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Le taoïsme : religion ou philosophie ?

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Le taoïsme est-il une religion ou une philosophie ? Qu’est-ce que le tao ? Comment définir le taoïsme ? Comment cette spiritualité se pratique-t-elle aujourd’hui en Chine et en Occident ?

Qu’est-ce que le taoïsme ? Difficile de résumer en quelques phrases un courant spirituel et religieux aussi varié, autant dans son contenu que dans sa pratique. Philosophie, méditation, liturgie, alchimie, ésotérisme, gymnastique, arts martiaux : le taoïsme est un phénomène complexe aux ramifications nombreuses, sans compter qu’il n’existe aucune Eglise taoïste universelle à même de rassembler toutes les traditions.

En tant que philosophie, le taoïsme est fondé sur le tao, qui signifie « la Source » ainsi que « la Voie », sous-entendu la voie de l’équilibre et de l’harmonie, laquelle passe par la simplicité, l’acceptation et la réconciliation de l’unité et de la dualité. Le tao est le principe universel mystérieux qui anime et relie toutes les choses.

En tant que phénomène humain, le taoïsme est apparu en Chine au VIe siècle av. JC, sous l’impulsion de Lao Tseu, un sage chinois contemporain de Confucius. Lao Tseu est considéré comme l’auteur de l’ouvrage fondateur du taoïsme : le Tao Te King, « Livre de la Voie et de la Vertu ». Cependant, la pensée taoïste ne se développe réellement que deux siècles plus tard.

Il faudra ensuite attendre le IIe siècle ap. JC pour voir émerger les premières communautés taoïstes organisées. La pensée taoïste a donc largement précédé le taoïsme en tant que religion structurée.

Il semble que ce soit l’arrivée du bouddhisme en Chine, à partir du IIe siècle ap. JC, qui a inspiré et accéléré la fondation des premiers monastères taoïstes. De fait, le bouddhisme a eu une influence réelle sur le taoïsme, autant sur le plan philosophique que rituélique. Par exemple, la communauté Lingbao Pai (« Ecole du joyau magique »), grand mouvement taoïste fondée au IVe siècle ap. JC, intègre les idées bouddhiques relatives au karma, à la renaissance et au salut universel.

Il est vrai que taoïsme et bouddhisme partagent de nombreux concepts philosophiques et éthiques, au premier rang desquels l’impermanence, la vacuité, le dépassement de la dualité ou encore le détachement. Toutefois, le taoïsme a su garder son identité : son objectif est de vivre en accord avec le tao, alors que le bouddhisme s’intéresse plus spécifiquement à la cessation de la souffrance.

Temple taoïste
Temple taoïste

Tentons de définir plus précisément le taoïsme en tant que religion et philosophie.

La question de savoir si le taoïsme est une religion ou une philosophie montre qu’il s’agit d’une tradition complexe, bien différente des monothéismes.

Le taoïsme est d’abord un ensemble de textes : c’est le « Canon taoïste » ou Daozang (littéralement : le « Trésor du Tao »), au sein duquel le célèbre Tao Te King de Lao-tseu occupe une place de choix.

Ce canon a connu plusieurs éditions, dont la première fut composée au Ve siècle. La version actuelle, dite « canon des Ming », comprend plus de cinq mille textes et conserve la structure d’origine en trois grottes dong, dont découlent un ensemble de subdivisions parfaitement codifiées.

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Dans les faits, le Canon taoïste peut varier d’une école à l’autre, certaines écoles se réservant la possibilité d’ajouter ou retirer des écrits en fonction de leur tradition propre.

Au-delà d’un recueil de textes, le taoïsme est une pratique religieuse, notamment en Chine et à Taïwan. En l’absence d’autorité spirituelle unique, chaque école taoïste possède ses temples et monastères, son propre clergé et sa propre liturgie. Les fidèles s’y rendent pour honorer les divinités, faire des offrandes et prier.

Les prêtres taoïstes procèdent à des rites de purification, de guérison et d’hommage aux ancêtres, ainsi qu’à des cérémonies visant à favoriser l’harmonie entre les humains et le cosmos. Ils cultivent les Trois trésors, c’est-à-dire les trois vertus les plus importantes du taoïsme : la compassion, la modération et l’humilité.

En Chine continentale, l’école Quanzhen abrite des moines et des moniales qui pratiquent l’étude des textes, la méditation et l’alchimie intérieure. Le célibat fait partie de la règle monastique.

A Taïwan et dans le sud de la Chine, l’école Zhengyi regroupe des prêtres qui peuvent se marier et vivre à leur propre domicile. Ils interviennent dans les temples et les foyers à l’occasion de funérailles, de cérémonies ou célébrations.

Généralement accomplis par des maîtres ordonnés qui se doivent de défendre le tao, les rituels taoïstes visent à communiquer avec les divinités et les esprits. Il s’agit de préparer l’autel, d’offrir des sacrifices, du thé, des fleurs, et de brûler de l’encens. Le maître taoïste (gaogong) rend hommage à ses prédécesseurs, il bat le tambour, chante des louanges, prie, récite des mantras et bénit les divinités.

A noter qu’il existe des rituels pour les vivants et des rituels spécifiques pour les défunts.

rituel taoiste prêtre
Rituel taoïste

Le taoïsme n’est pas un polythéisme au sens strict, mais il intègre une multitude de divinités au sein d’une vision cosmique unitaire.

