La persona en psychologie analytique : définition. La persona est-elle consciente ou inconsciente ? En quoi nous est-elle utile ou néfaste ?
En psychologie analytique, la persona (du latin persona, « masque d’acteur », puis « rôle, caractère ») est le masque social, autrement dit la manière dont l’individu organise son rapport à la société : c’est le personnage qu’il se crée pour s’adapter au monde, tenir son rôle et répondre aux attentes de l’entourage.
La persona relève donc de l’image, de l’apparence, de la posture. C’est notre personnalité perçue par les autres, ou en tous cas telle que nous souhaiterions qu’elle soit perçue par les autres.
La persona est le plus souvent un masque conformiste, mais peut parfois relever d’une posture anti-conformiste ou provocatrice. Ce masque se construit à partir de l’adolescence et peut se renforcer avec le temps.
La persona peut être plus ou moins marquée. Une persona très marquée est le signe d’un individu inauthentique, ayant la volonté de dissimuler une partie de lui-même.

Le schéma ci-dessus montre que la persona est la partie la plus extérieure du « moi », celle qui est le plus en lien avec l’environnement, avec les autres.
Tentons une définition de la persona en psychologie analytique.
La persona : définition selon Jung
Définition : la persona peut être définie comme le système individuel d’adaptation au monde, ou la manière dont l’individu se présente et s’assume face au monde.
A noter qu’un même individu peut présenter différents masques en fonction des circonstances, des rencontres ou du contexte : masque professionnel, masque familial, masque amical, etc.
La persona relève à la fois :
- du domaine conscient : la persona est le masque que nous choisissons, que nous voulons présenter au monde, par exemple afin de répondre à une attente sociale, ou afin de dissimuler des failles, des limites personnelles,
- du domaine de l’inconscient : la persona peut avoir pour objet de cacher des aspects inconscients ou refoulés de nous-mêmes, en particulier relatifs à notre ombre. Pour rappel, l’ombre est la partie de notre psychisme que nous rejetons car elle est incompatible avec l’idée que nous avons de nous-mêmes.
Ainsi, la persona peut parfois révéler (ou masquer) des dynamiques inconscientes : dans une certaine mesure, on peut y voir le pendant de l’ombre.
Exemples de persona
Nous construisons notre (ou nos) persona en fonction d’éléments issus de notre histoire personnelle (milieu social, études, qualifications…), de notre position sociale (responsabilités, prérogatives liées à notre métier ou à notre rôle dans la famille), de nos attentes vis-à-vis de nous-mêmes et de celles de nos interlocuteurs.
Voici quelques exemples de persona :
- l’étudiant impliqué,
- le gendre parfait,
- la femme idéale telle qu’elle se présente sur un profil de réseau social,
- le professionnel compétent,
- le digne héritier du fondateur de l’entreprise familiale,
- le parent idéal, attentionné et patient,
- l’ami sur lequel on peut toujours compter,
- l’ami qui fait rire tout le monde,
- le rebelle ou l’anarchiste, provocateur et non-conformiste,
- le sauveur,
- le sage, jamais à court de bons conseils,
- le retraité dynamique et engagé,
- etc.
Notons que la persona peut se raccrocher à des stéréotypes, cependant elle est capable de nuance et d’adaptabilité.
L’utilité et les difficultés posées par la persona
La persona est utile voire nécessaire pour pouvoir se positionner, interagir en société et respecter les nombreux codes qui participent de l’harmonie sociale. D’autre part, la persona protège l’individu de sa crainte de ne pas être en adéquation avec les attentes des autres.
Mais dans certains cas, un masque trop visible peut amener l’entourage à s’étonner d’un manque de naturel, ou à se poser la question de notre véritable identité.
D’autre part, la persona peut faire obstacle à la compréhension de soi-même. En effet, il peut arriver que le « moi » s’identifie à la persona. La persona usurpe alors notre identité réelle et il nous semble que notre masque est notre véritable personnalité. L’individu n’a plus d’idée claire de qui il est, il peut ressentir une confusion ou un vide intérieur.
- Par exemple, si la situation personnelle de l’individu change (nouveau métier, perte d’emploi, arrivée d’un enfant, départ des enfants devenus grands…) et que le masque qu’il s’était construit n’a plus d’utilité, alors il peut éprouver un sentiment d’effondrement.
- Même dans le cas où sa situation personnelle est stable et favorable, un individu peut développer un sentiment de trouble ou de vide si la persona qu’il s’est construite a fini par étouffer les autres aspects de sa personnalité. Par exemple, celui qui a construit toute sa vie autour de sa réussite professionnelle pourrait bien se réveiller un matin avec un sentiment de mal-être et de dépression.
D’autre part, une forte identification à sa persona peut signifier une ombre très développée. Or, plus cette identification sera forte, plus l’ombre s’exprimera de façon incontrôlée, par des projections inconscientes ou des comportements impulsifs.
- Par exemple, un individu qui refoule un puissant instinct de mort peut développer une persona de sauveur et construire une carrière en ce sens. Il s’identifiera totalement à son métier de pompier ou de sauveteur, mais son goût pour la mort pourrait le rattraper.
A l’inverse, un rapport sain à notre persona consiste à prendre du recul et à comprendre que notre image n’est pas la réalité.
Dissiper sa persona ?
Nous l’avons vu, la persona est un moyen de se créer une personnage, et donc de cacher notre véritable personnalité aux autres. Parfois, la persona dissimule à nous-mêmes notre nature profonde, ce qui relève d’un mauvais rapport à soi-même.
L’objectif de la psychologie analytique est donc de reconnaître sa persona, d’identifier ses masques, de les soulever pour accéder à notre véritable identité. Ôter le masque, c’est aussi pénétrer notre ombre…
Précisément, le processus d’individuation tel que défini par Jung consiste à visiter tous les aspects de notre personnalité, y compris la persona. Ce travail sur soi conduit à mieux identifier nos masques et à comprendre pourquoi nous les utilisons. Dès lors, nous sommes moins dépendants d’eux, nous sommes prêts à assumer et montrer nos vulnérabilités.
Au final, la psychologie analytique insiste sur la nécessité de développer une identité saine qui permette une véritable expression de soi, tout en répondant aux attentes sociales. Le sujet fait la différence entre être et représenter, il n’est plus dupe de lui-même ; il reste fidèle à ses besoins profonds.
Modif. le 18 janvier 2026






