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J’ai frappé à la porte du Temple (planche)

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J’ai frappé à la porte du Temple : qu’est-ce qui nous amène à entrer en franc-maçonnerie ? Quel est le moteur de notre quête ? Voici une planche maçonnique au 1er degré.

Ce sujet nous ramène aux sources de notre démarche initiatique, à ce qui nous a amené à vouloir être initié et à ce que nous avons vécu durant cette période qui a précédé notre entrée dans le Temple.

C’est se demander ce qui se passe avant notre initiation, et si cela en fait déjà partie. C’est donc se demander s’il y a un commencement dans la démarche initiatique, et si c’est le cas, quel peut-il être ?

On peut dire pour chacun d’entre nous que le moment où nous avons frappé à la porte du Temple, ou plus précisément où nous avons décidé de matérialiser un désir, celui de faire notre demande d’initiation, est une charnière dans notre existence, et que nous nous en souvenons tous encore.

Alors, d’abord, demandons-nous : d’où vient ce désir ?

Voici une planche sur le thème « j’ai frappé à la porte du Temple ».

On peut évidemment dire qu’il s’agit d’une sensibilité propre et que celle-ci a amené chacun d’entre nous à chercher, et nous a amené à croiser la voie de l’Initiation, par exemple par l’intermédiaire d’un Frère qui aura su la percevoir et y répondre.

Avant cela, il faut se demander ce qu’est l’initiation et pourquoi les hommes en ressentent le besoin.

En fait, à partir du moment où l’homme prend conscience qu’il évolue dans le cosmos, nous pouvons sérieusement penser qu’il a perçu qu’il n’était pas en capacité de tout comprendre par lui-même, de se relier à l’Unité par ses propres capacités. C’est ainsi qu’il se rattache à l’Initiation, espérant se donner les moyens, par le travail, l’échange et la transmission, d’accéder à une capacité d’ouverture à la Connaissance qui le dépasse.

On pourrait aussi se dire que l’Initiation est une démarche voulue par le GADLU et mise à disposition de l’Homme… Quoi qu’il en soit, les hommes, depuis des temps immémoriaux, ont ressenti le besoin de chercher ce qu’ils sont, ce qu’est l’univers, et quelle peut être leur place dans celui-ci.

Voilà ce que nous avons sûrement perçu, pas forcément de manière parfaitement consciente à un moment de notre existence profane. Notre questionnement sur nous-même, sur ce qui nous entoure, notre place, ou sur l’humanité en général nous a poussé vers une démarche qui pouvait nous sembler nous aider à trouver des réponses à nos questions.

Il y a donc à l’origine de notre démarche un désir profond de Connaissance. Nous pouvons nous arrêter sur cette notion de désir. Au sens étymologique, c’est le regret de l’absence, dérivé de sidus, sideris, l’Etoile. C’est donc regretter l’absence de l’Etoile…

Alors, quelle Etoile ? Surement celle qui peut nous éclairer et nous guider, et qui doit être présente pour nous guider dans une recherche de Connaissance. Cette idée de l’Etoile qui nous guide est quelque chose qui nous relie à l’Initiation. On la retrouve également dans d’autres références, comme les Trois Mages suivant l’Etoile les amenant au Christ.

Que nous ayons frappé par nous-même à la porte du Temple ou qu’un Frère nous ait guidé, il y a un autre moteur qu’il ne faut pas négliger : la curiosité. Si elle peut être dans certains cas néfaste, elle est un réel moteur.

La curiosité est le désir ardent de connaître. Il s’agit donc d’un désir de Connaissance, Connaissance du cœur dans notre cas. Ce désir est donc lié au cœur-conscience, même si le désir intellectuel n’est pas à négliger. Nous ne parvenons pas forcément à formuler cette expression, ce besoin de notre cœur, ou notre intuition, les outils nous manquant souvent en tant que profane.

C’est une prise de conscience de ce qui nous relie à l’Univers, de ce que l’on peut appeler comme notre part de sacré. C’est donc là le point de départ de la démarche du profane qui frappe à la porte du Temple.

Dans Her-Bak « Pois-Chiche » de Schwaller de Lubicz, le Maître explique à Her-Bak que le premier jour de sa vie (spirituelle) est le jour où il prend apprend à entendre son cœur :

« Le Maître : Dis-moi, si tu dors, sais-tu quand le Soleil se lève ?
— Her-Bak : Non bien sûr !
— Les yeux bandés, sais-tu quand il se couche ?
— Je ne peux pas le savoir.
— Ces oiseaux-là le peuvent, jamais ils ne se trompent ; ils guettent le Soleil dès son lever, à son « sommet », à son coucher : ils sont plus forts que toi.
— Ils savent d’autres choses ?
— Apprends à le leur demander.
— Ils répondront ? Tu le crois ?…
— Si tu observes bien, ton cœur te répondra.
— Comment faut-il leur demander ?
— Te taire, te taire, et regarder.
— Jamais, on ne m’a dit ces choses-là !
— Aujourd’hui est le premier jour. « 

On peut noter une analogie avec le rituel qui dit :

