La Tolérance, manifestation de l’équilibre et de l’harmonie : voici une planche au grade de Grand Maître Architecte.
Dans l’article « Tolérance » de son Dictionnaire philosophique, Voltaire déclare :
La tolérance est l’apanage de l’humanité. Nous sommes tous pétris de faiblesses et d’erreurs (…). Pardonnons-nous réciproquement nos sottises, c’est la première loi de la nature.
Le mot « tolérer », historiquement, conserve le sens passif du mot latin tolerare, qui s’assimile à l’idée de « supporter une peine avec souffrance ». Cette acception de la souffrance a ensuite disparu au profit de la notion de « patience ».
Et c’est ainsi que la tolérance, par extension, a pu s’orienter vers le fait « de supporter quelque chose, de supporter quelqu’un ou ce que l’on approuve pas ».
Ainsi aujourd’hui, tolérer signifie accepter et respecter sans contrainte les idées, les opinions et les comportements d’autrui que l’on ne partage pas.
Toutefois, on remarquera que la souffrance ou la capacité à supporter sont des attitudes à caractère négatif, ce qui n’est pas forcément le sens à retenir en franc-maçonnerie.
La tolérance, d’un point de vue maçonnique, a donc ses spécificités ; elle est fondée sur le respect et la compréhension de l’Autre, qui découle notamment de la Fraternité. Il ne s’agit pas là de la tolérance ordinaire, assimilée à l’acceptation résignée de ce que l’on renonce à empêcher ou à combattre.
Voir aussi :
- La tolérance : définition philosophique
- Faut-il tolérer l’intolérance ?
- Liste de planches du 5ème au 12ème degré
La tolérance au sens maçonnique
Pour le franc-maçon, la tolérance est une attitude qui consiste à admettre chez autrui une manière de penser ou d’agir différente de celle qu’il adopte pour lui-même.
Sa liberté de conscience, de jugement et de pensée le met donc à même d’entendre la position de son prochain, sans pour autant renier ses propres convictions, sachant que de la discussion peut naître la Lumière.
La tolérance est parfaitement définie dans les sentences qui concluent le deuxième voyage du Maître Secret :
- Ne vous payez pas de mots, n’accordez à qui que ce soit une confiance aveugle, mais écoutez tous les hommes avec attention et déférence.
- Ayez la ferme résolution de les comprendre.
- Respectez toutes les opinions, mais ne les acceptez pour justes que si elles vous apparaissent comme telles après les avoir examinées.
- Ne profanez pas le mot de Vérité en l’accordant aux conceptions humaines. La Vérité absolue est inaccessible à l’esprit humain ; il s’en approche sans cesse, mais ne l’atteint jamais.
Ainsi la tolérance maçonnique ne va-t-elle pas de soi. Nécessitant des efforts, elle est le fruit d’un travail d’écoute, d’ouverture, de compréhension.
La tolérance est la reconnaissance qu’une part de la Vérité nous échappe, et que l’Autre possède lui-aussi une part de Vérité. Il faut donc chercher à comprendre l’Autre avant de le juger : tel est notre Devoir.
La tolérance n’est pas une concession que je fais à l’autre, elle est la reconnaissance du principe qu’une partie de la vérité m’échappe.
Paul Ricoeur
La tolérance, sur le fil
Dans l’idée de tolérance, il y a à la fois l’idée d’une acceptation… et celle d’une réprobation, qu’il faut faire cohabiter. D’où la difficulté à cerner ce mot, et qui amène certains à se poser la question de savoir si la tolérance est un vice ou une vertu.
Pour le franc-maçon, la tolérance est bien une vertu, laquelle est liée à un certain niveau de connaissance et d’éveil de la conscience.
En effet, l’esprit de tolérance suppose une capacité d’écoute et de remise en question de ses propres pensées. Il s’agit donc d’une lutte sur soi-même, en faisant preuve de la plus grande humilité. La tolérance requiert également une réelle prise de conscience de la pluralité humaine : je ne possède pas la Vérité, l’Autre non plus, nos points de vue sont relatifs, mais la conjonction des efforts permet de tendre vers l’universel.
Nous ignorons beaucoup plus de choses que nous n’en savons. Le regard de l’autre sur le monde est légitime et peut nous aider à élargir le nôtre.
Le devoir d’intolérance
Si le franc-maçon a le sens inné ou acquis de la tolérance, il a également un devoir de vigilance envers certains comportements, voire un devoir d’intolérance… En effet, le franc-maçon sait rejeter les mauvaises pierres, il sait rappeler la règle et refuser toute tentative de perversion ou de profanation des valeurs sacrées.
On pourrait dire que la tolérance a des limites, et si l’espace sacré est un espace de tolérance, alors pas de tolérance pour les ennemis de la tolérance, pas de pitié pour les intrus qui viendraient détruire l’édifice humaniste.
On touche ici au paradoxe de la tolérance : pour fonder une société tolérante, il faut faire preuve de rigueur et parfois d’intolérance.
