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La magie : art ou supercherie ?

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Qu’est-ce que la magie en spiritualité ? Comment définir cette « science occulte » ? Que sont la théurgie et la goétie ? La magie est-elle une supercherie ?

La magie peut être définie comme un art occulte qui consiste à prendre contact avec l’âme universelle pour dominer les forces matérielles et spirituelles. La magie est encore la science traditionnelle des secrets de la Nature.

La magie est à distinguer de la sorcellerie : le sorcier est un profanateur, un charlatan, alors que le magicien est sincère dans sa démarche. Autrement dit, « le sorcier est au magicien ce que la superstition et le fanatisme sont à l’homme véritablement religieux » (Eliphas Levi, Dogme et Rituel de la haute magie).

La magie consiste, par des rituels, des prières, des répétitions ou des litanies envoûtantes, à transmuter un objet en une réalité d’ordre supérieur, tout comme le vil métal est censé se transformer en or selon les principes de l’alchimie spirituelle.

La magie suppose donc une effraction dans l’ordre normal des choses, ou des enchaînements en faveur d’un autre ordre, supérieur. Le magicien semble pouvoir agir sur le cours de la Nature, alors que l’homme commun est conditionné, prisonnier des règles de l’univers.

Le magicien aspire à une Connaissance supérieure, à une amélioration spirituelle. Une de ses théories fondamentales est d’influer par ressemblance en s’identifiant à la forme voulue.

Tentons une définition de la magie, de la théurgie et de la goétie.

Dans le monde occidental, la magie est considérée au mieux comme une recherche poétique, au pire comme une supercherie. Pourtant, le désir de pouvoir se soustraire aux limitations de l’ordre normal est présent chez tout être humain ; on le retrouve aussi dans les religions.

En pratique, les opérations magiques s’opèrent le plus souvent au milieu de l’égrégore (au sens de « communion, esprit de groupe »). Par exemple, les fidèles assistent, au cours de la messe, à l’acte magique de l’Eucharistie, incluant la transsubstantiation (conversion du pain et du vin en corps et sang du Christ). Le Christ avait déjà changé l’eau en vin aux noces de Cana. De même, tout miracle biblique relève de la magie.

Dès l’Antiquité, la magie, haute science secrète, associe étroitement l’acte religieux à la recherche alchimique. Par exemple, Basile Valentin, au XVe siècle, est à la fois alchimiste et moine bénédictin.

La magie est souvent associée aux termes théurgie et goétie :

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  • La théurgie peut être définie comme une forme de magie qui permet à l’homme de communiquer avec les « bons esprits » et d’invoquer les puissances surnaturelles dans le but d’atteindre Dieu.
  • La goétie est la magie incantatoire par laquelle on invoque les esprits malfaisants, les démons.

Mais de nombreux auteurs refusent d’opposer magie blanche (théurgie) et magie noire (goétie) : Eliphas Lévi, Louis Chochod, Fulcanelli ou encore Eugène Canseliet. Pour eux, il n’y a qu’une seule magie, une recherche qui nécessite l’absolue maîtrise de soi et le rigoureux contrôle du psychisme.

Dans ce cadre, l’acte magique, qui passe souvent par l’alchimie, s’accomplit selon un rituel qui exige la pureté, la foi, la ferveur que l’on atteint par la prière, l’incantation, la méditation ou encore les rituels initiatiques. Le but est d’opérer une transformation intime autant qu’une transformation du monde.

En ce sens, la magie n’a a priori rien de mauvais ; elle montre simplement l’aspiration humaine à la Connaissance, elle permet à l’Homme de développer sa spiritualité.

Par ailleurs, la pensée magique mute le profane en un « initié ».

La magie, par son caractère initiatique, a bien sûr des liens étroits avec l’ésotérisme : magie et ésotérisme se réclament de forces analogues et puisent dans le même contexte et les mêmes traditions.

Mais elles s’en séparent quant à leur finalité. D’une part, l’obtention de pouvoirs est le but avoué de la magie. D’autre part, les méthodes magiques sont paradoxalement exotériques. Autrement dit, elles ne sont pas tournées vers le dedans, mais vers le dehors, vers les autres et vers le monde.

