Le Petit prince : analyse psychologique. Voici une interprétation du roman de Saint-Exupéry à travers les concepts de la psychanalyse et de la psychologie analytique.
Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry (1943) est un conte philosophique qui peut facilement se prêter à une lecture psychologique, notamment à travers les concepts de la psychanalyse (Freud) ou ceux de la psychologie analytique (Jung).
Un aviateur (le narrateur) tombe en panne dans le désert. Dès lors, il n’a qu’une préoccupation : réparer son moteur et repartir avant de manquer d’eau et de vivres. Mais une petite voix surgit qui lui pose des questions apparemment naïves : c’est l’irruption de la conscience.
Cette voix est celle du petit prince, un petit garçon aux cheveux d’or qui renvoie l’aviateur à sa propre enfance, un âge où il n’avait pas encore acquis les défauts des grandes personnes. Cette ouverture intuitive va lui permettre de dépasser les aspects artificiels de sa personnalité pour accéder à son authenticité primordiale.
Le petit prince déroule son histoire ; il dit venir des étoiles, plus précisément de l’astéroïde B-612, où il vivait seul avec trois volcans et une rose belle mais orgueilleuse. Le petit prince aimait profondément cette rose, qu’il croyait unique, sans toutefois parvenir à la comprendre. Après s’être brouillé avec elle, il décide de quitter son astéroïde.
Il entame alors un voyage qui le conduit à visiter plusieurs planètes. Sur chacune d’elles, il fait la connaissance d’adultes au comportement « bizarre », absurde, chacun étant prisonnier d’une obsession ou d’une habitude, prisonnier de lui-même :
- un roi avide pouvoir qui cherche des sujets sur lesquels régner,
- un vaniteux qui n’écoute qui lui et cherche des admirateurs,
- un buveur qui boit pour oublier sa honte de boire, comme dans un cercle vicieux,
- un businessman très occupé, obnubilé par les chiffres, qui cherche à posséder les étoiles,
- un allumeur de réverbères qui obéit aveuglément à une « consigne »,
- un géographe qui décrit le monde alors qu’il ne l’a jamais exploré,
- sur Terre, le petit prince rencontre aussi un aiguilleur qui oriente les gens sans les connaître et un marchand de pilules qui permettent d’éviter de boire de l’eau pour économiser du temps.
Peu après son arrivée sur Terre, le petit prince découvre un champ de roses qui lui fait réaliser que sa fleur n’était pas unique, ce qui le rend triste. Il rencontre ensuite un renard qui lui apprend que l’on devient responsable de ce que l’on apprivoise ; ainsi, ce sont les liens de compréhension, d’amitié et d’amour qui donnent du sens à la vie.
Ayant enfin réalisé le caractère unique de sa rose, le petit prince s’apprête à retourner vers elle. Il doit pour cela quitter son corps physique afin de s’élever : le serpent lui propose de l’y aider en lui inoculant son venin. C’est le moment de la transformation finale…
Tentons une analyse psychologique du Petit prince de Saint-Exupéry.
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Le Petit prince : analyse psychologique
Le voyage du petit prince de planète en planète peut être vu comme une quête d’individuation au sens de la psychologie analytique de Carl Gustav Jung. Pour rappel, l’individuation est le processus par lequel un individu découvre sa vraie nature et devient lui-même en intégrant les différentes facettes de sa personnalité.
Le petit prince lui-même peut représenter le potentiel de conscience du narrateur, qui se révèle à l’occasion de cette panne, de cette mésaventure dans le désert. En rencontrant le petit prince, le narrateur se rencontre lui-même…
En l’occurrence, le désert symbolise la solitude (qui favorise la connaissance de soi), l’introspection, mais aussi la peur de se confronter à son inconscient. En effet, le narrateur a parfois du mal à abandonner ses attachements pour s’ouvrir à lui-même : à plusieurs reprises, il repousse les questions du petit prince, préférant se consacrer à la réparation de son moteur dans le but de quitter le désert et fuir ses interrogations. Il accepte toutefois d’écouter le récit du petit prince.
Ainsi, le narrateur est placé face à lui-même : le récit de la visite des planètes le met en présence des différentes composantes de sa psyché.
