Qui était Voltaire et pourquoi est-il devenu célèbre ? Comment Voltaire est-il devenu franc-maçon ? Quel franc-maçon était-il ?
Voltaire (1694-1778) a donné son nom au XVIIIe siècle comme Louis XIV avait imposé le sien au siècle précédent. Il a révélé à l’Europe une royauté nouvelle, celle de l’esprit. Insatisfait de déployer le sien dans les formes traditionnelles de la tragédie et de l’épopée, il a mis toute son ironie au service des libertés et des Lumières dans les lettres qu’il a écrites par milliers, dans des pamphlets qui sont autant d’appels à l’opinion et dans des contes dont Candide reste le plus frappant. L’affaire Calas autorise à considérer comme le premier intellectuel moderne celui dont on a fait parfois le symbole de l’esprit français.
Présentation de Voltaire dans La Pléiade
François-Marie Arouet, dit Voltaire, est l’un des grands penseurs de la philosophie des Lumières. Il s’est illustré dans de nombreux combats qui font de lui l’un des tous premiers intellectuels engagés. Se distinguant notamment à travers ses contes philosophiques comme Zadig et Candide, il s’insurge dans des essais satiriques contre « l’infâme », nom qu’il donne au fanatisme religieux. Car Voltaire œuvrera toute sa vie en faveur du droit, de la justice et de la liberté de penser.
Aussi bien dans l’affaire Callas que dans l’affaire Sirven, du Chevalier de la Barre et du comte de Lally, il s’emploie courageusement à défendre les victimes de l’intolérance de son temps.
Rien d’étonnant alors à ce que les francs-maçons revendiquent le philosophe comme l’un des leurs. Mais Voltaire ne devient officiellement franc-maçon que dans les dernières heures de sa vie, à l’âge de 84 ans. Certains prétendent pourtant que celui-ci aurait reçu la Lumière bien avant son initiation, et ce dans une loge paramaçonnique qui deviendra la face occulte des Encyclopédistes, et la pépinière de ses idées…
Tentons de percer le mystère de Voltaire franc-maçon.
L’ascension d’un jeune esprit irrévérencieux
François-Marie Arouet est né le 21 novembre 1694 à Paris. Très jeune, il se révèle être un écolier brillant lorsqu’il fait ses études au Lycée Louis-le-Grand chez les jésuites et montre très rapidement des dons lorsqu’il s’agit de versifier.
Voulant embrasser la carrière d’un homme de lettres, François-Marie Arouet est en conflit avec son père qui voit en lui un futur avocat. Ce sont les amitiés du jeune homme qui bientôt l’entraînent à la Bastille lorsqu’il fréquente les ennemis du Régent Philippe d’Orléans et qu’il avoue être l’auteur de nouveaux ouvrages de vers satiriques contre le Régent et sa fille.
À sa sortie de prison, le jeune homme décide de se consacrer entièrement au genre littéraire et choisit de changer de patronyme pour rompre avec le cercle familial. Il se crée le nom euphonique de Voltaire et publie ses premiers succès qui lui valent rapidement une certaine notoriété dans les salons et les châteaux.
Voltaire commence une vie mondaine qu’il n’abandonnera jamais. En 1726, il subit une nouvelle humiliation après une altercation qui le conduit de nouveau à la Bastille et le contraint à l’exil. Cet épisode, qui va profondément le marquer, est-il à l’origine de cette volonté que le philosophe s’emploiera à exercer lorsqu’il s’agira de défendre les plus faibles ?
Expatrié en Angleterre, Voltaire se rapproche de la cour du Roi George Ier puis de celle de George II et rédige Les Lettres Philosophiques en 1737. S’ensuivront ensuite l’autorisation de rentrer en France, avec l’interdiction de se rendre à Versailles et l’opportunité de conquérir d’autres cours européennes comme celle de Berlin. Plus tard, il sera contraint une nouvelle fois à l’exil.
Tout au long de son parcours littéraire et de ses périples, Voltaire connaît le rejet et les conséquences parfois douloureuses que sa liberté d’esprit et sa soif d’indépendance lui inspirent dans ses écrits.
Un homme engagé
Nous l’avons dit, Voltaire a été emprisonné à la Bastille à deux reprises :
- une année en 1717 pour des poèmes satiriques contre le Régent,
- en 1726, après l’affaire du chevalier de Rohan, il est visé par une lettre de cachet.