Mais refuser l’inacceptable ne veut pas dire refuser de comprendre : je dois continuer à chercher, à analyser, à me questionner. Je dois aussi me remettre en cause.
Ainsi, la rigueur dont nous parlions plus haut doit aussi s’appliquer à nous-mêmes : nous devons sans cesse combattre nos imperfections et poursuivre le travail de connaissance de soi.
Précisément, la connaissance de soi nous conduit à reconnaître nos limites, ce qui nous conduira à rechercher chez les autres ce qui nous manque.
La tolérance en loge de perfection
A travers la légende d’Hiram et l’utilisation des outils symboliques, le franc-maçon possède les armes de la Connaissance, de la liberté de conscience et de la tolérance, pour combattre en lui-même ses mauvais instincts, et notamment ses trois mauvais compagnons que sont l’Ignorance, le Fanatisme et l’Ambition.
En loge de perfection, le franc-maçon œuvre à son perfectionnement individuel et prépare son sanctuaire intérieur afin de découvrir pour l’extérioriser et la faire rayonner, cette force supérieure, intérieure, qu’est l’Amour.
L’édification de notre Temple intérieur, le Saint des saints, est une réalité initiatique qui, degré après degré, permet d’accéder à des niveaux de spiritualité toujours plus élevés.
La tolérance au cinquième degré R.E.A.A.
Ainsi, dans un premier temps, il nous est proposé au cinquième degré d’équilibrer ce qui s’oppose en nous d’une façon primordiale : la matérialité et la spiritualité.
C’est la raison pour laquelle le Maître Parfait « connait le Cercle et sa Quadrature ». Étant bien précisé que la quadrature du cercle, rappelant par analogie que l’idéal de perfection est inaccessible, renvoie à la nature de la relation antagoniste qui existe entre l’esprit (le cercle) et la matière (le carré).
Ici, le cercle représente la perfection, la Connaissance, le cosmos et la puissance céleste, alors que le carré représente le monde terrestre, humain et matériel.
La question est : comment opérer la rencontre harmonieuse de l’Esprit et de la matière, du céleste et du terrestre ? Comment allier tolérance et rigueur ? Comment protéger l’idéal de tolérance des affres de la matière ? Comment vivre une expérience matérielle sans devenir intolérant ?
La tolérance au sixième degré R.E.A.A.
Au sixième degré, Johaben oscille entre deux pôles opposés : il est à la recherche d’un juste milieu, d’une unité qui lui permettra de sortir de la dualité. Il s’agit donc là d’une véritable voie du milieu, intérieure, à construire, celle de l’alliance entre les deux rois, entre la violence de la matière (Hiram de Tyr) et le désordre d’une spiritualité qui serait coupée de la matière (Salomon).
Par le renouvellement de leur alliance, les deux rois montrent que la matière et l’esprit peuvent se réconcilier grâce à un intermédiaire providentiel, Johaben, dont ils font leur Secrétaire Intime.
Le Ternaire ainsi reconstitué, nous pouvons poursuivre notre quête vers l’harmonie, laquelle est fondée sur une saine curiosité, laquelle a permis l’irruption de la conscience, une compréhension de la situation et finalement l’avènement d’une tolérance sans complaisance.
La tolérance au septième degré R.E.A.A.
Au septième degré, le Prévôt et Juge est chargé de faire régner la justice sur le chantier, dans un esprit d’équité et de générosité, et également d’arbitrer les conflits. Il incarne notamment cette fonction symbolisée par la Balance, emblème de justice, d’équilibre et d’harmonie. Il doit comprendre ses ouvriers, être à leur écoute, et en même temps savoir les diriger.
La tolérance au sens maçonnique touche donc à la Justice. Ainsi, le franc-maçon travaille non seulement à porter un jugement équitable sur autrui, mais aussi à se situer lui-même dans une quête de perfection.
Sur un plan intérieur, Johaben doit peser ses sentiments, c’est-à-dire être son propre juge de conscience : il doit vérifier la conformité de ses actions avec la Loi morale.
Il doit être à la fois tolérant et rigoureux envers lui-même : il doit accepter ses défauts, il doit aussi savoir les soumettre.
La tolérance au huitième degré R.E.A.A.
Au huitième degré, l’Intendant des Bâtiments se fixe pour but de pénétrer plus avant dans la réalité d’un monde où règnent la justice, l’ordre et l’Amour. Le Devoir consiste à accomplir les Cinq points de fidélité : agir, intercéder, prier, aimer ses frères et les secourir.
Dans son rapport à lui-même, l’Intendant des Bâtiments s’oblige à suivre l’exemple d’Hiram, s’efforçant de mourir au monde et à ses vices. De façon générale, cela consiste à se comporter de manière juste et dévouée.