La magie serait-elle alors une forme brutale de religion ? Non, car elle prétend contraindre les forces spirituelles auxquelles elle s’adresse, tandis que les religions espèrent seulement les convaincre. A la prière persuasive, la magie substitue la contrainte… Elle fait par exemple appel à l’exorcisme, pratique que l’on retrouve, il est vrai, aussi dans les religions.

La magie, comme l’ésotérisme, fait appel au rite initiatique. Le magicien est un initié ; il reçoit son pouvoir d’un maître, d’un fakir ou d’un chamane.

Mais la magie présente des différences avec l’initiation classique. En effet, l’initié des traditions ésotériques n’a pas besoin de la magie pour atteindre l’état suprême (la Connaissance), état qui est tout intérieur et intime, et qui touche à la réalisation personnelle. Le magicien quant à lui vise la Puissance.

Nous l’avons dit, le pouvoir magique est pour ainsi dire un pouvoir par la contrainte. La répétition de certaines formules, la mise en œuvre de certains rites cérémoniels sont censés avoir un effet contraignant sur le monde spirituel invisible, et le monde physique. Il s’agit d’infléchir le déterminisme des lois naturelles en leur opposant un déterminisme surnaturel plus puissant.

Il existe plusieurs sortes de magies que l’on peut classer en deux groupes :

  • la magie personnelle,
  • la magie cérémonielle.

La magie personnelle s’exerce directement : le magicien agit soit en prise directe sur la ou les personnes qu’il entend subjuguer, soit en utilisant les services d’un intermédiaire astral acquis à sa cause. Le rite est ici réduit à sa moindre expression : la volonté, l’imagination et les facultés paranormales de l’opérateur jouent un rôle prédominant.

Les moyens d’action mis en jeu sont l’envoutement, les drogues, la voyance, la divination ou encore la lecture de l’aura…

Remarque : La fabrication de pentacles, de talismans et l’utilisation de cercles de protections sont communs à la magie personnelle et à la magie cérémonielle.

La magie cérémonielle, quant à elle, vise plus haut. C’est le Ciel même, ses anges et ses génies, qu’elle entend contraindre. Pour y parvenir, elle met en œuvre un ensemble imposant de rites et d’évocations destinés à influencer le monde invisible des esprits angéliques (ou infernaux, dans le cas de la goétie).

Ces cérémonies sont exécutées selon des règles précises, à des dates soigneusement calculées afin d’activer des déterminismes cosmiques clairement définis et répertoriés.

La nature des fumigations, la forme particulière des cercles de protection destinés à mettre à l’abri l’expérimentateur, le nombre des luminaires (cierges) et jusqu’à la couleur : tout est minutieusement prévu. La plus légère erreur pourrait avoir des conséquences graves et entraîner la mort ou la folie. Les forces occultes que le magicien dompte et tient en son pouvoir pourraient se retourner contre lui s’il perdait un seul instant son contrôle sur elles.

Les opérations de Haute Magie peuvent être classées en quatre catégories :

  • elles sont dites de consécration quand il s’agit de conférer des pouvoirs ou de sacraliser des lieux ou des objets,
  • elles sont d’exécration quand il convient d’ôter les pouvoirs conférés à mauvais escient ou encore quand les pratiques d’exorcisme sont opérées,
  • les chants rituels et les psalmodies concernent les rites d’invocation,
  • quant aux rites d’évocation, ils ont pour but, sinon pour effet, d’obliger les forces surnaturelles à se manifester physiquement.

Notons que l’angélologie, les génies de la Kabbale ou du Nuctaméron tiennent une place essentielle dans ces cérémonies rituelles, du moins en Occident.

Les opérations ont lieu dans un temple au centre duquel se trouve un cercle tracé au charbon ou à la craie préalablement consacrés. L’opérateur se tient à l’intérieur du cercle, face à l’Orient. Il porte des vêtements spéciaux où le lin et la soie jouent un rôle important.

Des broderies (en fils d’or et d’argent, en l’honneur du Soleil ou de la Lune, selon le type de cérémonie pratiqué) et des figures spécialement choisies ornent ces habits et protègent le magicien par les correspondances sur lesquelles elles s’appuient.

