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La franc-maçonnerie est-elle une secte ?

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La franc-maçonnerie est-elle une secte ? Pourquoi entend-on parler de “secte maçonnique” ? Entrer en franc-maçonnerie présente-t-il des dangers ?

Rappelons d’abord ce qu’est une secte.

Définition : Une secte est un groupe clanique constitué par des personnes ayant la même idéologie.

Selon la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), une secte se caractérise par un dévoiement de la liberté de pensée, d’opinion ou de religion, portant atteinte aux droits fondamentaux, à la sécurité et à l’intégrité des personnes.

Plusieurs indices concordants peuvent prouver l’existence d’une secte, par exemple :

  • pressions ou techniques visant à créer un état de sujétion psychologique ou physique,
  • déstabilisation mentale,
  • perte d’esprit critique et de libre-arbitre,
  • exigences financières toujours plus fortes,
  • rupture avec l’environnement d’origine,
  • discours antisystème, antirépublicain ou antisocial,
  • troubles à l’ordre public (suspicions, plaintes…),
  • tendance du groupe au repli,
  • atteintes à l’intégrité physique,
  • embrigadement des enfants,
  • modification d’habitudes alimentaires ou vestimentaires,
  • adoption d’un langage spécifique,
  • entière soumission aux dirigeants du groupe,
  • détournement de marques, symboles ou textes afin de créer de nouvelles croyances.

La franc-maçonnerie : une secte ?

La franc-maçonnerie est parfois accusée d’être une secte. Le culte du secret, l’emploi de codes et de tenues vestimentaires spécifiques peut effectivement poser question. Pourtant, la comparaison s’arrête là. Dans les faits, l’accusation de “secte maçonnique” vient principalement des milieux d’extrême-droite ou de personnes qui connaissent mal les buts et le fonctionnement des loges.

Voici les principales accusations portées par ceux qui accusent la franc-maçonnerie d’être une secte, et les objections qu’on peut y apporter.

Un côté fermé qui fait penser à une secte ?

Le fait que la franc-maçonnerie et les franc-maçons ne s’affichent pas clairement peut faire penser à une secte.

Notons qu’il est facile d’entrer dans une secte mais très difficile d’en sortir. C’est précisément l’inverse en franc-maçonnerie : il est parfois compliqué d’y entrer, mais très facile d’en sortir, ce qui est donc à l’opposé d’un fonctionnement sectaire.

Pourquoi le culte du secret ?

En réalité, les franc-maçons sont plus “discrets” que “secrets”. Ils n’ont en réalité plus grand chose à cacher : de nombreux ouvrages et sites internet maçonniques existent, qui dévoilent tous les travaux, rituels et symboles utilisés par les franc-maçons. On est donc bien loin d’un fonctionnement sectaire.

La discrétion tient en réalité à la nature initiatique de l’expérience maçonnique : c’est l’idée que l’homme ne peut progresser qu’étape par étape, bref qu’il ne peut accéder à toute la connaissance d’un seul coup.

Pour accéder à ce qu’il cherche, l’individu doit s’en montrer digne, c’est-à-dire prouver qu’il est volontaire, prêt à faire des efforts, en toute bonne foi. Le “secret” est donc plus symbolique que réel.

Une fraternité à géométrie variable ?

Les franc-maçons sont souvent accusés de faire passer leurs intérêts en priorité, c’est-à-dire de s’entraider au détriment des autres, comme dans une secte. On parle de réseaux d’influence, de dérives affairistes, de clubs fermés.

Pourtant, les principales obédiences françaises (Grand Orient, Grande Loge de France, Droit Humain, Grande Loge Féminine…) interdisent à leurs membres ce type de pratiques pour des raisons évidentes d’éthique. Ces obédiences considèrent la fraternité comme universelle.

Seules les obédiences théistes d’inspiration anglo-saxonne (Grande Loge Nationale Française notamment), minoritaires en France, ont un fonctionnement de type réseau-club, ce qui a donné lieu à des dérives, notamment dans le sud-est et le nord de la France.

Ces dérives sont dénoncées par les franc-maçons des obédiences les plus importantes, qui les considèrent comme profondément contraires à leurs valeurs.

Des intentions anti-démocratiques ?

Les nombreuses théories du complot qui fleurissent sur internet soutiennent que les franc-maçons auraient pour but de dominer et de contrôler le reste de la société, dans leur propre intérêt.

C’est bien sûr une fable. Les franc-maçons chérissent la liberté, l’égalité et la fraternité, cette devise républicaine était aussi celle des principales obédiences maçonniques. Ils sont attachés à la démocratie et défendent la laïcité et l’état de droit. Ils sont humanistes et progressistes, ces valeurs étant au coeur de leur engagement. Enfin, ils jurent sur l’honneur de respecter les lois de leur pays.