Pour comprendre ce siècle, durant lequel Voltaire pense, écrit, agit, il faut mettre en perspective le carcan qui enserrait la société à la fin du règne de Louis XIV, la superstition généralisée, le pouvoir immense de l’Eglise. Tout se tend sous la Régence (1715-1723).
Voltaire a la plume acide. Il écrit vite et avec une éblouissante facilité, en vers comme en prose ; il n’a peur de personne et défend ses idées… En face de lui, tout n’est qu’intolérance et ignorance.
Il va user de son talent pour défendre cinq causes célèbres :
- A Toulouse, en 1761, le père Calas est roué après avoir été condamné, à tort, pour avoir tué son fils protestant qu’il aurait refusé de voir se convertir au catholicisme. En 1765 toutefois, les magistrats de la Cour royale rétablissent la veuve de Jean Calas dans ses droits, et réhabilitent la mémoire de son défunt époux.
- A Mazamet, en 1772, on accuse une famille de protestants, les Sirven, d’avoir tué leur fille pour l’empêcher de se convertir au catholicisme. Il retourne l’opinion du Tribunal. Le père lui écrit « Vous m’aviez jugé et le public instruit n’a pas osé penser autrement que vous ; en éclairant les hommes, vous êtes parvenu à les rendre humains ».
- A Abbeville, en 1776, on accuse le Chevalier de la Barre d’avoir profané un crucifix et de ne pas s’être découvert au passage d’une procession. Il est condamné à la question, à avoir la langue coupée et on cloue sur sa poitrine un exemplaire du Dictionnaire Philosophique de Voltaire. Celui-ci obtiendra la révision.
- Le comte Lally-Tollendal, en 1774, est décapité pour manquements militaires dans un total déni de justice ; son jugement est réformé en 1778.
- Enfin, par un édit du 8 août 1779, le roi Louis XVI abolit le servage, victoire posthume de Voltaire après son combat pour supprimer le servage à Saint-Claude dans le Jura.
Dans tous les cas, Voltaire écrit des lettres et des mémoires, il demande des copies authentiques de pièces, il paie des avocats, des avoués, des huissiers, il s’adresse aux ministres de la Justice, aux procureurs, aux juges et à des personnalités influentes de la Cour : reine, princes, favorites…
Il donne copie par dizaines de ses correspondances de vingt ou trente pages à des journaux parisiens.
Qu’a écrit Voltaire ?
Voltaire est avant tout un auteur de théâtre. A partir de 1718 (il a 24 ans) et pour un siècle au moins, il est le dramaturge incontesté de la Comédie Française : il aurait eu deux millions de spectateurs de son vivant.
Parmi les pièces les plus célèbres : Zaïre, Sémiramis, Tancrède, Mahommet. Ses pièces racontent l’oppression, la censure, l’obscurantisme, l’injustice.
Voltaire écrit aussi des pamphlets, brochures, billets : des centaines, sans doutes des milliers que s’arrachent les imprimeurs et les libraires, que diffusent les colporteurs de livres, cette nouvelle corporation qui parcourt la France en vendant ces ouvrages non plus seulement à une élite mais à une grande partie de la population : bourgeoisie, marchands, artisans, boutiquiers…
A l’époque, dans tout le royaume se diffusent alors des ouvrages d’auteurs parfois anonymes, visant à se moquer ou brocarder. Des ouvrages lestes, des critiques du régime… parmi ceux-ci, la plume acide de Voltaire fait merveille.
Voltaire est aussi l’un des grands collaborateurs de L’Encyclopédie (1751-1772) de Diderot et d’Alembert. L’ouvrage est le grand événement littéraire, culturel, scientifique, éditorial du siècle des Lumières. Il comprend 71 818 articles, 17 volumes et 11 volumes de planches. Tiré à 4255 exemplaires, il est vendu au prix de 980 livres, soit un an et demi de revenu d’un artisan, cinq ans de revenus d’un ouvrier.
Voltaire écrit encore des contes restés célèbres, merveilles de style, de finesse d’esprit : Candide, Zadig, Micromégas…
Voltaire est enfin l’auteur d’une correspondance énorme : 40 000 lettres connues. Un secrétaire et un secrétaire adjoint l’aident à la tâche. Leurs noms sont connus : Francheville, Tinois, Villaume mais surtout Collini et Wagnière… Ils sont aidés par des copistes nombreux et anonymes.
