèle continuateur.

Enfin, sur le plan narratif, le personnage d’Ismaël permet de relier plusieurs thèmes chers au Coran : Abraham, le désert, l’épreuve, la fondation du sanctuaire, la transmission du monothéisme et l’émergence d’une nouvelle communauté de croyants. Isaac, lui, garde un grand prestige prophétique, mais sert moins ce nœud narratif centré sur La Mecque…

Le monothéisme originel se sépare entre les descendants d’Isaac et les héritiers d’Ismaël : voilà le coeur du fossé entre Juifs et musulmans.

Ces divergences profondes ne doivent pas faire oublier l’origine commune en la personne d’Abraham. Autrement dit, tous les êtres humains sont frères, quelles que soient leurs croyances et leur religion.

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Dernière modification le 20 mars 2026. Adrien Choeur

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