Il existe donc un panthéon taoïste, au sommet duquel figurent les « Trois Purs », trois dieux qui symbolisent les plus hautes manifestations du tao :

  • Yuanshi Tianzun est l’Honoré Céleste du Commencement Primordial : il représente l’origine de toute chose et le premier souffle de l’univers,
  • Lingbao Tianzun est l’Honoré Céleste du Joyau Sacré : associé à la Haute Pureté, il symbolise les écritures sacrées et la transmission des enseignements taoïstes,
  • Daode Tianzun est l’Honoré Céleste du Tao et de la Vertu, souvent identifié à Lao-Tseu : il représente la Pureté Suprême, la réalisation du tao et l’harmonie sur Terre.

Ces dieux ne sont pas des divinités créatrices au sens des religions monothéistes, mais des personnifications des trois aspects fondamentaux de l’énergie primordiale du tao. Ils résident dans les « trois Cieux » de la cosmologie taoïste. Ils guident les disciples et les fidèles pour dissiper les passions et favoriser l’union avec le tao.

Il existe bien d’autres divinités, tels l’Empereur de Jade, responsable du destin des hommes, Xiwang Mu, la Reine-Mère de l’Occident qui distribue des pêches d’immortalité ou encore Zhenwu, dit l’Empereur véritable, qui protège les hommes des calamités.

Parallèlement, les fidèles disposent le plus souvent d’un autel domestique où ils peuvent prier et déposer de l’encens, des fleurs, des fruits ou des offrandes destinées aux divinités ou aux ancêtres.

autel domestique taoïste (Chine)
Autel domestique taoïste (Chine)

Le taoïsme comporte aussi une dimension ésotérique. En l’occurrence, l’alchimie taoïste est une voie visant à transformer symboliquement et spirituellement l’énergie vitale, le souffle (chi) et l’esprit (shen) par la méditation, la respiration ou la visualisation mentale, l’objectif étant l’éveil spirituel et l’immortalité.

Nous parlons ici d’alchimie intérieure (neidan). Historiquement, il existait aussi une alchimie extérieure (waidan), qui consistait en la préparation d’élixirs minéraux censés conférer l’immortalité.

Concrètement, l’alchimie intérieure a pour but de ramener l’individu à son état originel par l’ascèse et la méditation, l’ultime étape étant celle du « grand élixir de retour », qui n’est rien d’autre que la fusion avec le tao. Ce type d’alchimie, qui se pratiquait autrefois uniquement dans les temples et les monastères, a aujourd’hui tendance à se démocratiser.

C’est à travers un simple symbole, le taijitu (littéralement : « l’image du faîte suprême ») que le taoïsme s’est fait connaître dans le monde entier. Cette représentation, qui associe les deux énergies yin et yang dans un même cercle, est apparue au XIVe siècle, même si les notions associées sont nées deux mille ans plus tôt.

Dans un commentaire du Yi King (« Classique des changements »), on peut lire :

Les mutations ont un faîte suprême [taiji], qui donne naissance aux deux aspects [yin et yang], qui donnent eux-mêmes naissance aux quatre figures, qui donnent elles-mêmes naissance aux huit trigrammes qui déterminent le favorable et le défavorable, qui donnent naissance aux évènements humains.

Ainsi, le taiji est l’image du tao : c’est le vide qui donne naissance à toute chose. Autrement dit, le taiji est la clé de voûte de l’univers à partir de laquelle apparaissent le yin et le yang.

symbole yin yang taijitu
Taijitu

Au final, le taijitu est le symbole des symboles. Il est le résumé du monde sous tous ses aspects. Le comprendre, c’est accueillir les énergies qui nous traversent et se donner une chance de se réconcilier avec elles.

Aujourd’hui en Chine, le taoïsme est présent sous sa forme moderne à travers les préceptes de la médecine chinoise (par exemple le Yang Sheng : l’art de cultiver la santé, l’équilibre et la longévité), la méditation, la pratique du Tai Chi, du Qi Gong et du Feng Shui, ou encore l’adoration d’autels domestiques.

En Occident, le taoïsme est présent, souvent sans dire son nom, sous des formes qui mettent l’accent sur l’équilibre intérieur et l’harmonie avec la Nature. Ces pratiques sont détachées de leur contexte religieux et culturel chinois d’origine ; elles se retrouvent associées à d’autres traditions spirituelles telles le bouddhisme, le chamanisme, le druidisme ou encore l’éco spiritualité.

Grande tradition spirituelle de l’humanité, le taoïsme fut une philosophie avant d’être une religion institutionnalisée, notamment en Chine et à Taïwan. Aujourd’hui, le taoïsme dépasse largement son cadre géographique d’origine ainsi que le cadre religieux traditionnel. Son influence imprègne les pratiques spirituelles les plus diverses et nourrit l’imaginaire contemporain.

Finalement, le taoïsme est à sa propre image : souple, adaptatif, en mesure d’épouser son temps. Parce qu’il est dénué de dogme et d’Eglise, il est à la fois ancien et actuel, présent partout et nulle part, donc infiniment puissant…

Dernière modification le 17 octobre 2026. Adrien Choeur

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