Voltaire dicte les lettres. On joint des copies de lettres reçues d’autres correspondants, des extraits de romans, de journaux, d’expériences scientifiques. C’est une véritable « usine » qui produit sans cesse. Les destinataires sont tous les intellectuels du siècle : écrivains, philosophes, Encyclopédistes mais aussi tous les esprits « éclairés » du moment : aristocrates, princes, rois, empereurs.
Il ne s’agit pas de bavardages mais d’argumentations, de débats scientifiques, historiques, géographiques… Il y a aussi de nombreuses lettres d’affaires car Voltaire se préoccupe de sa fortune, qui ne cesse de grandir.
Innovateur de la pensée et de l’action avec la création de la loge d’Holbach
En 1761, alors qu’il réside à Ferney, à la frontière suisse où il s’est exilé, Voltaire entame la période la plus active de sa vie et décide de construire sa loge, sur les bases et les principes de la franc-maçonnerie mais en lui donnant des rites particuliers et des objectifs précis.
Cette « maçonnerie à sa main » qu’il va concevoir avec ses amis d’Alembert et le baron d’Holbach, Voltaire la perçoit ainsi :
Cette société secrète vaudra mieux que celle d’Athènes et toutes celles de Paris et permettra que les philosophes véritables fassent une confrérie comme celle des Francs-maçons.
Cette loge paramaçonnique adopte le titre de Loge d’Holbach et prend aussi le nom de Société Holbachique, se réunissant le plus fréquemment au domicile du baron mais plusieurs tenues se tiendront également chez D’Alembert, ou à Ferney chez Voltaire.
Parmi ses membres, l’on trouve Diderot, Helvétius, Lalande, Condorcet, l’abbé Raynal, le comte Volney, le baron Grimm, La Mettrie, Marmontel, Malesherbes, Turgot, Necker, Beaumarchais ainsi que le Roi de Prusse Frédéric le Grand et l’impératrice Catherine II de Russie.
Pour Jérôme Lalande, c’est la somme réunie de tous ces cerveaux et de tous ces talents qui feront de la loge d’Holbach « un roseau pensant planté au cœur de la franc-maçonnerie ».
C’est lui-même, ainsi que Claude Helvétius, qui s’inspirent de la méthode et des ambitions de la loge de Voltaire pour fonder, dans le sein de la Grande Loge de France, la loge Les Sciences.
En 1772, peu après la dernière édition de l’Encyclopédie, la Loge d’Holbach cesse de se réunir. C’est la loge Les Sciences qui reprend alors le flambeau et qui participe à la fondation du Grand Orient. Elle adopte en juin 1776 le titre distinctif Les Neufs Sœurs.
Voltaire franc-maçon : un hommage plutôt qu’une véritable initiation
Le 7 avril 1778, soit environ deux mois avant sa mort, Voltaire est reçu parmi toute l’intelligentsia maçonnique pour être initié dans la loge Les Neuf Sœurs.
Cette cérémonie organisée par la loge fille des holbachiques est plus un hommage rendu au vieil homme âgé de 84 ans qu’une véritable cérémonie d’initiation. Pour certains, elle apparaît même comme la régularisation du frère Voltaire, ce qui expliquerait pourquoi l’impétrant fut initié sans bandeau pour lui couvrir les yeux.
La preuve supplémentaire de ce vibrant hommage fut le moment émouvant pendant lequel le Maître des Cérémonies ceint la taille de Voltaire du tablier ayant appartenu à Claude Helvétius, son fidèle ami mort sept plus tôt.

Franc-maçon pendant 49 jours, Voltaire n’assistera jamais à aucune tenue de sa nouvelle loge. Il meurt à Paris le 30 mai 1778.
Le voyage de 1778 : le retour à Paris, la gloire et l’initiation
Revenons sur les circonstances du retour de Voltaire à Paris.
A 84 ans, Voltaire décide de sortir de son exil de 20 ans à la frontière suisse pour revenir Paris, « où l’air est bon, maintenant ». En fait, malade et sentant sa fin prochaine, il cherche dans la capitale reconnaissance et célébrité.
Il veut surtout assister à sa dernière pièce Irène ; il n’y a jamais autant combattu l’obscurantisme de l’Eglise, l’insupportable hégémonie du clergé.
Il part de Ferney le 2 février pour un voyage qui durera 9 jours ; il arrive à Paris le 10 février 1778 en début d’après-midi.
Pour l’occasion, il a fait construire un carrosse de voyage spécial. Il y est enfermé avec son secrétaire Wagnière et parfois avec son premier valet de chambre Morand. La voiture est vaste, admirablement suspendue, capitonnée avec soin, dotée d’un éclairage, elle est chauffée par un poêle à charbon de bois, on y dresse une table pour écrire ou pour les repas ; on y trouve un coffre-fort ; elle est dotée de commodités, c’est-à-dire de toilettes.