En général, le magicien porte au front une bandelette de lin sur laquelle est inscrite le nom divin de quatre lettres : IEVE. Ses gestes et ses attitudes sont précis, sa foi en sa réussite est entière. Divers accessoires lui sont nécessaires : épée, candélabres, encensoirs portant des pentacles protecteurs…

La forme du cercle varie avec les jours, les dates et les lieux. Les oraisons et les psalmodies rituelles sont tirées des textes de l’Ancien Testament (David, Jérémie, Salomon, Ezéchiel), de l’Evangile de saint Jean et de l’Apocalypse, des Upanischads, des Védas ou encore du Coran.

La cérémonie terminée, les esprits sont renvoyés.

La magie et l’astrologie sont liées par leur quête de compréhension et d’influence sur le destin.

L’astrologie, étude des astres, fournit un cadre symbolique que la magie utilise pour agir sur le monde, via des rituels ou des talismans. Toutes deux reposent sur la croyance en des forces invisibles et en une correspondance entre le cosmos et l’humain.

Les planètes ont leurs esprits familiers. Le magicien ou le théurge les entend, les sent, les devine…

Durant les opérations des Cohens, par exemple, l’ange ou le génie ne prend pas forme humaine ; il se contente de coucher la flamme des cierges ou de faire apparaître des glyphes lumineuses. La lecture et l’interprétation de ces glyphes exigent de l’adepte une connaissance approfondie de la Science sacrée.

La présence invisible de l’au-delà est profondément ressentie comme une sensation d’angoisse ou d’euphorie. Le théurge sait qu’un lien a été établi, qu’il est en communication avec quelque chose d’inconnu, invisible et immatériel, mais réel.

Les forces sont alors maîtrisées, dirigées vers des buts précis. Agissent elles vraiment ? Les histoires d’envoutement et de possession reviennent de temps à autre à la une des médias, puis retombent dans l’oubli…

On se souviendra en outre de la fameuse guerre des mages de la fin du XIXe siècle, qui mit aux prises Stanislas de Guaita, Wirth et les rosicruciens de Paris d’une part, l’abbé Boullan et ses satanistes de l’autre… L’affaire dégénéra en duels et en accusations publiques, notamment de la part de Joris-Karl Huysmans, qui accusa Guaita d’avoir causé la mort de Boullan par magie noire.

Enfin, il faut dire un mot de la magie naturelle : c’est l’art de préparer des drogues et d’appliquer des recettes dont l’élaboration est censée être issue de l’observation des lois naturelles et des correspondances qu’elles impliquent. Drogues, recettes et onguents sont énumérés dans les grimoires. Le but est d’obtenir des modifications du réel, de la santé ou du destin…

Mais il n’y a pas que folies dans les grimoires. On y trouve aussi de fines observations, des recettes habiles, le fruit enfin d’expériences millénaires. Aussi bien la magie naturelle est sans doute la plus réelle puisqu’elle ne se réclame que de la science de la Nature. A ce sujet, tous les théosophes sont d’accord : les choses visibles ne sont que la signature des principes invisibles.

La magie ne constitue-t-elle pas ici une forme de médecine ?

Certes, la magie a beaucoup reculé au fur et à mesure des avancées de la science, de la psychologie et de la médecine. Mais tant que la science restera inapte à expliquer certains phénomènes, à pénétrer le domaine de l’Esprit et à éclairer le sens de la vie, il y aura une place pour la magie.

La magie est l’espace du mystère : elle répond à un besoin de sens et de transcendance. A travers les pratiques magiques, l’Homme redevient acteur du monde, un acteur non pas individuel mais cosmique ; en ce sens, il se reconnecte peut-être à une part oubliée de lui-même, la part universelle.

La magie ouvre une dimension sacrée et permet de réenchanter le monde. Elle a en tous cas des effets certains sur la psychologie humaine : comme l’alchimie, elle transforme la réalité intérieure, et donc par ricochet, la réalité extérieure. Elle est surtout un outil symbolique qui vise à accéder à d’autres niveaux de conscience.

Pour certains, la magie touche à la folie. Précisément, la folie est peut-être la figure symbolique du renversement, cette force qui met en mouvement, ébranle les certitudes et rappelle que la vie humaine ne se soutient pas par la seule raison…

Je suis la folie,
la folie qui seule meut le monde,
celle qui fait perdre la raison
aux sages eux-mêmes.

Sans moi,
il n’y a ni goût ni joie,
ni monde, ni vie
qui puissent se soutenir.

Couverture les Essentiels de la Spiritualité Adrien Choeur

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Dernière modification le 13 juin 2026. Adrien Choeur

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