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Le druidisme : une spiritualité initiatique, un culte solaire

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Comment définir le druidisme ? Quelle place les druides occupaient-ils au sein de la culture celte ? Quel est l’esprit du druidisme ?

Le druidisme est une pratique spirituelle, religieuse et philosophique issue de la culture celte.

Les Celtes sont un ensemble de peuples indo-européens établis en Europe centrale (actuelle Bavière) dès le VIe siècle avant J.C. et qui, à partir du deuxième millénaire avant J.-C. migrèrent vers l’est et le sud de l’Europe : France, Italie, Grèce, Bulgarie, Turquie, Espagne, puis vers l’ouest et les îles britanniques.

A partir du Ier siècle avant J.-C., le monde celte subit les effets de la romanisation, totale en Gaule, partielle dans îles britanniques (Irlande et Ecosse), puis la christianisation et les invasions anglo-saxonnes à partir du Xle siècle repoussant à l’ouest et au nord le domaine celtique, avec notamment le peuplement de la Bretagne armoricaine.

C’est en Irlande, en Ecosse et au pays de Galles que se conserveront leurs langues (exception faite du breton en Gaule) et les fondements de leur culture, en partie grâce aux bardes et aux moines celtiques qui perpétuèrent mythes et épopées.

Le druidisme, en-dehors des témoignages écrits historiques romains et grecs (Jules César, Diodore de Sicile, Strabon, Pomponius Mela, Lucain, Pline l’Ancien…) ne nous est accessible que par le symbolisme et les mythes qui nous sont parvenus.

La vieille religion païenne n’a laissé aucun écrit sur sa doctrine, ses rituels, ses liturgies et ses dogmes, car suivant la conception traditionnelle celtique, l’écriture était chargée de magie et fixait les choses à jamais. Les druides utilisaient cependant l’écriture oghamique pour des usages religieux précis : inscriptions funéraires, invocations ou imprécations. L’écriture servait aux affaires profanes mais était exclue de l’enseignement, lequel devait rester oral : la tradition et la Connaissance étaient considérées comme des éléments vivants.

Les premiers chrétiens mirent par écrit les récits sacrés du paganisme : ces chrétiens étaient peut-être des druides convertis au christianisme. C’est dans les traditions épiques irlandaises et galloises que l’on trouve le plus de sources sur la civilisation celte.

A présent, tentons de présenter le druidisme.

Le druidisme est le fondement même de la civilisation celtique et le socle de l’ensemble de la société. Toute la vie des Celtes est sous le contrôle des druides, qui sont les intercesseurs entre les dieux et les hommes. La société celtique est largement axée sur le sacré.

Plus précisément, la société celtique, suivant le modèle indo-européen mis en lumière par Georges Dumézil, se divise trois fonctions :

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  • la fonction du sacré et de la souveraineté, avec les druides,
  • la fonction guerrière avec le Roi et la noblesse,
  • la fonction de production et reproduction avec les artisans, les éleveurs et les paysans.

La racine sanscrite du mot « druide » est veda, vid (« savoir ») qui a donné le latin videre (« voir ») et l’allemand wissen (« connaissance »). Les druides sont donc « ceux qui perçoivent la Connaissance ».

On peut aussi rapprocher le mot « druide » du celtique widu qui signifie « le bois » ou encore du mot gaulois derwos : « le chêne », arbre sacré des druides par excellence.

Les initiés Celtes se proclamaient fils de la forêt, la forêt étant pour eux le lieu de la Connaissance. Leurs réunions appelées « bosquets » se déroulaient dans les clairières.

En réalité, le mot « druide » est un terme générique qui s’applique à tous les membres de la classe sacerdotale, sachant qu’il y avait des druides spécialisés en pratique religieuse, sacrifice, justice, enseignement, poésie, magie, divination, astronomie, théologie, etc.

