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Le symbolisme de la mort (interprétation)

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Le symbolisme de la mort : comment la mort est-elle représentée dans la culture populaire et les arts ? Qu’évoque-t-elle dans son sens négatif et positif ?

La mort (du latin mors) est au coeur de l’existence humaine. Son symbolisme particulièrement vaste déborde sur les thèmes du temps, de la matière, du mal ou encore celui de la renaissance spirituelle.

La mort évoque la disparition sans retour possible : c’est la perte irrémédiable, celle d’un être cher, d’un moment de sa vie, de soi-même.

La mort est, pour les vivants, une menace permanente : c’est la peur de la maladie, de l’accident, de l’échec, de la séparation, de l’oubli. Elle est une épée de Damoclès, un danger constant et imprévisible. C’est la raison pour laquelle la mort s’accompagne de monstres, qui sont en réalité des monstres intérieurs. La mort évoque l’Enfer, la damnation, la malédiction, l’angoisse, la souffrance. Elle nous accompagne et accompagne notre destin, qui nous est par définition inconnu.

Tout être vivant est condamné à mort : en cela, le meilleur allié de la mort est le temps qui passe. La mort finit toujours par gagner la partie : le temps prend, fauche, détruit la jeunesse et les rêves, ne laissant que des regrets et de la nostalgie, n’imposant qu’une perspective de vieillesse et d’agonie.

La mort nous attend patiemment pour nous emmener vers notre dernière demeure : nous redeviendrons alors poussière. A ce titre, la vie est un piège, une impasse, un labyrinthe sans issue.

La mort évoque aussi l’impermanence : tout change, tout disparaît, rien ne peut être « saisi ».

Mais dans un sens plus positif, la mort est porteuse d’espoir. La traverser permet d’atteindre un nouveau rivage, un nouveau monde. La mort évoque alors une nouvelle chance, l’espoir d’une renaissance ou d’une résurrection. Elle permet le renouvellement, la transmission, la révélation, le progrès.

En réalité, la mort n’est à craindre que sur le plan matériel. Sur le plan spirituel au contraire, elle offre une chance d’évolution positive, par l’abandon de ce qui faisait obstacle à la vision claire. Ainsi, le sage ne craint pas la mort.

Tentons d’approfondir le symbolisme de la mort.

Symboliquement, la mort apparait souvent sous les traits d’un squelette portant une faux (« la Grande faucheuse ») ou un sablier, ou encore embrassant une jeune fille. C’est notamment la représentation qui en est faite à la fin du Moyen âge et à la Renaissance, périodes marquées par les guerres, les exactions et la Grande peste.

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Dans le folklore anglo-saxon ou allemand, la mort est représentée sous les traits d’un cavalier solitaire ou d’une ombre. Ce personnage est parfois vêtu d’un grand manteau noir à capuche ou d’une cape.

Le Triomphe de la Mort 1562 Pieter Brueghel
Le Triomphe de la Mort, Pieter Brueghel, 1562 (détail)

Dans le tableau ci-dessus, la mort frappe sous toutes ses formes : guerre, maladie, crime, suicide, mort en couche, noyade. Elle s’abat sur tous, sans distinction, montrant l’égalité des hommes devant elle.

Cette égalité devant la mort est parfaitement représentée dans la mosaïque ci-dessous découverte à Pompéi, et qui représente les attributs du riche (à gauche) et du pauvre (à droite) également suspendus par un niveau de maçon.

Memento mori Pompéi
Memento mori, Pompéi

De même, le motif artistique de la Danse macabre, que l’on trouve dans le folklore européen à partir de la fin du Moyen âge, illustre l’égalité devant la mort. Ces représentations montrent des personnages de rang social très différent en train de danser avec la mort : la mort de moque de tous sans distinction, elle triomphe du faible comme du puissant.

danse macabre, façade d'une maison à Clusone en Italie, Giacomo Borlone de Buschis 1485
Danse macabre, façade d’une maison à Clusone en Italie, Giacomo Borlone de Buschis, 1485

Dans tous les cas, la mort relève du non-maîtrisé, de l’inattendu : elle frappe sans prévenir. Elle évoque le destin qui nous est par définition inconnu ; elle met en évidence notre profonde ignorance.

