L’ombre en psychologie analytique : définition. Que représente l’ombre ? Comment Jung décrit-il le fonctionnement de notre inconscient ?
En psychologie analytique, l’ombre est la part de notre psychisme que nous ne connaissons pas, et dont nous ignorons même parfois l’existence. En effet, le « moi » (centre de la conscience) a tendance à nier le fait que nous puissions avoir une vie inconsciente : il refoule l’ombre car elle est incompatible avec l’image (la persona) qu’il souhaite renvoyer.
L’individu qui entrevoit son ombre n’y verra que du négatif : l’ombre regroupe tout ce que le sujet refuse de reconnaître et d’admettre en lui, notamment ses pulsions, ses mauvais souvenirs ou ses échecs. Nous verrons cependant que l’ombre a une utilité.
D’autre part, il existe un dialogue entre l’ombre et le moi, les deux aspects ayant tendance à se contrebalancer selon le mécanisme de la compensation. En d’autres termes, chaque élément inconscient trouve sa contrepartie dans le domaine du conscient, et vice-versa. L’ombre apparaît alors comme le double inversé du « moi », notre face obscure, notre « ombre » au sens premier du terme.
L’ombre peut ressurgir à travers des rêves, des fantasmes ou des projections qui auront tendance à complexifier la relation du sujet à lui-même et aux autres. Mais s’il accepte de se confronter à son ombre, l’individu sera en capacité d’intégrer progressivement ses ennemis intérieurs : c’est ce que Jung appelle le processus d’individuation, par lequel le sujet évolue vers le Soi, vers la découverte de sa globalité psychique et de sa nature profonde.

Tentons une définition de l’ombre en psychologie analytique.
L’ombre en psychologie analytique : définition
L’ombre peut tout simplement être définie comme notre inconscient.
Or, pour Carl Gustav Jung, l’inconscient ne se limite pas à l’inconscient personnel tel que décrit par Freud (pulsions, règles intériorisées…) ; il s’étend également à des images partagées, des archétypes qui relèvent de l’inconscient collectif.
L’inconscient est l’ensemble de tous les archétypes, c’est le dépôt de tout ce que l’humanité a vécu, en remontant à ses plus obscurs commencements. Non pas un dépôt mort, mais un système de réactions et de disponibilités qui déterminent la vie individuelle par des voies d’autant plus efficaces qu’elles sont invisibles.
Carl Gustav Jung
L’ombre est donc composée de tous ces éléments, personnels et extra personnels.
Tentons de donner une liste plus précise de ce que peut contenir l’ombre :
- les instincts, par exemple l’instinct de domination ou l’instinct de mort, que nous tentons de refouler,
- les désirs et les pulsions refoulées parce que jugées socialement inacceptables ou entrant en contradiction avec l’image que nous voulons donner,
- les souvenirs oubliés, par exemple des expériences traumatisantes ou honteuses que nous préférons enfouir parce qu’elles nous renvoient à des aspects de nous-même que nous n’acceptons pas. Ce peut aussi être des comportements passés dont on a honte,
- les traits de notre personnalité que nous n’aimons pas. Par exemple, un individu qui se perçoit comme calme et patient peut refouler sa colère, laquelle pourra alors resurgir de manière incontrôlée dans certaines situations. De même, celui qui se voit comme altruiste peut refuser de reconnaître ses propres tendances égoïstes,
- les qualités refoulées : par exemple, un individu qui se perçoit comme très rationnel peut refouler son côté artistique, le jugeant inutile. De même, le sujet qui se montre fort et indépendant pourrait nier sa peur de l’abandon,
- les croyances refoulées : par exemple, une personne très pratiquante peut refouler son absence de foi. De même, un individu qui affiche son humanisme peut refouler un racisme latent,
- pour ce qui est de sa partie collective, l’ombre contient des archétypes, c’est-à-dire des images, des mythes, des modèles universels et inconscients partagés par toute l’humanité. Il s’agit de modèles principalement négatifs (les monstres, le Diable, etc),
- enfin, l’ombre peut inclure l’animus et l’anima, c’est-à-dire certains archétypes masculins présents inconsciemment chez les femmes (animus) ainsi que certains archétypes féminins présents chez les hommes (anima).
L’ombre, génératrice de conflit intérieur et avec les autres
Mal connue et mal comprise, l’ombre génère troubles et conflits intimes, du fait d’une relation difficile avec le « moi ». En effet, le sujet a tendance à rejeter une partie importante de lui-même, ce qui peut mener à un sentiment de vide et de déconnexion, voire à des comportements autodestructeurs.
L’ombre peut aussi causer un rapport malsain à l’autre, marqué par l’attachement, la peur ou le rejet. En effet, l’ombre est souvent reportée sur l’entourage. Autrement dit, nous projetons nos propres défauts sur les autres, nous attribuons à autrui ce que nous avons tendance à nier en nous-mêmes. Par exemple, une personne qui dénonce l’hypocrisie chez les autres peut elle-même se montrer hypocrite sans s’en rendre compte.
Ce mécanisme de projection (et de protection) nous conduit à cultiver les préjugés et à formuler des discours de mépris ou de rejet. Des jugements qui traduisent en réalité le rejet d’une partie de nous-même. Par exemple, un comportement homophobe peut cacher une homosexualité refoulée.
Rencontrer et comprendre son ombre
L’ombre a une utilité : elle est un réservoir de force vitale, d’élans profonds, de besoins fondamentaux, de schémas indispensables à notre construction et à notre équilibre. C’est aussi un champ de potentialités et de créativité. L’ombre n’est donc pas forcément mauvaise en soi, malgré l’idée que s’en fait le « moi ».
C’est pourquoi la psychologie analytique insiste sur l’importance de reconnaître et intégrer son ombre pour atteindre une personnalité équilibrée : c’est ce que Jung appelle le processus d’individuation. Il s’agit alors d’explorer la part inconnue de nous-même.
Rencontrer son ombre, c’est l’intégrer afin d’éviter qu’elle ne contrôle inconsciemment nos comportements. C’est comprendre l’origine de certaines peurs ou pulsions, par exemple en reconnaissant la part héritée de l’histoire de l’humanité, ce qui permettra de se déculpabiliser. C’est se libérer de nos chaines et libérer nos potentialités.
L’ombre : un archétype en soi
Nous l’avons vu, l’ombre porte et véhicule un certain nombre d’archétypes, c’est-à-dire de représentations inconscientes issues de notre culture et de notre éducation.
En tant que face obscure de l’être humain, l’ombre est aussi un archétype en elle-même, qui renvoie à l’image de personnages négatifs tels Hadès, Seth, Méphistophélès, Baphomet, les sorcières, Dark Vador, Mr Hyde ou encore le Joker…
Modif. le 16 janvier 2026