Tirée par six chevaux, elle est menée par deux cochers et un postillon. Deux laquais ont pris place à l’extérieur ; ils sont armés. Dans une deuxième voiture plus modeste, voyagent un autre secrétaire, deux valets, le cuisinier et le médecin de Voltaire.
Enfin, un fourgon ferme le convoi pour transporter les bagages, les vêtements, les livres, la vaisselle et les vivres : pâtés, jambons, boissons diverses pour un équipage de quinze personnes plus le Maître.
A chaque étape, on attend Voltaire. Les aubergistes, les personnalités locales, savent qui il est. Il est célèbre, attendu, respecté.
On arrive enfin aux barrières de Paris : un factionnaire a lu le passeport, il s’écrie « c’est Monsieur de Voltaire ! » et tous les gens autour du carrosse s’agenouillent pour célébrer le retour à Paris du sauveur de Calas. L’anecdote est racontée par Voltaire lui-même.
Il faut plus de deux heures pour atteindre le domicile de Voltaire car dense est la foule qui entoure le carrosse. On arrive enfin quai des Théatins, aujourd’hui quai Voltaire, dans l’hôtel particulier du Marquis de Villette.
Une heure après son arrivée, il part à pied rendre visite au Comte d’Argental en son palais du quai d’Orsay.
Il a gardé sa pelisse et son bonnet de fourrure. Une foule nombreuse le suit en permanence ; elle se masse au pied de l’Hôtel de Villette.
Dès le lendemain, il y reçoit « la foule », se prenant à regretter la Savoie lointaine. Il reçoit les comédiens qui vont interpréter sa dernière pièce Irène. Durant la nuit, il réécrit de nombreuses scènes avec sa facilité coutumière.
Les visiteurs célèbres se succèdent :
- les musiciens Glück et Piccini,
- Turgot,
- le Duc de Richelieu,
- Mme Necker,
- la marquise du Deffant,
- D’Alembert, Condorcet, Diderot,
- la Comtesse du Barry,
- etc.
Mais Voltaire se fatigue. Malade, sa souffrance est intense. Le Dr Théodore Tronchin (médecin genevois, hygiéniste, collaborateur de L’Encyclopédie) préconise le repos absolu.
Bientôt, il crache abondamment le sang. Plus que la peur de la mort, il pense à cette amie, comédienne célèbre, Mlle Lecouvreur, qui fut, sur ordre de l’évêché, jetée à la fosse commune.
Il songe à son « retour dans l’Eglise »… Il se trouve qu’un modeste prêtre du quartier lui a adressé une lettre admirative, quelques jours avant. Il le fait venir, écrit une confession.
« Je meure dans la religion catholique où je suis né, espérant la Miséricorde divine… » Se confesse-t-il vraiment ? Il le prétend.
Irène
Puis il se remet au travail : il veut que sa tragédie Irène soit un succès qui lui permettrait d’être reçu à la Cour par la Reine voire par le Roi.
Les répétitions de la pièce se déroulent dans le salon du marquis de Villette ; Voltaire vient sans cesse pour donner des indications de jeu, pour modifier une réplique. Cette pièce est un brûlot : l’auteur y a mis toutes ses idées, interdites à l’époque, intolérables à l’évêché.
Le 16 mars a lieu la première représentation. Voltaire est dans une attente fébrile. Il apprend bientôt que toute la Cour est là, mais pas Louis XVI. Il est ovationné avant l’ouverture du rideau.
Un messager vient dire que les applaudissements ont duré pendant toute la pièce. Bientôt arrive dans sa chambre toute l’intelligentsia ; on lui dit que ses attaques contre l’Eglise, contre l’obscurantisme, contre le clergé ont été applaudies. Dans la nuit, il écrit une éblouissante dédicace en vers à l’Académie Française.
Le triomphe et la gloire
Guéri, le lendemain, il se promène dans Paris, toujours suivi par la foule. Il reçoit une députation de la loge des Neuf Sœurs.
Le 30 mars, il se rend à l’Académie Française. Il y a 2000 personnes dans la cour. Vingt Académiciens viennent à sa rencontre, après 28 ans d’absence.