Le salaire du péché, c’est la mort.
Romains 6, 23

Dans le christianisme, la mort est le résultat du péché originel, c’est-à-dire du décentrage, de la rupture de la relation d’amour avec Dieu.

Ceux qui ont fait le choix de l’égoïsme et de l’orgueil se sont coupés de la source de Vie éternelle : attachés à la matière, il se sont livrés à la peur, à la colère, au rejet et à la haine. Ils sont tombés dans un monde de violence, d’incompréhension et de mort.

Ainsi, la mort symbolise la perte de l’harmonie avec Dieu, avec soi-même, avec autrui et avec la Création. En réalité, la mort est d’abord une expérience mentale qui concerne l’être non éveillé.

Le symbolisme de la mort évoque, entre autres :

  • le temps qui passe :
    • le sablier,
    • le miroir, reflet de l’état physique et mental,
    • la bougie qui se consume,
    • les fleurs qui fanent,
    • les fruits qui pourrissent,
    • ou encore Cronos (Saturne pour les Romains) qui dévore ses enfants,
  • la finitude : la colonne brisée, la chaîne à maillon cassé,
  • la terre et la sombre matière,
  • la nuit : dans la mythologie grecque, la mort est la fille de la Nuit primordiale,
  • les cycles : en Bretagne, le dieu de la mort Ankou rend possible la perpétuation des cycles. A noter que les dieux celtes de la mort sont munis de maillets, massues ou faux,
  • la décadence ou la déchéance : la vieillesse, l’automne…
  • le mystère, ou « les mystères » au sens ésotérique (la porte vers la Connaissance),
  • la peur et la prédation : les bêtes sauvages, les monstres, les chauves-souris, la morsure, le sang qui coule,
  • la possession : la mort règne sur les hommes, habite les esprits faibles (cf. le loup-garou), les manipule,
  • la mort physique et la séparation de l’âme : le crâne, les os, le squelette, les fantômes, les esprits,
  • ou encore le mal, le diable et l’Enfer.
Saturne dévorant l'un de ses enfants Rubens
Saturne dévorant l’un de ses enfants, Rubens, 1636

La mort, c’est encore l’oubli : c’est le sommeil de l’âme, au sens d’inconscience et d’ignorance. C’est l’éloignement de Dieu et de la Vérité.

Notons que dans la mythologie grecque, Thanatos est la personnification de la Mort. Il est le fils de Nyx (la Nuit) et le frère jumeau d’Hypnos : le Sommeil.

Dans un sens plus positif, la mort est parfois représentée sous les traits d’un ange ailé ou d’un guide compatissant, comme dans l’oeuvre ci-dessous. La mort libère des peines et des souffrances, elle délivre de la matière, elle régénère l’esprit, elle annonce une vie nouvelle.

L'Ange de la Mort 1880 Evelyn De Morgan,
L’Ange de la Mort, Evelyn De Morgan, 1880

Le symbolisme de la mort est aussi celui de la perversité : la mort joue avec les hommes. Comme Satan, elle s’avance sous des habits de lumière pour mieux tromper les vivants. Elle s’abat d’autant plus cruellement sur ceux qui aiment la vie et ses plaisirs. Elle fauche la jeunesse et son insouciance, elle rôde autour des jeunes enfants et des nouveaux-nés.

A ce titre, le baiser de la mort est l’étreinte imposée par la mort, tel un viol. La mort prend, vole, soumet ; elle s’attaque à ce qu’il y a de plus naïf, de plus vital et fécond. Elle a soif de sang et de chair.

Notons que le baiser de la mort évoque aussi le baiser de Judas, qui conduit Jésus au trépas. C’est un baiser traitre et hypocrite, qui rappelle aussi la morsure du serpent, du vampire ou de la chauve-souris. A noter que les chauves-souris vampires possèdent une salive anesthésiante…

Hans Baldung Grien, Les jeunes filles et la mort, trois oeuvres
La jeune fille et la mort, Hans Baldung Grien, de 1513 à 1520

Toutefois, le baiser de la mort (mors osculi) peut aussi désigner une doctrine ou un motif poétique et mystique reliant l’amour spirituel et la mort. En effet, dans certaines interprétations de l’Ancien Testament, le mors osculi représente l’union de l’âme avec le divin par un baiser si intense qu’il provoque le ravissement ou le dépassement du corps.