– Comment avez-vous été introduit en Loge ?
– Par trois grands coups.
– Quelle est leur signification ?
– Demandez et vous recevrez (LA LUMIERE) ; cherchez et vous trouverez (LA VERITE) ; « frappez et on vous ouvrira (LA PORTE DU TEMPLE). »

Instruction 1er degré REAA

On dit bien ici, « on vous ouvrira », et non « vous entrerez ». Cela signifie que quelque soit l’avancement dans la démarche initiatique, chaque étape nécessite un passage que l’on ne décide pas. C’est à la Chambre du Milieu, aux Maîtres de décider quand le Frère pourra accéder à un grade supérieur. Il en est de même pour le profane. Si la porte s’entrouvre, il ne peut tout à fait voir ce qu’il y a dans le Temple et entrer. Il reste du chemin pour que la loge décide de son initiation…

Lorsqu’on s’entretient avec un profane avant son initiation, on note parfois idéalisation de ce que peut être l’initiation, ce qui semble normal. Le profane ne connaît généralement que des élément vagues, les grands principes de ce que la cérémonie d’initiation peut être et de ce qu’elle peut lui apporter. Mais il n’en a pas fait l’expérience.

Cette idéalisation est essentielle comme moteur de mise en dynamique du profane. Même si nous percevrons différemment cette notion d’idéal une fois initié, elle est centrale dans la démarche. Sans cet idéal, qui est assez différent et personnel, la démarche ne peut tenir dans le temps. Il peut évoluer, mais il existe comme un élément de base pour chaque Frère.

Ainsi, nous avons vu ce qui pouvait amener le profane à frapper à la porte du Temple. Le voici alors devant la porte, comme son nom l’indique (pro : devant, fanum : porte). Mais il ne peut entrer, la porte est fermée, et il n’en n’a pas la clé. On doit le faire entrer. Et c’est là que tout se complique…

Nous n’entrons pas en initiation du jour au lendemain. Cela ne se fait pas fait par hasard. Si nous pratiquons rencontres et enquêtes avec les profanes, c’est pour comprendre qui ils sont, ce qu’ils recherchent et s’ils peuvent s’intégrer à la Loge de manière harmonieuse (pour eux et pour la Loge).

Dans certains cas, les profanes sont d’abord intégrés dans des péristyles ou des Galeries. Le péristyle (qui signifie « autour des colonnes ») permet d’échanger et de faire travailler les profanes pour qu’ils puissent commencer à s’imprégner de la démarche initiatique et de ce qu’ils rencontreront une fois initiés.

Dans ce cas, il y a bien une mise en accord du profane avec la démarche initiatique et la Loge : le profane entre dans une démarche initiatique active et pratique.

Vient ensuite l’épreuve du bandeau. Le profane entre dans le Temple, les yeux bandés. Bander les yeux du profane a plusieurs finalités. La première, très pratique, pour garder la discrétion sur les Frères et les décors. La deuxième est de mettre le profane dans un état de réceptivité et de concentration en le détachant du sens de la vision, sûrement le plus trompeur. Cela permet à la Loge de sonder l’âme du profane, de le jauger, non dans ses réponses, mais dans ce qu’il est véritablement.

Il s’agit enfin pour le profane de se mettre en questionnement, de perdre une part de confort pour créer un état d’instabilité, source de mouvement.

Nous voyons ainsi que la démarche initiatique est bien antérieure à la cérémonie d’initiation. La conscience de cela apparaît souvent après la cérémonie d’initiation.

En entrant dans le cabinet de réflexion, le profane devient postulant. Il n’est plus tout à fait profane, mais placé en attente en-dessous du Temple, dans un monde intermédiaire. Il n’est plus vivant, ni tout à fait mort. Il vit là un retour à la terre noire, materia prima pour créer un être en esprit, un initié en perfection, et pas seulement un apprenti.

Une fois le profane purifié par l’épreuve de la Terre, il devient un être en pleine potentialité pour devenir Initié.

Une fois réellement devant la porte du Temple, l’Expert frappe un coup, puis la porte s’ouvre. Ce coup est la première vibration vitale pour l’entrée du postulant dans la Vie spirituelle et dans la démarche initiatique active.

Notons que ce n’est pas le profane ou le postulant qui frappe concrètement à la porte du Temple. Il ne pourra le faire qu’une fois initié…

C’est l’essence même de nos Loges que d’accueillir des profanes pour leur ouvrir les portes du Temple. C’est là le devoir de transmission et le moteur de la Loge. Sans cette transmission, la Loge dépérirait progressivement et la tradition initiatique se perdrait.

Ainsi, le profane porte en lui toute l’Initiation en germe et l’avenir de l’Initiation.

Si l’enfant accomplit son destin, il continuera la lignée spirituelle qui permet à notre pays de rester le dépositaire de la sublime Connaissance, à travers tous les troubles, les décadences et les invasions. Puissions-nous guider sagement son éclosion !
Isha Schwaller de Lubicz, Her-Bak Pois-Chiche

Voir aussi :

Les essentiels du premier degré maçonnique couverture

Ce livre numérique pdf (114 pages) comporte 33 planches essentielles pour approfondir les thèmes et symboles du premier degré maçonnique.

Il offre des points d’appui dans le labyrinthe des objets et concepts à décrypter.

Modif. le 8 juin 2024

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