On part ensuite pour la Comédie Française ; ses admirateurs ont grimpé sur son carrosse. La pièce ne peut débuter à cause des applaudissements. Bientôt les comédiens commencent à jouer, interrompus, sans cesse par les vivats lancés vers la loge du « Génie couronné ».
Un autre jour, il se rend à pied à l’Académie. La foule crie : « C’est Voltaire, l’homme aux Calas ! C’est le défenseur des malheureux opprimés ! »
Le 26 mai, il apprend que le jugement qui avait injustement condamné Lally-Tollendal vient d’être cassé. Il fait réaliser une grande affiche accrochée devant son lit : « Lally est vengé ! ».
Le décès
Il meurt le 30 mai en demandant qu’on prenne soin de sa nièce Mme Denis.
Le combat de Voltaire contre l’Eglise va trouver son dénouement : finira-t-il à la fosse commune ? On pratique une autopsie qui confirme le cancer de la prostate et il est embaumé. L’Eglise refuse qu’il soit inhumé en terre chrétienne à Paris. C’est l’abbé Mignot, neveu de Voltaire, qui permet de tromper la vigilance de l’Eglise. Il fait inhumer son oncle à Sellières, dans la chapelle de son abbaye.
Il a fallu, avant, habiller le cadavre embaumé, le coiffer d’une perruque, le faire voyager assis, avec un valet dans son carrosse… L’archevêque de Paris l’apprend. Il demande l’exhumation. La Cour s’y refuse, craignant des émeutes.
La messe académique est interdite, il est défendu aux théâtres de jouer ses pièces et aux journaux, de citer son nom, d’écrire sur lui.
Treize ans plus part, en juillet 1791, le corps de Voltaire sera transféré au Panthéon.
Voltaire franc-maçon : retour sur une initiation hors norme
Voltaire arrive à Paris en février 1778. Il loge chez le marquis de Villette, qui appartient à la loge des Neuf Sœurs. Le 21 mars, Voltaire reçoit délégation de trente frères maîtres de cette loge pour le féliciter de son retour à Paris.
Le 7 avril, il est reçu apprenti dans cette Loge. Le 9 avril, il est reçu chez le Grand Maître, le Duc de Chartres.
Voltaire meurt 49 jours après son initiation : très courte carrière maçonnique, donc.
Revenons au 7 avril 1778. Voltaire marche vers le Temple du Grand Orient. Le secret sur son initiation a été dévoilé. Il y a de nombreux visiteurs sur les colonnes. On n’évoque pas de cabinet de réflexion, cela figurait-il dans le rituel du Grand Orient à l’époque ?
Nul n’ose bander les yeux du profane. On a élevé deux rideaux à travers lesquels le Vénérable l’interroge, « et après diverses questions », on lui demande de promettre de garder le secret sur tout ce qu’il verrait.
Il répond qu’il le jure mais qu’il ne tient plus d’anxiété et qu’il prie qu’on lui fasse voir la Lumière.
Les deux rideaux s’entrouvrent tout à coup et il est reste frappé de stupeur. Aux agapes, il ne mange que quelques cuillères de purée de fèves.
Voici un extrait de la planche tracée de la respectable loge des Neuf Sœurs, à l’Orient de Paris, le septième jour du quatrième mois de l’année de la vraie lumière 5778 :
Le frère abbé Cordier de Saint-Firmin a annoncé à la loge qu’il avait la faveur de présenter, pour être un apprenti maçon, M. de Voltaire. Il a dit qu’une assemblée aussi littéraire que maçonnique devait être flattée du désir que témoignait l’homme le plus célèbre de la France, et qu’elle aurait infailliblement égard, dans cette réception, au grand âge et à la faible santé de cet illustre néophyte.
Le vénérable frère de Lalande a recueilli les avis du très-respectable frère Bacon de la Chevalerie, grand orateur du Grand Orient, et celui de tous les frères de la loge, lesquels avis ont été conformes à la demande faite par le frère abbé Cordier.
Il a choisi le très-respectable frère comte de Stroganof, les frères Cailhava, président Meslay, Mercier, marquis de Lort, Brinon, abbé Remy, Fabrony et Dufresne, pour aller recevoir et préparer le candidat.
Celui-ci a été introduit par le frère Chevalier de Villars, maître des cérémonies de la loge ; et l’instant où il venait de prêter l’obligation a été annoncé par les frères des colonnes.
Après avoir reçu les signes, paroles et attouchements, le frère de Voltaire a été placé à l’Orient, à côté du vénérable. Un des frères de la colonne de Melpomène lui a mis sur la tête une couronne de laurier, qu’il s’est hâté de déposer.