Le symbolisme de la mort est indissociable de la peur, de l’effroi et de l’épouvante. On pense aux loups-garous, aux morts-vivants, aux revenants ou encore aux vampires (Dracula).

le cauchemar de Dracula 1958, film de Terence Fisher
Le cauchemar de Dracula, film de Terence Fisher, 1958

En réalité, ces monstres sont intérieurs : ils représentent l’inconscient, les instincts destructeurs, les passions non-maîtrisées, l’ego tout puissant, en lien avec la peur d’être attaqué et de mourir.

Cependant, l’être humain a le pouvoir de se confronter à ces monstres, de les regarder en face : dès lors, on peut aller jusqu’à fêter la mort (cf. Halloween ou la fête des morts au Mexique). On rit des monstres, on les mime, on les tourne en dérision, on s’en divertit par des histoires ou des films. Ce faisant, l’homme se soigne, dépasse sa peur de mourir et se donne une chance d’entrer dans une vie plus sereine.

fête des morts, Mexique
Fête des morts, Mexique, 1er et 2 novembre

En franc-maçonnerie et en alchimie spirituelle, la mort est une expérience initiatique : il s’agit d’abandonner un état ancien pour accéder à un état nouveau. C’est l’idée qu’il faut perdre pour acquérir, mourir pour renaître. Autrement dit, la mort est une chance.

En l’occurrence, elle est synonyme de dépouillement et de désillusionnement : c’est l’abandon des attachements matériels, la mise à distance des passions animales, de l’ego. La chair doit être abandonnée, dissoute, putréfiée : ne reste plus alors que le squelette et les os, symboles d’une pureté résiduelle et essentielle.

En franc-maçonnerie, la mort est présente dans le cabinet de réflexion (le crâne, la bougie) : c’est le lieu où meurt l’ancien « moi ». De même, on la retrouve au troisième degré avec la mort d’Hiram, le maître architecte. L’assassinat d’Hiram déclenche une prise de conscience salutaire.

En alchimie spirituelle, l’Oeuvre au noir est le moment où l’âme se détache du corps : enfin libre, elle peut s’envoler vers les réalités supérieures.

La mort ou arcane sans nom est le treizième arcane du Tarot de Marseille, 13 étant un chiffre hautement symbolique.

Cet arcane représente un faucheur qui semble opérer une séparation en lui, ce qui rappelle l’Oeuvre au noir. Le corps-prison se désagrège peu à peu, l’âme retrouve sa liberté. Mais le personnage ne s’est pas encore délivré de toute sa chair ; il n’est pas encore totalement squelette. Il semble qu’il y ait là une transformation, une recomposition en cours…

La mort tarot de Marseille Camoin
La mort au tarot

Le temps qui passe est l’allié de la mort. A ce titre, le sablier représente l’écoulement du temps : tout s’efface, aucun retour en arrière n’est possible, la mort s’avance inexorablement.

Mais le sablier comporte deux sphères, figurant deux mondes : en tombant, le sable (la matière) permet à l’esprit de s’élever.

D’autre part, la locution latine Memento mori (« souviens-toi que tu es mortel ») a donné lieu à de nombreuses traductions artistiques, le plus souvent sous la forme de natures mortes comportant, entre autres, un sablier.

memento mori Philippe de Champaigne Vanité ou Allégorie de la vie humaine 1646
Philippe de Champaigne, Vanité ou Allégorie de la vie humaine, 1646

Le symbolisme de la mort est ambivalent. Attachée à l’existence matérielle, la mort rôde et hante celui qui est dominé par ses attachements et ses passions. Mais sur le plan spirituel, elle libère celui qui est prêt à s’engager dans une voie nouvelle. Elle est alors révélation, introduction. Elle rend possible le dévoilement de la Lumière.

Ainsi, la mort est à la fois l’oubli de la vérité, et le moyen de la retrouver…

Les gens sont endormis : lorsqu’ils meurent, ils s’éveillent.
Parole attribuée à Mahomet (Hadith)

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Dernière modification le 3 novembre 2026. Adrien Choeur

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