La classe sacerdotale est en réalité divisée en trois catégories :

Chez tous les peuples gaulois sans exception se retrouvent trois classes d’hommes qui sont l’objet d’honneurs extraordinaires, à savoir les Bardes, les Vates et les Druides : les Bardes, autrement dit les chantres sacrés, les Vates, autrement dit les devins qui président aux sacrifices et interrogent la nature, enfin les Druides, qui, indépendamment de la physiologie ou philosophie naturelle, professent l’éthique ou philosophie morale.
Strabon, Géographie, IV, 4

Plus précisément, les bardes parlent et chantent la poésie exprimant la louange ou le blâme. Quant aux vates, ils sont des devins en charge du culte ; ils sont aussi médecins.

Le druidisme était un ordre initiatique fermé : les druides ne transmettaient pas à tous leurs connaissances.

L’homme de la foule ne recevra pas la connaissance, dit au VIe siècle le barde Taliesin, qui rappelle la nécessité du silence : Je suis barde, je ne divulgue pas les secrets aux esclaves.

On compare souvent la fonction de druide à celle de brahmane. Néanmoins, ce n’était pas une caste fermée mais une classe non héréditaire ouverte à quiconque s’en montrait digne par ses qualités et ses études, lesquelles s’étalaient sur plus de vingt ans.

La plupart des candidats venaient de l’aristocratie guerrière. Les druides avaient le droit de prendre les armes et pouvaient se marier.

Il existait aussi des druidesses. Les plus célèbres étaient voyantes, prophétesses (Velleda), par exemple les Gallisenae sur l’île de Sein.

Le druide est au centre et à la tête de la société celtique, il incarne la parole des dieux. Il représente la sagesse, symbolisée par le sanglier.

Le druide reçoit l’initiation héréditaire sacerdotale ; il confère au roi l’initiation royale. En conséquence, le pouvoir temporel et légitime procède du pouvoir spirituel. Le druide a le droit et le devoir de parler avant le roi, qu’il conseille et guide. Le symbole du roi, la force, est l’ours (en gallois arth d’où le nom mythique du roi Arthur).

Le druide et le roi formaient donc un couple indissociable à la tête de la société celtique. Le roi gouverne, mais le druide le conseille en tout.

Plus tard, la figure du druide se christianisera en celle du chapelain du roi, son conseiller favori.

La tradition celtique tend au monothéisme malgré une variété de dieux, comme dans l’hindouisme, avec la reconnaissance d’un principe suprême régisseur de l’univers.

Les dieux principaux sont Lug, Dagda, Nuada, Ogmios, Dianecht, Birgit et seraient plutôt des ancêtres initiateurs, héros qui faisaient l’objet de fêtes et de vénérations :

  • Lug est le dieu solaire,
  • Dagda, le dieu bon, est semblable à un druide avec son chaudron de la Connaissance,
  • Ogmius est le dieu de l’éloquence et de la magie,
  • Nuada est le dieu roi,
  • Diancecht est le dieu médecin,
  • Brigantia belisama, aussi appelée Ceridwen (future sainte Brigitte) est la déesse-Mère, fille des dieux avec aussi comme attribut le chaudron de la connaissance.

Le druidisme est un culte solaire qui véhicule l’antique tradition de la Lumière. La Lumière est le principe créateur de Vie, représenté par Ogmios, le dieu de l’éloquence. En effet, la Parole était créatrice et sacrée pour les druides.

D’après le Barddas, texte traditionnel celtique, la Divinité s’est manifestée en créant le monde par trois cris (ou trois rais) de lumière que l’on vocalise, non pas par la répétition du même terme, mais par trois lettres : O, I, W, dont la somme exprime l’Etre des êtres.

Quand Dieu d’un mot donna son nom, avec le Verbe jaillirent la Lumière et la Vie. Ce qui veut dire qu’il n’y avait auparavant que Dieu seul. Ainsi, c’est avec la Parole que jaillirent la Lumière et la Vie et l’Homme et tout ce qu’il y a de vivant…

On ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec le prologue de l’évangile de Jean ou avec les principes de la Kabbale (Ein Sof et le Tsimtsoum).