Le vénérable lui a ceint le tablier du frère Helvétius, que la veuve de cet illustre philosophe a fait passer à la loge des Neuf Sœurs, ainsi que les bijoux maçonniques dont il faisait usage en loge, et le frère de Voltaire a voulu baiser ce tablier avant de le recevoir. En recevant les gants de femme, il a dit au frère marquis de Villette : « Puisqu’ils supposent un attachement honnête, tendre et mérité, je vous prie de les présenter à Belle et Bonne. »
Alors le Vénérable Frère de Lalande a pris la parole, et a dit : «Très-cher Frère, l’époque la plus flatteuse pour cette loge sera désormais marquée par le jour de votre adoption. Il fallait un Apollon à la loge des Neuf Sœurs, elle le trouve dans un ami de l’humanité, qui réunit tous les titres de gloire qu’elle pouvait désirer pour l’ornement de la maçonnerie.
« Un roi dont vous êtes l’ami depuis longtemps, et qui s’est fait connaître pour le plus illustre protecteur de notre ordre, avait dû vous inspirer le goût d’y entrer ; mais c’était à votre patrie que vous réserviez la satisfaction de vous initier à nos mystères.
Après avoir entendu les applaudissements et les alarmes de la nation, après avoir vu son enthousiasme et son ivresse, vous venez recevoir dans le temple de l’amitié, de la vertu et des lettres, une couronne moins brillante, mais également flatteuse et pour le cœur et pour l’esprit.
L’émulation que votre présence doit y répandre, en donnant un nouvel éclat et une nouvelle activité à notre loge, tournera au profit des pauvres qu’elle soulage, des études qu’elle encourage, et de tout le bien qu’elle ne cesse de faire.
Quel citoyen a mieux que vous servi la patrie en l’éclairant sur ses devoirs et sur ses véritables intérêts, en rendant le fanatisme odieux et la superstition ridicule, en rappelant le goût à ses véritables règles, l’histoire à son véritable but, les lois à leur première intégrité ?
Nous promettons de venir au secours de nos frères, et vous avez été le créateur d’une peuplade entière qui vous adore, et qui ne retentit que de vos bienfaits : vous avez élevé un temple à l’Éternel ; mais, ce qui valait mieux encore, on a vu près de ce temple un asile pour des hommes proscrits, mais utiles, qu’un zèle aveugle aurait peut-être repoussés.
Ainsi, très-cher Frère, vous étiez franc-maçon avant même que d’en recevoir le caractère, et vous en avez rempli les devoirs avant que d’en avoir contracté l’obligation entre nos mains.
L’équerre, que nous portons comme le symbole de la rectitude de nos actions ; le tablier, qui représente la vie laborieuse et l’activité utile ; les gants blancs, qui expriment la candeur, l’innocence et la pureté de nos actions ; la truelle, qui sert à cacher les défauts de nos frères, tout se rapporte à la bienfaisance et à l’amour de l’humanité, et par conséquent n’exprime que les qualités qui vous distinguent ; nous ne pouvions y joindre, en vous recevant parmi nous, que le tribut de notre admiration et de notre reconnaissance. »
Le frère nouvellement reçu a témoigné à la Respectable loge qu’il n’avait jamais rien éprouvé qui fût plus capable de lui inspirer les sentiments de l’amour-propre, et qu’il n’avait jamais senti plus vivement celui de la reconnaissance…
Après que les diverses lectures ont été terminées, les frères se sont transportés dans la salle du banquet. On a porté les premières santés.
Le cher frère de Voltaire, à qui son état ne permettait pas d’assister à tout le reste de la cérémonie, a demandé la permission de se retirer. Il a été reconduit par un grand nombre de frères, et ensuite par une multitude de profanes, au bruit des acclamations dont la ville retentit toutes les fois qu’il paraît en public.
A noter que la Loge fera l’objet d’une plainte du Grand Orient pour irrégularités dans ses travaux, ce qui concerne notamment l’initiation de Voltaire…
Enfin, le 28 novembre 1778 eut lieu la cérémonie funèbre de Voltaire, avec 150 visiteurs présents…

Ce livre numérique pdf (132 pages) propose un voyage au cœur de la franc-maçonnerie française, des fondateurs jusqu’à nos jours, avec une attention particulière portée à la maçonnerie traditionnelle.
Téléchargement immédiat après paiement.
Dernière modification le 13 septembre 2026. Adrien Choeur













