La thérapie jungienne : présentation, principe et objectifs. Quelle est la méthode et quelles sont les étapes de la psychothérapie analytique ?
Dans « psychologie analytique », le qualificatif « analytique » renvoie à l’analyse des processus inconscients. Il s’agit de visiter et de comprendre les contenus cachés pour dégager un sens et ainsi favoriser l’individuation, c’est-à-dire le développement de la personnalité « totale ».
Contrairement à la psychanalyse freudienne, la psychothérapie analytique consiste en une une approche globale qui inclut l’analyse de l’inconscient personnel mais aussi, de manière plus large, celle de l’inconscient collectif, réservoir d’archétypes dont l’exploration pourra révéler nos schémas de pensée les plus ancrés.
Autre différence avec la psychanalyse freudienne, la psychologie analytique ne consiste pas simplement à analyser le passé et les traumatismes ; elle est avant tout une recherche d’harmonie : harmonie en soi, avec les autres et avec le monde. D’autre part, l’individu va jusqu’à intégrer à sa psychologie une dimension spirituelle et transcendantale, absente chez Freud.
Mais concrètement, en quoi consiste la thérapie jungienne ? Quelle est la méthode analytique ? Quels outils et quelles étapes ?
Voici une présentation de la thérapie jungienne.
La thérapie jungienne : méthode et outils
Le but de la psychologie analytique est de permettre à l’individu de comprendre de quoi il est fait, d’identifier ses différentes énergies psychiques et les contradictions qui peuvent exister entre elles, avant de les intégrer pour progresser vers la totalité psychique : le Soi.
Ainsi, la recherche de la neutralisation des potentiels contraires se trouve au coeur de la démarche. Par la confrontation de son conscient avec l’inconscient, l’individu est amené à reconnaître les opposés qui le constituent et à les intégrer progressivement. Il en résulte une mise à jour de ce que Jung appelle le « mythe personnel ».
Dans la forme, la thérapie jungienne est assez proche de la psychanalyse freudienne puisque fondée sur l’association libre, la neutralité et l’éthique. Elle consiste en une à deux séances hebdomadaires pouvant s’étaler sur plusieurs années, et en des méthodes de discussion et d’élaboration spécifiques.
L’analyse des rêves
Pour Jung, l’analyse des rêves est un chemin privilégié d’accès à l’inconscient, un moyen de révéler le contenu de la psyché autant dans sa dimension individuelle que collective.
Contrairement à Freud, Jung ne réduit pas le rêve à une expression sexuelle ou infantile : ce n’est pas seulement l’expression de désirs refoulés, mais un outil que l’inconscient mobilise afin de parvenir à un certain niveau d’équilibre intérieur. C’est là la fonction compensatrice du rêve : par exemple, une personne introvertie peut rêver qu’elle prend la parole en public, mobilisant ainsi un potentiel non révélé.
Pour Jung, le rêveur est acteur de son analyse ; il peut toutefois être guidé par l’analyste pour décrypter les images en lien avec son histoire personnelle. Le rêve revêt alors une fonction prospective : plutôt que refléter le passé, il oriente le sujet vers l’avenir et permet son épanouissement.
Les rêves mobilisent des symboles archétypaux qui doivent être vus comme des messages qui permettent d’identifier des parties de soi mal connues. Par exemple, rêver d’un sage ou d’un guide peut signifier la recherche de sens ou un besoin de reconnexion. Autre exemple, pour Jung, la mer est une allégorie de l’inconscient collectif : ainsi, rêver de se baigner dans l’océan peut être le signe d’une harmonisation en cours entre le Moi et l’inconscient collectif.
Dans tous les cas, le rêve accompagne le processus d’individuation.
L’imagination active
L’imagination active est un autre outil important de la thérapie jungienne. Il s’agit d’établir un dialogue conscient avec les images et les symboles qui émergent de l’inconscient.
Le sujet se place dans un état proche de la méditation pour favoriser l’émergence d’images spontanées. Dans ce rêve éveillé, il ne reste pas passif mais interagit, dialogue et analyse les images, figures ou personnages. Les contenus peuvent ensuite être analysés avec l’aide d’un thérapeute.
Cette méthode d’investigation permet de mettre en lumière les contenus inconscients, d’intégrer des aspects de soi ignorés ou rejetés, notamment l’Ombre et l’Anima-Animus, pour au final trouver des solutions symboliques à des problèmes concrets.
Jung lui-même utilisait cette méthode pour analyser ses propres visions. Il a notamment exploré des figures comme Philemon, un personnage sage issu de son inconscient et qui l’a aidé à formuler certaines de ses théories. L’imagination active évolue alors vers dialogue intérieur avec des figures personnifiées, l’occasion de donner la parole à des sous-personnalités contraires et complémentaires.
Autres méthodes et outils mobilisés par Jung (ou ses continuateurs)
Citons, entre autres :
- l’art-thérapie : le dessin, la peinture ou la sculpture peuvent aider à exprimer nos contenus inconscients,
- le travail sur les symboles : il s’agit d’étudier les mythes, les contes ou encore les récits religieux pour en déceler les archétypes sous-jacents,
- le travail sur les mandalas (représentation graphique utilisée comme support de la pratique spirituelle hindouiste et bouddhiste ) : pour Jung, le mandala est un symbole universel d’unité et de totalité, donc un chemin d’accès privilégié au Soi. Jung y voit un outil thérapeutique idéal pour observer (ou recréer) nos composantes intérieures,
- la Thérapie par le Jeu de Sable : elle consiste à manipuler du sable et des figurines pour permettre à des contenus inconscients de se manifester. Le patient crée des scènes symboliques, révélant conflits, émotions ou traumatismes,
- etc.
Les étapes de la thérapie jungienne
Jung n’a pas décrit avec précision les étapes de la psychothérapie analytique ; on peut toutefois évoquer la progression suivante :
- la prise de conscience de l’inconscient : le travail débute par l’exploration des rêves, des fantasmes ou des complexes pour tenter de révéler des contenus inconscients,
- la confrontation avec l’Ombre : il s’agit d’intégrer les aspects de nous-même que nous avons tendance à refouler : défauts, pulsions, traumatismes, etc. Cette étape délicate conduit à la libération de « l’énergie psychique »,
- la rencontre avec l’Animus-Anima : il s’agit d’explorer les archétypes féminins et masculins présents en nous, et dont l’intégration favorisera l’équilibre psychique,
- le dialogue intérieur : en phase avancée, le sujet est en capacité de parler à tous les aspects de sa personnalité, en particulier les aspects auparavant cachés ou refoulés,
- l’atteinte du Soi : c’est l’entrée dans un état d’harmonie dans lequel l’individu évolue en paix avec sa nature profonde et avec le monde.
Mais plus qu’une démarche linéaire, la psychothérapie analytique doit être vue comme un cycle dynamique dans lequel les étapes se répètent pour mener à une version toujours plus « pure » de soi-même, ce qui rappelle les principes de l’alchimie spirituelle, chère à Jung.
Conclusion
La thérapie jungienne peut traiter des symptômes immédiats tels la névrose. Mais son principal objectif reste l’individuation, c’est-à-dire la réalisation de soi.
Dans l’état individué, le sujet devient apte à dialoguer avec son inconscient : il le laisse s’exprimer, il entretient une relation saine avec lui.
Au final, la psychothérapie analytique est un travail personnel, une quête intérieure qui doit permettre d’accéder à une version complète et harmonieuse de soi-même : c’est l’aventure de toute une vie…
Modif. le 24 janvier 2026






