Chamanisme noir et chamanisme jaune : définitions. Quelle différence entre ces deux types de chamanisme ?
Traditionnellement, on distingue deux types de chamanisme en Asie centrale : le chamanisme noir et le chamanisme jaune, ces termes ne désignant toutefois pas deux catégories universelles et strictement définies de ce courant religieux.
A partir du XVIe siècle, le bouddhisme se développe rapidement en Mongolie. En 1691, la Mongolie Extérieure est annexée par la dynastie Qing de Mandchourie : le bouddhisme tibétain s’impose. Parallèlement, le chamanisme mongol commence à intégrer des éléments bouddhiques.
Au XVIIIe siècle, les tribus du nord de la Mongolie s’élèvent contre l’influence grandissante du bouddhisme, accusée de dénaturer les anciennes traditions chamaniques : c’est la naissance du chamanisme noir, volontairement nettoyé de toute référence étrangère. La majeure partie des Mongols (notamment le groupe ethnique des Khalkha) reste cependant fidèle au chamanisme jaune.
Tentons de définir et de pointer la différence entre chamanisme noir et chamanisme jaune.
La différence entre chamanisme noir et chamanisme jaune
Le chamanisme jaune fait référence à la couleur du couvre-chef rituel des moines de l’école des Bonnets jaunes (gelugpa) du bouddhisme tibétain.
Au-delà des aspects vestimentaires, la différence entre chamanisme noir et chamanisme jaune tient à ses références culturelles et spirituelles.
Le chamanisme noir : définition et description
Le chamanisme noir, traditionnaliste, est associé aux pratiques orientées vers les esprits du « monde inférieur », c’est-à-dire les ancêtres, les forces chtoniennes ou encore certaines divinités de nature ambivalente. Le chamane entre en relation avec ces puissances ou esprits, notamment lorsqu’il s’agit de combattre une influence spirituelle néfaste.
Notons qu’ici, la couleur noire ne possède pas nécessairement une connotation morale négative : le chamane n’est pas un sorcier, il communique simplement avec les esprits et les entités invisibles, ce qui peut se faire par la transe ou la possession.
Ainsi, les chamanes agissent comme des guérisseurs et des médiateurs entre les humains et le monde spirituel. Leurs rituels s’adaptent aux besoins de la communauté : guérison de maladies, protection contre la malédiction, protection du bétail, fertilité, apaisement des esprits de la Nature, etc. Ces rituels ont pour but de maintenir l’harmonie entre l’Homme et les esprits de la Nature.
A noter que les chamanes portent un costume traditionnel généralement de couleur sombre, orné d’objets symboliques tels masques, plumes, figurines, miroirs, os, etc. Ils ont recours au tambour (tungur) pour entrer en contact avec les esprits et déclencher la transe. Ils réalisent des fumigations pour purifier l’espace rituel. Ils procèdent enfin à des offrandes ou des sacrifices.
Le chamanisme noir est profondément animiste : chaque élément de la Nature (arbres, rivières, montagnes…) est habité par un esprit (ongon).
Le chamanisme jaune : définition
Le chamanisme jaune désigne des pratiques chamaniques ayant intégré des éléments bouddhiques. Les chamanes sont le plus souvent des moines bouddhistes (lama) ; ils jouent, comme dans le chamanisme noir, un rôle d’intermédiaires spirituels mais leur action est encadrée par les principes du bouddhisme.
Les rituels sont collectifs et structurés ; il incluent la récitation de mantras, la méditation, les offrandes et l’utilisation d’objets sacrés. Les offrandes et les prières favorisent le karma positif et sont censées purifier les esprits.
Parmi les rituels sacrés, la danse masquée Tsam met en scène des masques colorés et des costumes richement ornés dans le but de chasser les esprits mauvais, protéger les lieux et défendre la morale. Il s’agit d’une danse bouddhique, mais inspirée du chamanisme.

D’autre part, le chamane « jaune » décore sa yourte avec des objets bouddhiques : moulins à prières, drapeaux de prière (censés transporter les prières et les mantras dans l’air), bols chantants, clochettes ou encore thangkas (broderies et peintures religieuses).
Enfin, le panthéon du chamanisme jaune intègre, aux côtés des divinités chamaniques, les divinités vénérées dans le bouddhisme, au premier rang desquelles Bouddha.
Et le chamanisme blanc ?
Le chamanisme blanc désigne, dans les traditions d’Asie centrale et de Sibérie, notamment chez les Bouriates et les Yakoutes, une pratique spirituelle qui s’adresse aux esprits du Ciel et de la Lumière, par opposition au chamanisme noir principalement lié à la Terre et aux esprits chtoniens. Concrètement, les chamanes « blancs » se consacrent principalement aux prédictions et aux rites de bénédiction.
Dans certaines régions de la Mongolie ou encore en Bouriatie, le chamanisme blanc a largement intégré des éléments du bouddhisme tibétain.
A noter que le terme de « chamanisme blanc » est parfois utilisé dans le néo-chamanisme ou le développement personnel pour qualifier une approche douce et épurée des soins énergétiques, bien qu’il s’éloigne beaucoup de sa signification originelle…
Conclusion
La différence entre chamanisme noir et chamanisme jaune relève d’une opposition entre deux orientations religieuses et rituelles. Le chamanisme noir est associé au culte des esprits et aux puissances du monde inférieur ou de la Nature, tandis que le chamanisme jaune renvoie davantage aux traditions chamaniques influencées par le bouddhisme tibétain.
En réalité, les frontières entre ces deux formes de chamanisme ont varié au cours de l’histoire et les pratiques réelles sont souvent complexes. Des éléments chamaniques, bouddhiques et parfois issus d’autres traditions religieuses (hindouisme…) peuvent coexister au sein d’une même communauté.

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Dernière modification le 23 août 2026. Adrien Choeur