Une manipulation par des chefs occultes ?

On entend parfois que la franc-maçonnerie serait dirigée par des super-loges composées des personnes les plus puissantes au monde, dictant leur loi et imposant leur volonté, comme s’il s’agissait de la plus puissante des sectes. Les franc-maçons des degrés les plus bas ne seraient même pas au fait de cette manipulation…

Cette thèse ne résiste pas longtemps à l’analyse. Le pouvoir en franc-maçonnerie ne peut être vertical pour la bonne raison que les obédiences sont des fédérations de loges, et non des organisations centralisées. Les députés de chaque loge participent au convent annuel de leur obédience : ils forment une assemblée législative qui prend les décisions et élit le Grand Maître.

D’autre part, les obédiences françaises sont très diverses dans leur organisation et leur fonctionnement, il est donc évidemment impossible qu’une “super-loge” dirige toutes les obédiences…

Enfin, il n’y a pas de “gourou” au sein des loges, mais un Vénérable Maître élu par les membres, qui dirige les travaux durant une courte période de temps.

L’obligation d’entrer dans un moule de pensée particulier ?

On entend parfois que les franc-maçons seraient formatés à un certain mode de pensée. C’est là encore très mal connaître l’objet de la démarche maçonnique.

La franc-maçonnerie a pour but la libération intime de l’homme : c’est une démarche qui ne peut être que personnelle. Les “secrets maçonniques” ne sont pas des vérités révélées, mais des éléments symboliques invitant à une élévation spirituelle.

Les franc-maçons apprennent le silence, l’humilité, la tolérance, et cherchent en priorité à mieux se connaître. Ils fuient leurs préjugés et tentent de dominer leurs passions. C’est un difficile chemin qui consiste à approcher la Lumière.

En ce sens, l’esprit maçonnique est encore une fois à l’exact opposé des pratiques sectaires…

La franc-maçonnerie, une secte de type religieux ?

Les franc-maçons ne viennent pas en loge pour le culte d’une religion, ni pour créer une nouvelle religion. Cela pour la simple et bonne raison que les franc-maçons rejettent tous les dogmes ou doctrines qui prétendent détenir la vérité. Ce qui ne veut pas dire qu’ils soient forcément athées ou irréligieux à titre privé.

Pour les franc-maçons, la vérité est inatteignable, même si chacun doit chercher à l’atteindre en empruntant son propre chemin.

Toutefois, les franc-maçons pratiquent un rite particulier (gestes, rituels d’initiation, d’ouverture et de fermeture des travaux…), qui peuvent d’ailleurs varier d’une obédience à l’autre. Mais ces rites ne sont pas l’expression d’une doctrine : les textes n’affirment aucune croyance à laquelle il faudrait se conformer.

Les rituels et symboles maçonniques doivent plutôt être vus comme des outils, des points d’appui : ils invitent à ouvrir des portes et à marcher vers la vérité “en soi”, à construire son “temple intérieur”.

Un culte luciférien ?

On entend parfois que la franc-maçonnerie serait au service de Satan ou de Lucifer. Cette grossière accusation s’auto-détruit quand on connaît le symbolisme utilisé dans les loges maçonniques : les membres sont invités à marcher vers la lumière, à ôter leurs impuretés, à enlever le voile de l’orgueil et des passions.

Voir aussi notre article : Franc-maçonnerie, satanisme et sacrifices humains.

Plusieurs franc-maçonneries.

Comme nous l’avons évoqué plus haut, les franc-maçons se répartissent entre diverses obédiences en réalité très différentes :

  • Le Grand Orient de France, 1ère obédience française, est très attaché à la laïcité. C’est une obédience progressiste, libérale, non-déiste, souvent classée à gauche même s’il y a des membres de tous bords. Le Grand Orient assume de manière publique ses prises de position en faveur du progrès humain, notamment par des communiqués, par exemple sur la laïcité ou la bioéthique.
  • La Grande Loge de France, 2ème obédience française, masculine, est classée plus à droite, même si elle accueille nombre de frères de gauche. Elle est plus discrète quant à ses prises de position. Elle privilégie la quête spirituelle et intime aux sujets sociétaux. Elle ne tolère aucune dérive politicienne ou affairiste.
  • La Grande Loge Nationale Française, 3ème obédience française, non-mixte, théiste, souvent classée à droite, a été longtemps connue pour son système de recrutement actif et certaines dérives affairistes.

On distingue ainsi obédiences libérales (Grand Orient, Droit Humain…) et obédiences régulières, la Grande Loge de France se plaçant entre les deux.

Voir aussi notre article : Qui sont les franc-maçons en France ?

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