La rencontre des différentes facettes de notre personnalité
Tentons une interprétation psychologique des personnages du Petit prince :
- Le roi représente l’ego, le besoin de domination et de contrôle,
- le vaniteux représente le besoin de reconnaissance,
- le buveur représente l’ego blessé, la honte ou le refoulement,
- le businessman incarne le « ça », les pulsions, notamment l’envie de posséder,
- l’allumeur de réverbères exprime les règles intériorisées (le surmoi),
- le géographe suggère une tendance à se créer un univers mental illusoire, coupé de la réalité,
- l’aiguilleur obéit aux habitudes et aux automatismes,
- le marchand de pilules croit pouvoir se couper de ses besoins spirituels fondamentaux, symbolisés par l’eau.
D’autre part :
- la rose représente l’autre qu’il faut tenter d’apprivoiser, de comprendre pour se comprendre soi-même. La rose pose en effet la question de la relation à l’autre, qui peut générer joie mais aussi souffrance, dépendance affective ou peur de l’abandon,
- le renard représente la part de nous la plus intuitive, la plus clairvoyante, la plus juste : c’est notre capacité à transcender nos déterminismes afin de nous voir tels que nous sommes et accepter l’autre tel qu’il est,
- le serpent vient compléter l’oeuvre du renard ; il représente notre potentiel de sagesse et de lâcher-prise qui permettra l’aboutissement du processus d’individuation. Notons que le serpent était déjà présent au début du conte : le narrateur évoque en effet un ancien dessin d’un serpent digérant un éléphant, ce qui peut évoquer la sagesse capable de dissoudre l’ego.
Quant au mouton, il peut incarner la naïveté et l’innocence, c’est-à-dire la capacité à s’interroger sur soi-même sans peur, sans préjugé, sans a priori, comme le ferait un enfant. Authentique, le mouton est dénué de mauvaises intentions : il est doté d’une muselière qui le retient de s’en prendre à l’autre (à la rose).
Ainsi, chaque personnage aide le petit prince (et donc le narrateur) à mieux se connaître, à se réaliser, à se déconstruire pour mieux se reconstruire.
Equilibrer toutes les composantes en soi
Les voyages psychologiques du petit prince nous invitent à reconsidérer et à redéfinir le poids de nos composantes intérieures. Car, à l’évidence, certains aspects prennent trop de place, à l’image des personnages dont la taille est démesurée par rapport à leur planète.
Mieux, cela nous permet de prendre conscience des fantômes qui peuplent notre psychisme. Car en réalité, le roi ne règne sur rien, le vaniteux n’a pas d’admirateurs, le géographe ne connaît pas le monde, le buveur ne peut fuir ce qu’il ressasse, le businessman ne peut posséder ce qu’il convoite, l’allumeur de réverbères ne peut être heureux en respectant aveuglément une consigne.
Notons que le petit prince lui-même semble disproportionné par rapport à la taille de son astéroïde. Cependant, il montre une capacité à accueillir l’autre dans son univers (la rose). Surtout, il prend soin de son monde : il arrache les pousses de baobab (symbole des pensées susceptibles de devenir encombrantes, malsaines ou destructrices : pulsions, colère, angoisses…). De plus, il ramone les volcans pour éviter qu’ils n’entrent en éruption, montrant ainsi qu’il peut contenir ses passions.
La mort du petit prince : transcendance, acceptation, réalisation du Soi
La mort du petit prince, inoculée par le serpent, peut être interprétée comme l’aboutissement du processus d’individuation. La conscience et la sagesse ont définitivement dissous toute forme d’illusion. L’individu a réussi à se transcender et à se transformer ; il accède au Soi au sens de Jung, et par là même, à sa part d’universel.
Avec la mort du petit prince, on peut redouter que le narrateur ne s’éloigne définitivement de sa part d’enfance. En réalité, il vient de la réintégrer : il adopte désormais un regard pur sur lui-même, il est en capacité de voir par-delà ses déterminismes, il est en mesure de s’accepter tel qu’il est, et d’accepter les autres tels qu’ils sont.
Conclusion
Le Petit prince peut être abordé comme une allégorie de notre vie psychique. La quête de sens passe par une nécessaire confrontation avec soi-même, débouchant sur la connaissance de soi et la réconciliation des différentes parties de notre psychisme.
Il s’agit dans un premier temps de revenir à notre état originel, à l’époque où, jeune enfant, nous ne connaissions ni les pulsions des adultes, ni les interdictions, ni les conventions sociales, ni les postures. Il s’agit enfin de réintégrer notre condition d’adulte, d’accepter nos responsabilités de « grande personne » en conscience, sans pour autant renoncer à notre âme d’enfant…

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Modif. le 11 janvier 2026