Pour entrer dans son propre Saint des saints, il faut paradoxalement sortir de soi-même et aller à la rencontre de l’Autre. L’œuvre ne pourra donc être achevé que par l’échange, le partage et l’entraide. Autrement dit, c’est par la présence de l’autre que l’on pourra accéder à l’universel en soi. La tolérance est une rencontre.
Notons que la Balance vue au grade précédent est toujours présente.
La tolérance au neuvième degré R.E.A.A.
Notre quête de l’équilibre et de l’harmonie passe par le neuvième degré, grade de Maître Élu des Neuf.
Ce grade représente un idéal de justice et d’équité triomphant des pires vices, grâce au progrès de la Connaissance et de la morale. Le Maître Élu cherche à se libérer d’une partie de lui-même par la force justicière. En assouvissant une vengeance symbolique nécessaire contre le mal enfoui en lui, il tente de s’en libérer tout en obtenant la clémence de sa conscience pour la brutalité de sa méthode.
Peut-on faire preuve d’intolérance pour combattre l’intolérance ? La question est posée, et Johaben, à ce stade, est plongé dans le trouble. Johaben ne s’est peut-être pas suffisamment aimé lui-même, compris lui-même…
Sur le plan légendaire, la clémence de Salomon résulte de l’intercession des frères de Johaben, étant rappelé qu’intercéder signifie intervenir en faveur de quelqu’un pour obtenir sa grâce. Pour effectuer cette démarche, il est nécessaire de comprendre l’Autre, de le considérer comme un égal, de se mettre à sa place, de l’aimer ; c’est donc bien l’amour fraternel qui intercède.
Ainsi, l’intercession est un geste noble profondément humaniste, qui consiste à voir en l’Autre un autre soi-même. C’est par conséquent un geste qui vient du cœur, rappelant que l’humanité partage le même sang et le même destin.
La tolérance au dixième degré R.E.A.A.
L’Illustre Élu des Quinze poursuit sa purification intime et parvient à trouver plus d’équilibre entre rigueur et tolérance. Peu à peu, l’ordre et la Justice s’imposent, étant précisé qu’il nous faut exercer la justice sans faiblesse, mais à partir d’un cœur purifié de toute haine.
On conçoit que la Justice n’est pas la vengeance. La Justice est d’abord le gouvernement éclairé de soi, de sa propre vie.
La tolérance au onzième degré R.E.A.A.
Au onzième degré, le Sublime Chevalier Élu ayant trouvé en lui l’étincelle divine, sait désormais discerner entre le Bien et le Mal. Il ne confond plus rigueur et brutalité, tolérance et faiblesse.
Le Sublime Chevalier Élu fait sien l’idéal de Justice qu’il incarne désormais, bien convaincu que cette justice n’est pas la sienne. Car il est passé de la justice des hommes à celle du cœur faite à la fois de rigueur et de bienveillance ; celle qui ne juge pas en fonction de lois humaines, mais en fonction de la loi du Grand Architecte de L’Univers, la Loi universelle.
Salomon lui confère le titre d’Emerek, « homme vrai en toute circonstance », étant précisé que ce n’est pas la reconnaissance d’un état, mais bien l’engagement formel à essayer de l’atteindre.
La tolérance au douzième degré R.E.A.A.
Arrivé au douzième degré, le Grand Maître Architecte ayant acquis et intégré les enseignements des degrés précédents, est maintenant en capacité d’achever le troisième étage de son temple intérieur en harmonie avec le temple de l’Univers, expression du calme de la conscience et de la paix de l’âme.
Sa mission sera donc désormais de réaliser les conditions pour relier l’Homme avec le Ciel.
Conclusion
Instruits des enseignements des différents degrés de perfection, nous sommes maintenant convaincus que la tolérance est bien la manifestation de l’équilibre et de l’harmonie, autant sur le plan de conscience individuelle que sur le plan sociétal et universel.
La tolérance n’est pas une faiblesse, mais un devoir d’écoute et d’Amour, une rigueur qu’il faut s’imposer d’abord à soi-même avant d’espérer la percevoir chez les autres. Etre tolérant, c’est montrer l’exemple et toujours pardonner intimement, sans jamais se compromettre.
Vénérer la vertu et l’humanité, apprendre l’amour de soi et d’autrui, que ce nous soit toujours le premier devoir. Alors, et non seulement à l’Orient et au Couchant, mais aussi au Sud et au Nord, ruissellera la Lumière.
Mozart, Enlaçons nos mains mes Frères, K. 623a

Ce livre numérique pdf (75 pages) comporte 19 planches essentielles pour approfondir les thèmes du cinquième au huitième degré REAA.
Décryptez la légende, les symboles, les décors et les notions-clés à ces degrés.
Ce livre numérique pdf (72 pages) comporte 19 planches essentielles pour approfondir le symbolisme des degrés de vengeance ou d’Elu au R.E.A.A.
Décryptez la légende, les personnages, les décors et les notions-clés à ces degrés.

Dernière modification le 24 juin 2026. Adrien Choeur