D’autre part, dans toutes les cérémonies druidiques, la circumambulation solaire, dextrorsum, était pratiquée.

Lug, le lumineux, est le Dieu solaire primordial. Dans la mythologie irlandaise, Lug , en se présentant à Tara, la ville sacrée du « milieu » de l’Irlande, au palais du roi Nuada, est « tuilé » à l’entrée par le portier gardien du seuil, car nul ne peut entrer s’il ne possède un art. Il se déclare « charpentier, forgeron, champion, harpiste, guerrier, magicien, médecin, chaudronnier ». Le roi Nuada, reconnaissant qu’il ne connait personne qui cumule à lui seul toutes ces techniques, le fait entrer et lui abandonne son trône pendant neuf jours.

C’est pourquoi Lug est dit polytechnicien. Il est le maître en tous arts qui possède à lui seul chacune des techniques des divers membres de la déesse Dana, techniques qui symbolisent autant de facettes de la Connaissance. C’est l’Universel Artisan.

Lug est également surnommé « visage de Soleil ». Sa fête, Lugnasad, avait lieu le 1er août : on célébrait le mariage de Lug, Dieu solaire (nasad signifie « noces ») avec Tailtiu, la terre nourricière. C’était donc la fête de la moisson, de l’abondance et de la fertilité.

La fête de la naissance de Lug est la plus importante du calendrier (qui compte quatre grandes célébrations) : elle se nomme Samain (« réunion ») et a lieu le 1er novembre. Elle marque la transition, le passage d’une année à l’autre. Elle dure une semaine, hors du temps et en contact avec l’au-delà.

Dans la mythologie irlandaise, la deuxième bataille de Mag Tured (« plaine des Piliers ») voit la victoire des Tuata dé Danann (« tribu de Dana »), peuple divin solaire, sur les Fomoires, peuple tellurique, obscur mais néanmoins garant de la fertilité. C’est donc aussi une fête de la fertilité. Les morts y reviennent trois nuits durant visiter les vivants et parfois les emporter.

Les Celtes croyaient en l’immortalité de l’âme et à l’existence d’un autre monde au-delà de la mort, laquelle était considérée avec sérénité comme un passage.

César rapporte que les Gaulois, sur la foi des druides, se déclaraient descendants du Dieu de la mort Dis Pater qui était donc l’ancêtre de la race, source de toute vie, et que l’un des buts de l’enseignement druidique était d’inculquer aux âmes la certitude qu’elles ne périssent pas.

C’est aussi l’un des buts de toute pratique initiatique :

L’initiation traditionnelle proclamait en effet l’intention et le pouvoir de transmuter l’existence humaine et donner un sens positif à la mort, d’accepter la mort comme rite de passage à un mode d’être supérieur.
Mircea Eliade

Ce Dieu, aussi appelé Teutatès (Toutatis, le « Papa ») est représenté s’appuyant sur une massue ou un maillet, symbole ambivalent, dispensateur à la fois de mort et de vie car pouvant frapper par deux côtés différents. Enfin ce dieu est couvert d’une peau de loup, animal symbolisant la mort.

Dans la tradition irlandaise, les initiés celtes restent cloitrés durant plusieurs jours dans un chambre obscure, sorte de tombeau des gestations, dans des tumuli ou cromlech, avant leur rituel de renaissance de la matrice de Ceridwen, déesse source de Vie.

Ces tumuli étaient aussi la demeure des peuples de la déesse Dana ; on y cherchait l’inspiration et la science.

Le Sidh est le nom gaélique qui désigne l’Autre Monde celtique. Il se situe à l’ouest, au-delà de l’horizon de la mer, dans des îles magnifiques : sous la mer, dans les lacs et les rivières où se situent de somptueux palais de cristal aux entrées mystérieuses ; ou encore sous les collines et les tertres.

Beltène est la deuxième fête la plus importante du calendrier celte, célébrée le 1er mai. Beltène signifie « le feu de Bel » en lien avec Belenos, Dieu solaire gaulois et sa parèdre Bélisama. Cette fête marque le renouveau de la lumière.

La veille, tous les feux du pays sont éteints, et le jour de la fête, le Roi, au centre du pays d’Irlande, dans la ville sainte de Tara, sur la colline d’Uisnech, rallume le feu d’où sont ensuite pris tous les autres feux du pays. Ce feu symbolise le nouveau départ de la lumière, le renouvellement du monde.

Il faut souligner l’importance des repas rituels (agapes) lors de ces grandes fêtes. Le banquet rituel de Fes Temrach (« festin de Tara »), donné par le roi, avait lieu dans une salle rectangulaire appelée salle du Milieu. La place de chacun y est assignée suivant son rang ; au centre sont placés le feu et l’eau, symboles du binaire fondamental.

Les mets servis ont une valeur rituelle : œuf d’oie (commencement), sanglier et saumon (sagesse), le tout assaisonné de miel (symbole solaire et d’immortalité), accompagnés de bière et d’hydromel (simple et double fermentation, symbole, d’une double mort initiatique).

La fête avait aussi un aspect polaire comme en témoigne la présence de l’If, arbre des Morts, au sommet de la colline centrale, axe assurant la communication des trois mondes.

Il faut souligner la primauté du chiffre 3 dans la civilisation celtique, dont la société et la classe sacerdotale sont divisés en trois. Rappelons-le, la création du monde est effectuée par trois cris de Lumière.

De même, le triskel est composé de trois grandes spirales : il est le grand symbole de l’art celte, proche du svastika qui représente la roue de la vie et aussi les trois points du mouvement du Soleil : lever, zénith, coucher.

Le triangle, figuration géométrique du nombre trois, se retrouve aussi dans la tradition celtique. Signalons encore la triple accolade fraternelle des combattants celtes ou encore la triple acclamation.

L’art celte se caractérise par l’utilisation de l’abstrait et du symbolisme. En effet, la divinité ne peut être représenté. Le symbolisme permet de transmettre la connaissance cachée. Pour cela, les druides ont recours à une grande variété de symboles de lumière et de vie, souvent abstraits et géométriques : le cercle, la spirale, la croix celtique, mais aussi des symboles animaux et végétaux comme le chêne, l’If, la pomme, l’ours, le sanglier, le cheval, le coq, le corbeau, le serpent, la vache Cernunnos, ou encore l’antique dieu cerf cornu, qui a été diabolisé par l’Église.

Les druides ont caché sous le symbole du serpent plusieurs des hautes conceptions de leurs mystérieux enseignement.
Strabon (géographe et historien grec)

Emblème solaire, symbole de feu, le serpent est le cinquième élément appelé Nwywre, le fluide cosmique, l’éther, la lumière astrale, le Grand principe créateur et divin qui relie le Ciel à la Terre. Son union avec les autres éléments crée la vie, le mouvement et l’esprit.

Le druidisme fut la grande tradition initiatique de l’occident, qui a disparu mais a survécu dans le secret en se souchant en partie au christianisme.

Il est remarquable que le druidisme soit encore pratiqué de nos jours à travers le néodruidisme, courant né au XVIIIe siècle et fondé sur des interprétations contemporaines du druidisme. Le néodruidisme comporte des rituels en lien avec la Nature, les saisons et les grades initiatiques. Il présente de nombreux points communs avec le néo-chamanisme.

Cependant, alors que le druide est un prêtre, un philosophe et un conseiller, le chamane est un mystique. Le druide est un officiant religieux dans une société organisée ; le chamane quant à lui joue le rôle de guide et d’intermédiaire spirituel dans des communautés plus restreintes.

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Dernière modification le 10 août 2026. Adrien Choeur

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